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Dès ce vendredi : clap de fin pour les produits en plastique à usage unique

Kiran Bundhun, marchand de jus, ne sait plus quoi faire de ses milliers de gobelets.

3 600 personnes en chômage technique 

C’est le jour J. À compter de ce vendredi 15 janvier 2021, les produits en plastique non biodégradable et à usage unique sont strictement interdits. Cela signifie que personne n’a le droit d’être en possession, d’utiliser, de vendre, de distribuer, d’importer ou de fabriquer des produits en plastique non biodégradable, dont le polystyrène. 

Si ces nouveaux règlements visent à contribuer à protéger l’environnement, ils ne sont pas sans conséquence sur les fabricants et d’autres employés de l’industrie ? Ce vendredi, une douzaine d’usines ferment leurs portes. Employant environ 600 personnes au total, elles cessent leurs opérations en attendant l’achat de nouvelles machines. C’est ce qu’affirme Saakeeb Shamutally, porte-parole de la Plastic Products Manufacturers and Users Association. Lui aussi devra fermer temporairement son usine qui opère depuis 21 ans. 

Il précise que la majeure partie des machines existantes des fabricants est encore sous Leasing. « Il faut fermer pour éviter l’accumulation des frais d’entretien et d’autres dépenses. Sinon nous ne pourrons pas acheter d’autres machines qui utilisent des matières premières biodégradables », explique-t-il. 

Le producteur ajoute qu’en sus de ces 600 employés d’usines qui sont directement impactés, il y a 3 000 revendeurs et livreurs répartis à travers le pays, dont la plupart gagnent leur croûte grâce au plastique à usage unique. Le porte-parole de la Plastic Products Manufacturers and Users Association affirme que les producteurs ne veulent pas aller à l’encontre de la loi. Ce qu’ils souhaitent, dit-il, c’est que le gouvernement leur accorde un délai additionnel. « Il faudra six mois entre l’importation et l’installation d’une nouvelle machine », explique-t-il.  

Le confinement, la fermeture des frontières et les restrictions sur les voyages sont autant de facteurs qui ont compliqué les démarches des usiniers pour voyager afin de choisir leurs machines. Quand une machine est choisie, il faut que l’ingénieur du fabricant vienne à Maurice pour inspecter les installations. Une fois la commande passée, la livraison prend trois mois. 

« Le gouvernement aurait pu nous accorder un délai, car les frontières étaient fermées. Nous avons fait plusieurs requêtes pour une extension afin que nous ayons le temps de changer les machines », souligne Saakeeb Shamutally. 

Dev, un livreur de plastique, a, pour sa part, tenu à faire ressortir que ce sont les bouteilles en PET (polyéthylène téréphtalate, une matière synthétique recyclable ; NdlR) et les sacs en plastique qui polluent plus. « Samem ki trouv plis dan bann kanal. Pourtan, samem ki pou interdi an dernye », déplore-t-il.

Il dit que chaque jour, il se rend normalement dans les usines pour prendre la livraison de take-away, de sacs, de gobelets, de cuillères et de fourchettes en plastique afin de les livrer à des restaurants du Sud. Sauf qu’à compter de ce vendredi, il devra trouver un autre emploi. « Mo pe pans pou al livre take-away papie ou byen korne plastik », conclut Dev. 

Jusqu’à Rs 100 000 d’amende 

Tout contrevenant sous les Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020 sera passible d’une amende :  
(i) ne dépassant pas Rs 2 000 pour possession ou utilisation ; 
(ii) ne dépassant pas Rs 20 000 pour vente ou distribution ; 
(iii) ne dépassant pas Rs 50 000 pour importation ; et 
iv) ne dépassant pas Rs 100 000 pour fabrication. 

Le ministre Kavy Ramano : «Plus de 30 firmes sont passées au biodégradable»

Kavy Ramano se dit satisfait que dans certains commerces, la transition ait été faite depuis plusieurs mois déjà. « Plus de 30 entreprises locales sont passées à la production d’objets biodégradables. Certains producteurs ont adapté leurs machines. L’avenir leur appartient », a expliqué le ministre de l’Environnement. Pour lui, l’heure n’est pas à la polémique mais plutôt au constat. « Il était temps de protéger l’environnement et les générations futures. » Pour ce qui est du délai, il a précisé qu’avant de fixer cette date, le ministère a pris en compte les intérêts des opérateurs et le confinement.  

S’adapter ou périr 

Certains opérateurs ont déjà fait la transition vers des matières biodégradables. Ils ont moins de soucis à se faire que ceux qui ne l’ont pas encore fait. À l’instar de Kiran Bundhun, vendeur de jus frais au Ruisseau-du-Pouce. Il a épargné et « met sit » pour acheter Rs 100 000 de gobelets en plastique. Aujourd’hui, il ne sait plus quoi faire de tout ce stock. 

« Mo pou bizin sanze ek servi goble papye. Mo pou bizin fer defwa plis depans akoz mo pa pou mont pri mo prodwi », confie-t-il. Son seul espoir est que le gouvernement accorde un délai supplémentaire pour que des entreprises puissent écouler leurs stocks. En attendant, il entend conserver ses milliers de gobelets à la maison. 

Raiis Abdoulah, un restaurateur de Port-Louis, affirme, lui, qu’il est passé du plastique au papier il y a trois ans. S’il a choisi de faire la transition, dit-il, c’est parce qu’il voulait que l’entreprise familiale soit écoresponsable. 

Eric, un autre restaurateur de la capitale, raconte que depuis la semaine dernière, il a conservé ses conteneurs en plastique chez lui. Il est passé au papier et il s’est trouvé un autre fournisseur en une semaine. 

Moratoire d’un an 

Ces règlements, appelés les Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020, entrent en vigueur une année après qu’ils ont été annoncés par le ministère de l’Environnement. Celui-ci a toutefois accordé un moratoire d’un an pour ce qui est de l’interdiction des plateaux jetables, des conteneurs et des gobelets avec couverture en plastique à usage unique utilisés par l’industrie alimentaire locale dans l’emballage des produits frais et frigorifiés. Afin d’aider les particuliers, les commerçants et d’autres employés de l’industrie du plastique à se débarrasser de tous les produits en plastique à usage unique, les collectivités locales offrent des facilités temporaires pour le recyclage. 

Les produits concernés 

  • Couverts en plastique (fourchettes, couteaux, cuillères et baguettes)
  • Assiettes jetables 
  • Gobelets jetables 
  • Bols jetables 
  • Plateaux jetables 
  • Pailles (y compris celles attachées aux briques de boisson) 
  • Touillettes à boisson 
  • Conteneurs avec couvercle à charnière 
  • Couvercles des récipients en plastique à usage unique 
  • Récipients de toute forme avec ou sans couvercle qui sont utilisés pour contenir des aliments destinés à la consommation immédiate, sur place ou à emporter et qui sont fournis par une entreprise de restauration.  
 

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