Dérapages à Camp-Thorel - une proche du gérant du domaine : «Nou viktim, nou lavi ti an danze, nou ki ferme aster»
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Le Défi Plus
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C’est une virée dominicale dans un domaine de l’Est, à Camp-Thorel, qui a mis le feu aux poudres en fin d’après-midi du 17 mai. Les incidents se sont ensuite étalés sur plusieurs heures, plongeant ce village dans une forte tension, sur fond d’agression, de menaces, d’usage d’arme à feu et d’incendie criminel. Plusieurs unités policières, dont le Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM), la Special Mobile Force (SMF) et la Special Supporting Unit (SSU), ont été mobilisées sur le terrain.
Le point de départ du différend concerne l’utilisation d’un quad motorisé sur un parcours de santé situé dans le domaine « Hémisphère de l’Est », occupé par des membres de la famille Jamalsah, originaires de Rose-Hill.
Au moment où des personnes présentes sur le site tentaient d’embarquer un quad à bord d’un pick-up près d’un kiosque public, elles ont été interpellées par des villageois, inquiets pour la sécurité des usagers du lieu. La situation a vite dégénéré en affrontements entre les deux groupes : d’un côté les personnes fréquentant le domaine, de l’autre des habitants de Camp-Thorel. Un policier, présent parmi les villageois au kiosque, a été blessé à la main et à la tête lors des heurts.
L’alerte s’est propagée rapidement dans le village. Une centaine de personnes se sont rassemblées face à une quinzaine d’individus présents sur le domaine, qui se sont repliés à l’intérieur du site pour des raisons de sécurité. La police est intervenue en renfort, mais la situation a continué de s’aggraver. Un pick-up transportant le quad a été incendié. Des coups de feu ont également été tirés, sans faire de blessés. Une cartouche a toutefois été retrouvée et sécurisée par la police.
L’une des proches du gérant du terrain de chasse, qui s’est confiée au Défi Plus, présente à Camp-Thorel dimanche, insiste sur le fait que le quad leur sert uniquement de moyen de transport pour accéder au domaine et qu’à aucun moment, ils ne s’amusent à bord de leurs véhicules dans le parcours de santé : « Ena enn parking piblik, nou park loto, apre nou pran 4x4 ek kwad, nou al andan dan sasse. Nou ena sink arpan, ou krwar nou pou mont kwad dan parking ? » explique cette proche de la famille Jamalsah. Elle précise que, le jour fatidique, l’un de leurs quads est tombé en panne, ce qui a déclenché les tensions : « Bann-la inn vini, zot dir ki sak semen zot roul kwad ek ki zot ki kontrol isi. » Entre les deux groupes, la situation a alors dégénéré.
Elle explique que les membres de sa famille viennent sur ce terrain pour des moments de détente le week-end, après une longue semaine de travail : « Mo boper ena enn sase ki linn aste depi de mwa. Enn semen nou travay, ek dimans nou al laba an fami. »
Ce jour-là, affirme-t-elle, ils ont frôlé la mort. Elle accuse des individus de ce village de l’Est de s’en être pris à eux : « 200 dimounn kont enn fami 15 dimounn… A whole village versus one family, ou kone kiete sa ? Nou ti 15 dimounn : 5 madam, enn zanfan sis mwa, mo tifi 6 an, mo mama ti laba… Monn resi pran mo tifi sis an nounn sove. »
Avec l’arrestation de membres de sa famille et d’autres proches — notamment Noorani Hajee Jamalsah et Ashfaaq Jamalsah, de Rose-Hill, Bernard Gaël Rydley Julien Noël, de Pointe-aux-Sables, Krishna Rajen Luchmedu, de Rose-Hill, ainsi que Gérard Winsley Céleste, de Forest Side — elle réclame justice, après que deux de leurs véhicules ont été incendiés : « Bann-la inn net dife. Zordi, tou pe tom lor nou. Nou viktim, nou lavi ti an danze, aster nou ki ferme. »
Qui est cette jeune femme qui a remis un objet ressemblant à une arme tranchante à un homme impliqué dans un cas d’agression contre des villageois se trouvant dans un kiosque ?
Depuis dimanche, des séquences d’une vidéo devenue virale circulent sur les réseaux sociaux. On y voit une jeune femme remettre un objet s’apparentant à une arme tranchante à l’un des protagonistes de cette agression. Sur les réseaux sociaux, elle a été surnommée « Kala Samurai/Panther Rose ». La police a ouvert une enquête pour retracer son identité dans le cadre de cette affaire d’agression avec préméditation.
Les interrogatoires des personnes proches des gérants du terrain de chasse n’ont, pour l’heure, pas permis de remonter jusqu’à elle. Les enquêteurs doivent en outre composer avec la mauvaise qualité des images vidéo, ce qui complique son identification.
Ces personnes fréquentant ce terrain de chasse, présentes à Camp-Thorel dimanche, doivent leur salut à une intervention policière qui a permis une délicate opération d’exfiltration dans la zone boisée. Au total, 18 personnes ont été secourues à bord d’un minibus de la police. Le véhicule a emprunté des sentiers à travers les terrains de chasse avant de quitter les lieux en direction de Salazie. Elles ont ensuite été conduites en lieu sûr au poste de police de Saint-Pierre.
Une enquête à deux volets a été déclenchée par la Criminal Investigation Division (CID) de Moka, désormais chapeautée par la Central CID (CCID). À ce stade, les enquêteurs ont arrêté cinq suspects accusés d’agression avec préméditation sur des villageois de Camp-Thorel. Parallèlement, les éléments du Field Intelligence Office sont déployés sur le terrain afin d’identifier les individus impliqués dans l’incendie de deux véhicules appartenant à des proches du gérant du terrain de chasse.
La police de Saint-Pierre a également réquisitionné un véhicule de luxe de marque Porsche, qui aurait été utilisé dimanche par l’un des suspects fréquentant ce terrain de chasse. Des examens balistiques ont été menés par des experts du Scene of Crime Office (Soco) et du Forensic Science Office (FSO) afin d’identifier les individus ayant fait usage d’une arme à feu ce jour-là.