Déversement illégal : plus de 1 700 contraventions en un an

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 1 février 2026 à 16:00
Image
vishwanaden
L’inspecteur Vishwanaden Amasay encourage les citoyens à dénoncer les dépôts illégaux via WhatsApp, tout en appelant à la prudence.

Face à la multiplication des dépôts sauvages, la police de l’environnement durcit le ton. Entre sanctions fermes et appels à la responsabilité citoyenne, les autorités mauriciennes adoptent désormais une politique de « zéro tolérance ».

Les chiffres interpellent. Entre novembre 2024 et le 21 janvier 2026, la police mauricienne a enregistré 138 cas de déversement illégal de déchets et dressé 1 614 contraventions à l’encontre de personnes ayant jeté leurs ordures par la vitre de leur véhicule ou dans la rue. Sur les cinq dernières années, le bilan s’alourdit encore : 234 amendes forfaitaires (« fixed penalty ») de Rs 25 000 ont été servies pour dépôts sauvages, et 6 134 pour abandon de détritus.

« Certaines personnes au sein de la population traitent la nature comme une ‘dumping area’ », déplore l’inspecteur Vishwanaden Amasay, responsable de la police de l’Environnement. Son diagnostic est sans appel : Maurice fait face à un problème structurel d’indiscipline. Au quotidien, son unité observe que certaines personnes se débarrassent de leurs déchets dans les lieux interdits – terrains abandonnés, bords de rivières, lieux publics. « Il est vrai qu’il peut y avoir des manquements, mais il faut savoir adopter les bonnes pratiques pour protéger l’environnement. »

Les exemples de ces comportements inciviques ne manquent pas. L’inspecteur pointe notamment du doigt ces personnes qui planifient des réceptions sans penser à la gestion des déchets générés, les jetant ensuite dans des endroits nuisibles à l’environnement. Le week-end, ce sont les plages qui se transforment en dépotoirs, jonchées d’immondices laissées par les pique-niqueurs. « Il aurait été tellement facile que chaque groupe pense à apporter un sac poubelle afin de ramener leurs déchets à la maison et d’en disposer de façon plus responsable », regrette-t-il.

Risques sur le plan sanitaire

Face à ces pratiques, l’inspecteur Amasay veut couper court aux justifications faciles. « Nous devons prendre conscience que la nature n’est pas une ‘dumping zone’ », martèle-t-il. L’absence ou le manque de poubelles, ou encore les poubelles qui débordent, ne devraient pas servir d’excuse pour se débarrasser de ses ordures n’importe où et n’importe comment. D’autant que les conséquences de ces abandons vont bien au-delà du simple désagrément visuel : dispersés par les chiens errants et le vent, ces déchets provoquent de nombreux inconvénients. 

« Maurice est un pays touristique, il faut faire attention à l’image du pays », rappelle le responsable.

Mais c’est surtout sur le plan sanitaire que la situation devient préoccupante. Les déchets laissés à ciel ouvert peuvent devenir des gîtes larvaires pour les moustiques porteurs de chikungunya ou de dengue, tandis que les rats peuvent entraîner une épidémie de leptospirose. « Il ne faudrait pas qu’en voulant garder sa maison propre, on salisse chez les autres », souligne l’inspecteur Amasay. Pour lui, il s’agit d’un manque de respect envers autrui, « car un terrain même vague appartient à quelqu’un et les lieux publics sont accessibles à tous ».

Le responsable de la police de l’Environnement ne nie pas que des personnes ayant de bonnes intentions savent disposer de leurs déchets en respectant les lois. Mais force est de constater que, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, les gens entendent les recommandations sans les mettre en pratique. « Personne ne peut prétendre qu’il ne sait pas qu’on ne doit pas jeter ses saletés en dehors d’une poubelle et que c’est une offense de ne pas respecter cela », fait-il remarquer.

Politique de zéro tolérance

C’est pourquoi, au-delà de la sensibilisation, l’inspecteur estime nécessaire de mener des campagnes d’éducation sur le long terme. « Il faut pouvoir inculquer les bonnes pratiques aux enfants dès le plus jeune âge et leur faire comprendre que la nature n’est pas un dépotoir et qu’il faut utiliser les poubelles disponibles pour disposer de ses déchets », lance-t-il comme appel au public. Pour lui, l’éducation commence à la maison.

Mais devant l’échec relatif de cette approche préventive, la police de l’Environnement a décidé de changer de braquet. Sept équipes couvrent désormais l’île et pratiquent une politique de zéro tolérance. « Nous n’allons pas donner de chances aux personnes qui utilisent des véhicules ou autre moyen pour se débarrasser de leurs déchets dans la nature. Nous serons sans pitié et nous allons agir fermement », prévient l’inspecteur Amasay.

L’arsenal répressif existe : une amende de Rs 25 000 est prévue dans la loi en termes d’amende forfaitaire, ainsi que des amendes de Rs 3 000 à Rs 5 000. De nombreuses contraventions ont déjà été dressées, et la police de l’Environnement entend bien perpétuer ses actions. « Nous allons être bien présents sur le terrain et nous assurer que les membres du public respectent la nature », affirme le responsable.

Conscient que son unité ne pourra surveiller seule l’ensemble du territoire, l’inspecteur Amasay mise sur une mobilisation générale. Les policiers des autres unités ont été sensibilisés à la sauvegarde de l’environnement et peuvent désormais agir et prendre des contraventions lors de constats d’actes illégaux. À travers le « community policing », le public est également appelé à la vigilance. Pour le responsable de la police de l’Environnement, tout un chacun devrait agir comme un défenseur de la nature et la protéger, tout en étant un ambassadeur qui agit face à ceux qui bafouent les droits et les règles de la société.

Un numéro WhatsApp pour signaler anonymement les décharges illégales

À la suite de l’appel du ministre de l’Environnement Rajesh Bhagwan pour que les citoyens dénoncent les pollueurs, l’inspecteur Vishwanaden Amasay invite la population à aider l’unité à travers le numéro WhatsApp 52505151. Les citoyens peuvent, en toute discrétion, dénoncer l’« illegal dumping » en faisant des « snapshots ». La police enquêtera par la suite afin de remonter vers les contrevenants et appliquer les sanctions nécessaires prévues dans la loi.

C’est une pratique qui marche, assure l’inspecteur Amasay. Il explique que l’analyse des déchets permet également de remonter à l’origine de l’auteur : factures des services publics, tickets d’achats, cahier scolaire, entre autres. L’inspecteur avise toutefois les dénonciateurs d’agir avec précaution afin de ne pas mettre leur vie en danger.

Quelle est votre réaction ?
Publicité
À LA UNE
hebdo-3499