Dette publique : le gouvernement vise le retour sous les 80 % du PIB d’ici 2029
Par
Fabrice Laretif
Par
Fabrice Laretif
Le gouvernement prévoit une réduction progressive de la dette publique d’ici 2029.
Si les indicateurs budgétaires montrent une amélioration, des économistes estiment que plusieurs conditions devront être réunies pour atteindre ces objectifs.
La réduction de la dette publique constitue l’un des principaux objectifs affichés par le gouvernement dans ses projections budgétaires. Les autorités tablent sur une amélioration graduelle des indicateurs, avec une dette qui passerait sous la barre des 80 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici juin 2029. Cet objectif s’appuie sur une combinaison de hausse des recettes, de maîtrise des dépenses et de croissance économique. Et des économistes estiment que sa concrétisation dépendra de nombreux facteurs, dont certains demeurent incertains.
Les projections officielles font état d’une amélioration progressive de la situation budgétaire. Pour l’exercice 2025-2026, les recettes de l’État sont estimées à Rs 203,6 milliards, tandis que les dépenses atteindraient Rs 250,1 milliards. Le déficit budgétaire est ainsi évalué à Rs 46,5 milliards, soit 6 % du PIB.
Le gouvernement souligne toutefois qu’en intégrant les Rs 10 milliards attendues de l’accord sur les Chagos, le déficit aurait été ramené à 4,7 % du PIB, un niveau légèrement inférieur à la prévision initiale de 4,9 %. Cette source de revenus figure également dans les prévisions des prochains exercices.
Pour 2026-2027, les autorités prévoient des recettes de Rs 235,5 milliards, incluant les revenus liés aux Chagos, contre des dépenses de Rs 266,7 milliards. Dans ce scénario, le déficit budgétaire serait réduit à 3,7 % du PIB, traduisant la volonté du gouvernement de poursuivre l’assainissement des finances publiques.
Les données les plus récentes montrent néanmoins que la dette publique continue d’évoluer à un niveau important. De décembre 2025 à mars 2026, elle est passée de Rs 661 milliards à Rs 675 milliards, soit une augmentation de Rs 14 milliards.
Les projections gouvernementales indiquent cependant que la dette du secteur public atteindrait Rs 681,9 milliards à la fin de juin 2026, représentant 87,8 % du PIB contre 88,5 % un an plus tôt. Cette baisse relative s’explique davantage par la progression attendue de l’activité économique que par une diminution du montant absolu de la dette. L’objectif affiché est de poursuivre cette tendance afin de ramener le ratio dette/PIB à 85,5 % en juin 2027, avant de passer sous le seuil des 80 % à l’horizon juin 2029.
Les premières conclusions de la mission du Fonds monétaire international (FMI), achevée le 4 mai dans le cadre de la consultation au titre de l’article IV pour 2026, vont dans le sens d’une amélioration progressive des finances publiques.
L’institution prévoit une réduction du déficit budgétaire primaire, hors subventions, à 3,5 % du PIB pour l’exercice 2025-2026, contre 6,5 % l’année précédente. Cette évolution serait notamment soutenue par une augmentation des recettes fiscales, portée entre autres par la contribution équitable.
Le FMI estime toutefois que la dette publique devrait rester proche de 88 % du PIB à la fin de juin 2026, ce qui traduit le poids encore important de l’endettement malgré les efforts de consolidation budgétaire.
L’agence de notation Moody’s Ratings a récemment confirmé la note souveraine de Maurice à Baa3, correspondant au dernier niveau de la catégorie « investment grade ». En revanche, la perspective demeure négative. Dans son évaluation, l’agence reconnaît les mesures engagées pour améliorer les finances publiques, mais considère que plusieurs risques continuent de peser sur la trajectoire budgétaire du pays. Cette appréciation souligne que les objectifs annoncés devront être accompagnés de résultats concrets pour rassurer les marchés financiers.
Pour l’économiste Manisha Dookhony, les prévisions gouvernementales peuvent être atteintes à condition que l’État parvienne effectivement à rembourser une partie de sa dette tout en générant davantage de revenus.
