Dhaneshwar Damry sur Radio Plus : «Si nous ne faisons rien, aujourd’hui, dans 15 ans, personne n'aura de pension»
Par
Leena Gooraya-Poligadoo, Kinsley David
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Leena Gooraya-Poligadoo, Kinsley David
Face à la contestation de la réforme des pensions, Dhaneshwar Damry justifie les mesures adoptées par le gouvernement et revient sur les contraintes budgétaires, les erreurs de communication reconnues par l'Exécutif et les défis économiques qui attendent le pays.
Invité de l'émission Au Cœur de l'Info sur Radio Plus animée par Nawaz Noorbux le vendredi 24 juillet, le Junior Minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, est revenu sur la réforme des pensions, les critiques qu'elle suscite et l'état des finances publiques. Il a défendu une mesure qu'il juge indispensable pour préserver la viabilité du système de retraite et assurer la stabilité économique du pays.
Face aux inquiétudes de la population et aux critiques de l'opposition, il a tenu à clarifier la position du gouvernement. D'emblée, il a estimé que de nombreuses informations erronées circulaient autour de cette réforme. « Il est très important de rétablir la vérité », a-t-il déclaré. Selon lui, la première réalité est que les bénéficiaires actuels de la pension de vieillesse ne sont pas affectés. Toutes les personnes qui bénéficient déjà de leur pension continueront à la percevoir. Aucune pension n'a été coupée. Au contraire, elles ont été augmentées, a-t-il insisté.
Le ministre a rappelé que le gouvernement a abandonné le means test après avoir pris en considération la réaction de la population. « Le gouvernement a écouté. Le means test est retiré », a-t-il affirmé.
Pour Dhaneshwar Damry, la réforme ne relève pas d'un choix politique, mais d'une nécessité économique et démographique. « Si nous n'avions pas réformé le système, il se serait effondré, même avec une croissance économique de 3 % », a-t-il soutenu. Le Junior Minister a expliqué que le pays compte environ 600 000 travailleurs pour près de 288 000 pensionnés. Or, la tendance démographique est préoccupante. « Le nombre de travailleurs diminue alors que le nombre de pensionnaires augmente », a-t-il indiqué.
Selon lui, le gouvernement a privilégié l'intérêt général plutôt que des considérations électoralistes. « Nous n'avons pas privilégié notre intérêt politique. Nous avons agi dans l'intérêt des Mauriciens et des générations futures », a-t-il déclaré. Il a également évoqué la situation du National Pensions Fund (NPF) et les défis qui attendent le pays. « Si nous ne faisons rien aujourd'hui, dans 15 ans, personne n'aura de pension. C'est notre devoir de nous assurer que les générations futures puissent également bénéficier de cette prestation », a-t-il affirmé.
Le Junior Minister a également critiqué la gestion du système sous l'ancien gouvernement. Il a notamment évoqué la Contribution Sociale Généralisée (CSG), introduite pour financer l'augmentation des pensions. Selon lui, les contributions des employeurs et des employés ont été intégrées au fonds de l'État pour financer les pensions. « L'ancien régime a fait contribuer les employeurs et les employés. C'est là le véritable vol de la pension », a-t-il lancé, tout en affirmant que quelque Rs 41 milliards avaient été collectées à travers ce mécanisme.
Pour Dhaneshwar Damry, la situation héritée du précédent gouvernement a fortement limité la capacité d'action de l'actuelle administration. « Nous savions que la situation n'était pas bonne, mais nous ne savions pas qu'elle était aussi grave », a-t-il déclaré. Il a évoqué une dette publique avoisinant 90% du produit intérieur brut. « Avec cette dette, nous n'avions pratiquement aucune marge de manœuvre », a-t-il soutenu.
Interrogé sur l'absence de consultations avant l'annonce de la réforme, Dhaneshwar Damry a reconnu que le sujet est particulièrement sensible. « Je suis moi-même issu de la classe ouvrière et je comprends l'importance de la pension », a-t-il déclaré. Il a toutefois expliqué que les consultations prébudgétaires avaient principalement porté sur la nécessité de réformes dans les finances publiques. « Nous avons indiqué qu'il faudrait entreprendre plusieurs réformes. La décision finale sur la réforme des pensions a été prise après ces consultations », a-t-il précisé.
Selon lui, le gouvernement aurait pu mieux gérer certains aspects de la communication autour de cette réforme. « Je ne dirais pas que la réforme a été brutale, mais elle a probablement été mise en œuvre trop rapidement », a-t-il reconnu.
