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Devant le Judicial Committee du Privy Council : un procès qui déterminera l’avenir du PM… et du MSM

Jean Claude de l’Estrac et Nilen Vencadasmy. Jean Claude de l’Estrac et Nilen Vencadasmy.

Un Premier ministre en fonction risque la condamnation pour un délit de corruption devant le Judicial Committee du Privy Council. Cette haute instance judiciaire du Commonwealth pourrait aussi confirmer l’acquittement de Pravind Jugnauth par la Cour suprême. La décision des Law Lords devrait avoir un impact considérable sur l’échiquier politique local.

S’il est tout à fait possible que le Privy Council ne rende pas son verdict aujourd’hui, tous les observateurs s’accordent à dire qu’il aura un impact sur la scène politique mauricienne une fois qu’il tombera. Que Pravind Jugnauth soit condamné ou acquitté, cela devrait changer la donne sur l’échiquier politique.

Jean Claude de l’Estrac, ancien ministre et journaliste, précise d’abord que ce n’est pas le procès qu’on refait, le Privy Council devant uniquement chercher à déterminer si l’interprétation de la loi donnée par la Cour suprême est correcte. « A priori, le jugement sera donné ultérieurement, explique-t-il, il n’est pas exclu qu’il soit donné immédiatement, auquel cas cela voudra dire que l’affaire est simple et que le Premier ministre sera immédiatement acquitté. »

Mais Jean Claude de l’Estrac prévient que même si le Privy Council finit par donner raison à la Cour suprême, cela ne sera pas forcément synonyme de table rase pour le chef du gouvernement : « Sur un plan légal, il aura gagné son procès, mais ça n’oblitère pas les problèmes politiques que toute l’affaire a provoqués au cours des derniers mois. » Cependant, notre interlocuteur estime que Pravind Jugnauth se sentira « relégitimisé » en cas d’avis favorable. « Il pourra tenir un discours plutôt vigoureux et espérer petit à petit regagner la confiance d’un électorat qui a été passablement refroidi par toute cette affaire, y compris dans son propre camp », explique-t-il.

Et s’il perd ? Ce ne sera pas forcément la fin de sa carrière politique estime Jean Claude de l’Estrac : « Il cherchera à expliquer que le décision concerne un point technique. On peut prévoir de fortes pressions à l’intérieur du MSM pour chercher une alternative aux prochaines élections. » Il est toutefois probable que le leader du MSM tente de résister, assure-t-il.

L’avocat et politicien, Nilen Vencadasmy, a une lecture différente de l’impact d’une condamnation : « S’il perd, ce serait la première fois qu’un Premier ministre en exercice est condamné par une Cour de justice pour un délit de corruption. Cela mettrait probablement un terme à la carrière politique de Pravind Jugnauth. Sur un plan moral, il devrait se retirer. »

Une telle condamnation poserait également par extension la question de la survie même du MSM : « C’est le joujou des Jugnauth. Si on enlève Pravind de l’équation, je ne sais pas ce qui reste du MSM. Ce serait un boulevard pour Navin Ramgoolam. »

En cas de victoire, l’avocat estime également que cela permettrait au Premier ministre de surfer sur une vague. « Cela pourrait rapprocher l’échéance électorale, dépendant des circonstances, explique-t-il, même si je ne vois pas d’élections avant décembre de cette année. Il va vouloir attendre que les grands chantiers, comme le Metro Express, soient complétés. » Si dans le même temps, il réussi à injecter du sang neuf dans son parti et à se débarrasser du bois mort, Nilen Vencadasmy estime que Pravind Jugnauth pourrait même devenir crédible.


Et le MSM ?

Les conséquences d’un jugement négatif seraient particulièrement néfastes pour le Mouvement socialiste militant (MSM), que dirige Pravind Jugnauth depuis 2003.

« Ce serait impensable de se retrouver avec un leader qui serait déchu de son poste de Premier ministre et serait en-dehors du gouvernement. Comment conserver une cohésion avec un tel handicap et comment affronter les élections dans un tel cas de figure ? » analyse un backbencher du MSM. « À coup sûr, certains quitteront le navire », continue-t-il.

Le discours officiel est tout autre : Pravind Jugnauth ne peut perdre cette affaire. Les Law Lords du Privy Council maintiendront la décision de la Cour suprême. « Le verdict sera le coup de départ de la campagne électorale. On sera enfin débarrassé de cette épée de Damoclès qui était au-dessus de nos têtes depuis trop longtemps et nous pourrons accélérer le travail en toute sérénité », confie un des décideurs du Sun Trust.

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