Le niveau de la dette était auparavant plus élevé, ce qui montre que des remboursements ont été effectués. Toutefois, cette dynamique devra être maintenue dans les prochaines années.
Selon elle, un élément mérite une attention particulière : environ 80 % de la dette publique est détenue localement. Il faudra donc observer si le gouvernement choisira de contracter de nouveaux emprunts sur le marché domestique afin de refinancer les échéances existantes. Cette stratégie pourrait ralentir la réduction du stock de dettes.
Pour l’économiste, la principale question reste celle des recettes publiques. Les ressources nécessaires au remboursement devront provenir d’une croissance des revenus de l’État, mais aussi d’une réduction parallèle des dépenses publiques. Les deux leviers devront évoluer simultanément pour produire les résultats attendus.
Le Dr Bhavish Jugurnath estime également que la maîtrise des dépenses publiques sera déterminante. Un rapport de la Banque mondiale, publié il y a quelques années, recommandait à Maurice de ramener son ratio dette/PIB autour de 82 %.
Selon lui, les autorités semblent suivre cette orientation en cherchant à réduire progressivement l’endettement. Toutefois, la réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs paramètres : le niveau des investissements publics, le rythme de croissance économique et la capacité du gouvernement à accroître ses revenus.
L’économiste note la création de plusieurs comités chargés d’examiner les dépenses de l’État, en tenant compte notamment des observations formulées dans le rapport de l’Audit. Ces instances, dont certaines seront présidées par le Premier ministre, auront pour mission d’identifier les sources de gaspillage au sein de l’administration publique.
Le Dr Bhavish Jugurnath estime que ces pertes représenteraient plus de 10 % du PIB. Une meilleure efficacité dans la gestion des fonds publics pourrait donc contribuer à améliorer les finances de l’État sans nécessiter une augmentation équivalente des recettes.
Les économistes soulignent néanmoins plusieurs éléments susceptibles d’influencer les projections gouvernementales.
Le Dr Bhavish Jugurnath relève que le gouvernement a renoncé au « means test » envisagé dans le cadre de la réforme des pensions. Cette mesure devait contribuer à limiter certaines dépenses publiques. Son abandon pourrait rendre plus difficile l’atteinte des objectifs budgétaires, même si d’autres réformes pourraient compenser cet effet.
Pour lui, le « Project Based Budgeting » n’a pas été concrétisé jusqu’à présent. Les orientations définitives devraient être précisées dans le Finance Bill.
Un autre facteur d’incertitude : les recettes attendues de l’accord sur les Chagos. Bien que ces revenus aient été intégrés dans les prévisions budgétaires, leur concrétisation n’est pas encore acquise. En leur absence, les objectifs de réduction du déficit et de la dette pourraient devenir plus difficiles à atteindre.
À l’inverse, une croissance économique soutenue, portée notamment par le développement de nouveaux secteurs comme l’intelligence artificielle ou l’économie bleue, pourrait renforcer les recettes publiques et faciliter la trajectoire fixée.
Pour Manisha Dookhony, la réduction de la dette publique passera avant tout par une réforme durable du fonctionnement de l’État. Elle estime que les efforts visant à diminuer les dépenses devront s’inscrire dans le temps et cibler en priorité les sources de gaspillage identifiées dans les rapports officiels.
Au-delà des économies budgétaires, elle considère que la croissance demeure le principal moteur de l’assainissement des finances publiques. Une économie plus dynamique permettrait de générer davantage de recettes fiscales, de financer les investissements publics et de réduire progressivement le poids de la dette dans le PIB.
La feuille de route gouvernementale fixe des objectifs précis jusqu’en 2029 et leur réalisation dépendra d’un équilibre entre discipline budgétaire, efficacité des dépenses, croissance économique et concrétisation des recettes attendues. Les prochaines années permettront de mesurer si cette trajectoire pourra être maintenue dans un contexte économique encore marqué par plusieurs incertitudes.