Concernant le projet initial de means test, il a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'amateurisme. « Nous avons toujours eu à cœur l'intérêt de la population. Peut-être aurions-nous pu faire mieux, mais ce n'était pas de l'amateurisme », a-t-il soutenu.
Malgré les critiques, Dhaneshwar Damry rejette l'idée selon laquelle les Mauriciens ont perdu confiance dans le gouvernement. « Je ne suis pas d'accord », a-t-il déclaré. Selon lui, cette confiance avait déjà été érodée sous le régime précédent. « Nous avons restauré la liberté. Les Mauriciens peuvent respirer librement aujourd'hui. Nous n'avons pas coupé Internet », a-t-il affirmé.
Sur le plan économique, il estime que les principaux indicateurs évoluent dans la bonne direction. « La dette est en train de baisser et cela apporte une stabilité économique qui permet de soutenir la croissance », a-t-il expliqué. Le Junior Minister considère que le gouvernement a déjà corrigé une partie des déséquilibres accumulés au cours de la dernière décennie. « En deux ans, nous avons réparé une partie de l'instabilité créée durant les dix dernières années », a-t-il affirmé.
Dhaneshwar Damry a également répondu aux critiques formulées par certains opposants politiques, notamment sur la gestion du système de pension. Sans ménager ses mots, il a accusé certains adversaires de se présenter aujourd'hui comme les défenseurs des retraités alors qu'ils portent, selon lui, une responsabilité dans des décisions passées. « Des vautours politiques se présentent comme les plus grands défenseurs de la pension, alors que ce sont eux les voleurs de pension », a-t-il déclaré.
Évoquant l'affaire BAI, il a rappelé les conséquences sociales et financières de cette crise. Selon lui, quelque 11 000 familles ont perdu leur argent et plusieurs personnes ont subi de lourdes conséquences psychologiques. Il a également affirmé que cette affaire continue de peser sur les finances publiques. « Le peuple paie aujourd'hui environ Rs 1,2 milliard d'intérêts par an pour cette dette, soit près de Rs 3 millions par jour », a-t-il indiqué.
Concernant les réactions du Fonds monétaire international (FMI) et de l'agence de notation Moody's, Dhaneshwar Damry a assuré que le gouvernement avait expliqué les raisons de ses décisions. « Nous avons discuté avec le FMI et Moody's lorsque nous avons retiré le means test. Nous leur avons expliqué que la population mauricienne n'acceptait pas cette mesure », a-t-il déclaré. Il a toutefois insisté sur le fait que Maurice demeure maître de ses choix. « Nous sommes un pays souverain et nous prenons nos propres décisions », a-t-il affirmé.
Le Junior Minister a souligné l'importance de l'audit économique entrepris par le gouvernement. Selon lui, la transparence financière constitue un élément essentiel pour attirer les investisseurs étrangers et soutenir la croissance. « Après 58 ans d'indépendance, il est important que nous changions de système afin de construire une économie plus solide et plus durable », a fait comprendre Dhaneshwar Damry.
La crédibilité financière de Maurice constitue, selon le Junior Minister des Finances, Dhaneshwar Damry, un enjeu stratégique pour l'avenir du pays. Réagissant aux critiques de l'économiste Sameer Sharma, qui estime que le gouvernement dramatise le dossier Moody's, il défend la prudence de l'exécutif et rappelle que Maurice, en tant que petite économie ouverte, ne peut être comparée à de grandes puissances économiques comme le Japon ou le Brésil.
« Notre économie repose fortement sur les services financiers et sur notre crédibilité auprès des investisseurs internationaux », souligne-t-il. À ses yeux, les évaluations des agences de notation telles que Moody's, Standard & Poor's ou Fitch ne sont pas de simples indicateurs financiers. Elles influencent directement « la perception du risque du pays », un élément essentiel pour maintenir la confiance des investisseurs étrangers et préserver l'attractivité de la place financière mauricienne.
Le secteur financier demeure, selon Dhaneshwar Damry, l'un des principaux moteurs de l'économie mauricienne. Dans un pays de 1,2 million d'habitants, où le marché intérieur reste limité, il constitue un levier essentiel de création de richesse et d'emplois. Le Junior Minister estime que Maurice doit aujourd'hui tirer parti de la dynamique économique africaine pour consolider sa position de centre financier international.
« Nous pouvons devenir un de-risking centre », c'est-à-dire une plateforme capable de réduire la perception du risque des investisseurs souhaitant investir sur le continent africain, explique-t-il.
