Mise à jour: 23 janvier 2026 à 11:30

Détournement présumé au cœur du judiciaire : Rs 67 700 envolées au Cash Office du New Court House à Port-Louis

Par Reshad Toorab
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L'enquête devra aider à comprendre ce dysfonctionnement.

Une enquête policière est en cours après la découverte d’irrégularités financières au Cash Office du New Court House à Port-Louis. Une somme de Rs 67 700, appartenant à l’État, aurait été détournée sur plusieurs mois, mettant en cause les mécanismes de contrôle interne.

C’est une affaire qui jette une lourde ombre sur l’institution judiciaire. Au Cash Office du New Court House, un lieu censé incarner la rigueur et la transparence, une somme de Rs 67 700, appartenant à l’État, aurait été détournée sur plusieurs mois. Une enquête pour « larceny by servant » a été ouverte par la police de Pope Hennessy, révélant de graves failles dans le système de gestion des fonds publics.

La plainte a été enregistrée le 21 janvier 2026, après qu’un Management Support Officer (MSO), affecté au Cash Office, a découvert une série d’irrégularités financières lors de la clôture de ses comptes le 14 janvier 2026.

Une anomalie qui fait éclater un système défaillant

Tout commence par un détail : une différence de Rs 1 000 sur un chèque. En approfondissant ses vérifications, le fonctionnaire découvre que deux transactions totalisant Rs 8 100 avaient été annulées dans le système informatique, alors que les paiements avaient bien été effectués par les usagers.

En présence de sa superviseure, il remonte plus loin dans les archives. Le constat est alarmant : plusieurs annulations suspectes, étalées entre le 5 septembre 2025 et le 14 janvier 2026, pour un montant cumulé de Rs 67 700.

Paiements encaissés, mais effacés du système

Selon les premières vérifications, les amendes, cautions et affidavits avaient bel et bien été payés par les justiciables, comme le confirment les registres des différentes cours concernées. Pourtant, au Cash Office, ces transactions apparaissaient comme annulées, laissant planer le soupçon d’un détournement méthodique.

L’affaire prend une tournure encore plus sensible lorsqu’il est établi, après consultation de l’unité informatique, que les annulations ne pouvaient être effectuées que via le login d’une seule employée : une caissière affectée au service.

Un système sans caméras, une sécurité quasi inexistante

Autre élément troublant : l’absence totale de caméras de vidéosurveillance au Cash Office. Une lacune majeure dans un service où transitent quotidiennement des fonds publics.

Certes, chaque employé dispose de son propre identifiant informatique et les connexions sont censées être fermées en fin de journée. Mais en l’absence de surveillance visuelle, les possibilités de vérification restent limitées.

Le plaignant a toutefois remis à la police des copies de toutes les transactions annulées, pièces maîtresses de l’enquête en cours. Le Master and Registrar a déjà été informé de la situation.

Une affaire sensible pour l’image du judiciaire

Si aucune arrestation n’a encore été effectuée, cette affaire soulève de sérieuses questions sur les mécanismes de contrôle interne, la traçabilité des paiements et la protection des fonds de l’État.

Comment une telle somme a-t-elle pu disparaître sur plusieurs mois sans être détectée plus tôt ?

Et surtout, combien d’autres failles similaires pourraient exister dans des services aussi sensibles ?

L’enquête policière se poursuit.

Ce que dit la loi sur le « larceny by servant »

À Maurice, le larceny by servant est une infraction grave prévue par le Code pénal.

Elle concerne tout employé ou agent qui détourne, vole ou s’approprie frauduleusement des biens ou de l’argent confiés dans le cadre de ses fonctions.

Peines encourues :

  • Jusqu’à 10 ans de servitude pénale, selon la gravité des faits
  • Des sanctions aggravées lorsque les fonds appartiennent à l’État
  • Des poursuites disciplinaires pouvant mener à la révocation du service public

Les autorités rappellent que les fonctionnaires ont une obligation de probité absolue, toute violation portant atteinte à la confiance du public dans les institutions.

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