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Devises : pénurie d’euros sur le marché local

Certains opérateurs n’arrivent pas à obtenir le volume demandé, malgré une reprise dans les secteurs du tourisme et d’exportation.

De nombreux Mauriciens peinent à trouver certaines devises, en particulier l’euro, sur le marché en ce moment. Quelle est la situation dans les bureaux de change et dans les banques commerciales ? Qu’est-ce qui explique cette pénurie ? Quelles sont les conséquences pour les opérateurs économiques ?  Éléments de réponses. 

Que ce soient les opérateurs économiques ou encore les particuliers, ils sont plusieurs à être confrontés à un manque d’euros sur le marché domestique en ce moment. Même s’ils arrivent à les avoir dans certains bureaux de change et d’autres institutions financières, ils ne reçoivent pas le montant qu’ils souhaitent échanger. À l’instar de Yeshna, une habitante de Flacq, qui se prépare pour son voyage en Europe prévu pour ce mois-ci. Cependant, elle a des difficultés à trouver des euros dans les bureaux de change. « On m’explique qu’il y a un manque de cette devise sur le marché actuellement. Ainsi, j’ai dû faire une demande officielle auprès de ma banque. On m’a fait comprendre que j’en aurai dans deux à trois jours », explique notre interlocutrice. 

Un directeur d’une société de pension privée se retrouve dans la même situation.  « J’ai beaucoup de difficultés à obtenir des devises, principalement de l’euro pour mettre en œuvre une stratégie d’investissement », déplore-t-il. En effet, il a fait une demande pour quelque 300 000 euros. Ce dernier dit ne pas comprendre cette pénurie, alors que le secteur du tourisme a repris de manière favorable. Pour lui, la difficulté d’avoir des devises met en péril les opportunités de développement et de croissance de son entreprise. 

Même son de cloche auprès des importateurs. Sonny Wong, COO d’Innodis, affirme qu’il y a actuellement un manque de devises étrangères sur le marché. Ce qui a pour résultat un retard accumulé au niveau des paiements des fournisseurs internationaux. « On a de plus en plus de difficultés à expliquer cette situation persistante, malgré une reprise confirmée dans le secteur touristique et celui d’exportation », avance-t-il. 

Cédric Béguier, Head of Research and Portfolio Management International chez Ekada Capital, est d’avis que le manque d’euros s’explique par deux facteurs. « D’abord, il y a une réticence des opérateurs pourvoyeurs de devises à échanger ces dernières en roupies si ce n’est pas pour les besoins de coût opérationnel. Et d’autre part, il y a un problème de liquidité. Ainsi, les devises sont réservées pour les secteurs dit essentiels ». Selon lui, la roupie, n’étant pas attrayante même avec une remontée récente du taux d’intérêt, ne permet pas aux banques d’offrir suffisamment de largesse pour satisfaire l’ensemble des demandes de change.

Dans les bureaux de change et les banques …

Dans l’un des bureaux de Change Express Co Ltd, l’on indique qu’il y a effectivement un manque d’euros sur le marché actuellement. « Le manque n’est pas vraiment conséquent, mais c’est relativement moins qu’en temps normal », explique le caissier. Selon lui, cette pénurie est expliquée par le fait que les touristes européens sont de plus en plus nombreux à utiliser leurs cartes bancaires pour effectuer les paiements à Maurice. « Du coup, on n’est pas en mesure de satisfaire la demande d’euros pour les grosses sommes », dit notre interlocuteur.

Idem dans le milieu bancaire.  L’on indique que le manque de devises est un problème qui remonte depuis la pandémie de Covid-19. Et à ce jour, il n’y a pas d’amélioration. Du coup, les banques sont obligées de vendre des devises en fonction des priorités. « Les priorités sont l’importation, l’éducation et la santé. Même pour l’importation, on a établi une autre liste de priorités. Par exemple, un importateur de produits alimentaires aura plus de chance qu’un importateur de produits de luxe », explique un banquier. Quant à un investisseur qui achète des devises à des fins de spéculation, sa demande n’est pas considérée comme urgente.

Réticence sur la vente de la livre sterling

Avec une livre sterling en baisse, qui est passée de Rs 59,20 le 4 janvier dernier à Rs 49 fin septembre, certains bureaux de change avaient mis un frein sur la vente de la livre sterling aux Mauriciens. Une situation qui a fait du tort à certains opérateurs économiques qui font les paiements dans cette devise. Parmi, on retrouve la directrice de Cutting Works Ltd, Sadhna Sokhal. Son entreprise est spécialisée dans la bijouterie haut de gamme et elle achète des matières premières principalement en livres sterling. « Lorsque je me suis rendue dans plusieurs bureaux de change, j’ai compris qu’il n’y avait plus de livres sterling en vente. On sait que c’est une stratégie de certaines institutions pour ne pas faire des pertes », soutient-elle.

Eric Ng, économiste : «Brisons la perception que la roupie va se déprécier à l’avenir» 

ericDe nombreux Mauriciens peinent à trouver des euros. Qu’est-ce qui explique la pénurie de cette devise sur le marché local en ce moment ?
D’abord, il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande pour l’euro. Les particuliers, les sociétés et même les banques ont des euros, mais ils ne veulent pas les vendre sur le marché domestique parce qu’ils s’attendent à ce que la roupie se déprécie contre l’euro. Cela, malgré l’effet inverse ces derniers temps. Un euro est passé de Rs 47 à Rs 44. Il y a toujours cette perception qu’il y aura une dépréciation structurelle de la roupie. Il faut briser cette perception. D’ailleurs, c’est l’une des raisons pour lesquelles la Banque de Maurice a augmenté le taux d’intérêt de manière conséquente. Avec la reprise dans le tourisme, il y a certainement des devises qui rentrent dans le pays, mais c’est simplement qu’il y a une réticence sur la vente de la devise.

Quelles sont les implications d’un tel manque pour les opérateurs mauriciens et ceux qui partent en voyage ?
Il est bon de faire ressortir que l’euro représente 30% des paiements des importations. Évidemment, les importateurs qui doivent payer en euros auront des difficultés à acquérir leurs marchandises face à un manque de cette devise. Du coup, ils ne vont pas recevoir leurs matières premières ou encore les commodités. Cela pénalise le bon fonctionnement de l’économie. Par conséquent, il y aura une baisse de la croissance économique. Pour ceux qui partent en voyage, ce n’est pas vraiment un problème, car de nos jours, les voyageurs utilisent plutôt leur carte de crédit pour leurs dépenses. Toutefois, les parents dont leurs enfants étudient en Europe auront des difficultés à envoyer de l’argent de poche.

Pensez-vous que la situation va se rétablir dans les semaines à venir ? Quelles solutions proposez-vous ?
Si l’euro continue à se déprécier contre la roupie, les opérateurs finiront par vendre leurs euros. Au niveau de l’international, l’Europe fait déjà face à une crise économique. Ainsi, je pense que l’euro ne va pas reprendre du poil de la bête contre le dollar de sitôt. C’est une question de perception. Si la Banque de Maurice augmente le taux d’intérêt lors de la prochaine réunion de Monetary Pricing Committee, je pense que cela va briser la perception que la roupie va se déprécier. Une autre mesure que la Banque centrale peut adopter est la vente d’euros sur le marché domestique. 

 

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