Cette stratégie permettrait à Maurice de mettre son expertise financière au service des investissements destinés à l'Afrique tout en renforçant son propre développement économique.
Les retombées, affirme-t-il, profiteraient directement aux Mauriciens. Le développement du secteur financier ne bénéficie pas uniquement aux banques. Il crée de la richesse, stimule l'activité économique et favorise la création d'emplois qualifiés. L'ambition est également d'offrir de meilleures perspectives professionnelles aux jeunes diplômés et de favoriser le retour de Mauriciens occupant aujourd'hui des postes dans les grandes institutions financières internationales.
La crédibilité financière du pays est également étroitement liée au pouvoir d'achat de la population. Dhaneshwar Damry explique qu'une éventuelle dégradation de la notation exercerait une pression sur la roupie. Une monnaie plus faible renchérirait le coût des importations, entraînant une hausse des prix et une augmentation du coût de la vie. « Au final, ce sont les ménages, et particulièrement la classe moyenne, qui en subissent les conséquences », affirme-t-il.
Face aux préoccupations grandissantes concernant le pouvoir d'achat, le Junior Minister reconnaît les difficultés auxquelles les familles sont confrontées. Il rappelle toutefois que ces déséquilibres résultent de problématiques accumulées depuis plusieurs années. « Transformer un modèle économique ne se fait pas du jour au lendemain », observe-t-il. Pour réduire la dépendance du pays aux chocs extérieurs, le gouvernement mise notamment sur le développement des énergies renouvelables, le renforcement de la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique ainsi que les économies bleue et verte.
Selon Dhaneshwar Damry, cette transformation économique passe également par une évolution des compétences. Si les administrations disposent de fonctionnaires expérimentés, les nouveaux défis imposent une expertise différente. « Nous faisons face à une nouvelle économie qui exige des compétences différentes », affirme-t-il, évoquant la finance digitale, la climate finance, la tokenisation ou encore les nouveaux mécanismes de financement international. Le gouvernement souhaite ainsi créer un environnement suffisamment attractif pour encourager les Mauriciens établis à l'étranger à revenir mettre leur expérience au service du pays.
Cette volonté de modernisation s'étend également au secteur du Global Business. Interrogé sur l'augmentation de certains frais, Dhaneshwar Damry estime que cette mesure ne peut être analysée isolément. « Notre objectif est de repenser le modèle du Global Business afin qu'il génère davantage de valeur ajoutée et d'emplois qualifiés », explique-t-il. Maurice souhaite ainsi développer de nouveaux créneaux, notamment la finance digitale, la climate finance, la tokenisation et les services liés au financement de l'Afrique. Les effets de ces réformes, estime-t-il, devraient commencer à se faire sentir « dans les deux ou trois prochaines années ».
Sur le plan budgétaire, Dhaneshwar Damry réfute les critiques selon lesquelles la classe moyenne supporterait l'essentiel de l'effort fiscal. Il rappelle que plusieurs mesures ont été mises en œuvre afin de protéger le pouvoir d'achat, notamment la création d'un Price Stabilisation Fund et le développement des importations parallèles pour certains produits. « La classe moyenne constitue le moteur de notre économie. Il est essentiel de préserver son pouvoir d'achat tout en garantissant les ressources nécessaires au financement des politiques publiques », déclare-t-il.
Interrogé sur le rôle de Gilbert Gnany, Chief Economic Advisor au Prime Minister's Office, et les interrogations relatives à un éventuel conflit d'intérêts, le Junior Minister tient à rappeler que « les conseillers apportent leur expertise, mais ils ne prennent pas les décisions politiques. Les décisions finales reviennent toujours au gouvernement et aux élus ». Il précise également que le Budget est élaboré sous la responsabilité du ministère des Finances et de son équipe technique.
Le dossier des Chagos est également revenu au cœur des échanges. Interrogé sur l'inscription de 10 milliards de roupies dans les projections budgétaires, Dhaneshwar Damry rejette l'idée d'un « paiement imaginaire ». Il rappelle que les documents budgétaires présentent volontairement deux scénarios, avec et sans les recettes attendues des Chagos. « Nous avons une politique de vérité », affirme-t-il. « Nous ne masquons pas les chiffres comme l'ancien gouvernement. »
Selon lui, cette approche permet d'offrir une lecture transparente de l'évolution de la dette publique. Sans vouloir anticiper l'issue des négociations, il reprend les propos de l'Attorney General : « It's not a question of if, it's a question of when. » Il estime que Maurice doit poursuivre sa stratégie consistant à « convertir la géopolitique en géoéconomie » afin de transformer ce dossier en levier de développement économique.
Questionné sur le Finance Bill et les inquiétudes suscitées par un éventuel assouplissement du secret bancaire, le Junior Minister refuse de commenter des dispositions qui n'ont pas encore été officiellement présentées. Il réaffirme toutefois que le secteur financier demeure « trop important pour l'économie mauricienne » pour prendre des décisions susceptibles d'affaiblir sa réputation. Maurice, assure-t-il, continuera à aligner son cadre réglementaire sur les meilleures pratiques internationales, afin de préserver la confiance des investisseurs et la compétitivité de sa place financière.
L'entretien prend ensuite une tournure plus politique. Face aux nombreuses rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, Dhaneshwar Damry réfute catégoriquement les accusations le visant personnellement. Il dénonce une campagne de « character assassination » et assure que ni lui ni son épouse ne doivent d'argent à la Mauritius Revenue Authority (MRA). « C'est totalement faux », martèle-t-il, ajoutant qu'il n'a « jamais » utilisé ses responsabilités publiques pour favoriser des intérêts privés.
Le Junior Minister est également interrogé sur son beau-frère, l'avocat d'affaires, Shaan Kundomal, soupçonné d'avoir détourné l'équivalent de Rs 144 millions, interpellé à l'aéroport de Dubaï. S'il confirme leur lien familial, il affirme ne pas être concerné par les activités professionnelles de ce dernier. « Je ne sais pas ce qu'il fait dans ses affaires », déclare-t-il.
Selon lui, toute personne soupçonnée d'avoir enfreint la loi doit répondre de ses actes, indépendamment de ses relations personnelles ou politiques. Il tient le même discours face aux accusations évoquant une prétendue « bande des cinq » gravitant autour du gouvernement. « Il n'existe ni bande des cinq ni gang des cinq », répond-il, assurant que le Parti travailliste ne tolérera aucun acte de corruption, quel qu'en soit l'auteur.
Le gouvernement entend également moderniser le fonctionnement de l'administration publique en instaurant une véritable culture de la performance. Le Budget prévoit ainsi l'introduction d'indicateurs de performance (KPI) afin d'évaluer plus efficacement les résultats des institutions publiques et d'améliorer l'utilisation des ressources de l'État.
Dhaneshwar Damry assure par ailleurs que Maurice demeure pleinement mobilisé pour éviter un retour sur la liste grise des juridictions sous surveillance. « Le risque existe toujours et nous le prenons très au sérieux », affirme-t-il, évoquant le travail d'un comité interministériel chargé de suivre le dossier et de veiller au respect des exigences internationales afin de préserver la réputation du centre financier mauricien.
Concernant le projet de réforme des retraites, le NPF 2.0, le Junior Minister insiste sur le fait qu'aucune décision n'a encore été arrêtée. « Il s'agit, à ce stade, d'une proposition soumise à consultation. Aucune décision finale n'a encore été prise », précise-t-il. Les différentes options concernant le NPF, le CSG, le Portable Retirement Gratuity Fund et le fonds SICOM restent actuellement à l'étude. « Les fonds concernés appartiennent aux cotisants et leur protection constitue une priorité », assure-t-il, garantissant que toute réforme fera l'objet de consultations et d'une évaluation approfondie de ses impacts avant toute décision.
La réforme des retraites demeure toutefois un chantier en construction. Dhaneshwar Damry insiste sur le fait que le gouvernement ne souhaite pas imposer une solution sans concertation. « Nous sommes encore à un stade de consultation », rappelle-t-il. Selon lui, l'enjeu dépasse largement les seuls retraités actuels puisqu'il concerne près de 870 000 Mauriciens, incluant les cotisants au National Pensions Fund (NPF), les bénéficiaires des régimes contributifs, les fonctionnaires et les employés des organismes parapublics. « La décision que nous prendrons devra être dans l'intérêt de ces 870 000 Mauriciens », affirme-t-il.
Le Junior Minister explique que la réflexion porte notamment sur un retour à un système basé sur des comptes individuels, tout en assurant qu'aucune décision définitive n'a encore été arrêtée. Les dispositions évoquées dans le discours du Budget concernant les fonctionnaires relèvent, elles aussi, de ce processus de consultation. « Je veux rassurer les gens. Tout ce qui concerne les pensions contributives est en consultation. Aucune décision n'a encore été prise. »