Dépôts sauvages de déchets : Bhagwan appelle les citoyens à dénoncer les pollueurs
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Face à la multiplication des dépôts sauvages de déchets, les autorités misent sur la délation citoyenne. « Sortez les téléphones », lance le ministre de l’Environnement, dans un appel qui révèle autant les limites du contrôle étatique que l’ampleur de l’incivisme environnemental.
Les images ont circulé en début de semaine sur les réseaux sociaux, suscitant l’indignation. À Riche-Terre, non loin du site d’Arichter, des matelas, vieux vêtements, déchets ménagers et gravats ont été découverts abandonnés illégalement sur des terrains vacants. Presque simultanément, à Bramsthan dans la région de Flacq, à proximité d’un lieu de crémation, la police de l’Environnement découvrait des vieux meubles, canapés et divers déchets offrant un spectacle de désolation aux riverains.
Ces incidents, rapidement pris en charge par les autorités locales qui ont procédé au nettoyage des sites, ne constituent que la partie visible d’un phénomène plus large. Entre le 15 décembre et le 7 janvier, la police de l’Environnement a dressé plus de 230 contraventions, selon l’inspecteur Vishwanaden Amasay, chef de cette unité. Plus de 100 infractions concernent des déchets jetés sur la voie publique. En outre, 84 contraventions ont été émises pour tabagisme dans des lieux où cela est strictement interdit par la loi.
Face à cette recrudescence, le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, a choisi une stratégie pour le moins directe : transformer chaque citoyen en auxiliaire de la police environnementale. « Sortez les téléphones et dénoncez ceux qui ne respectent pas l’environnement », a-t-il déclaré à la presse, soulignant que de nombreux actes de dumping sont commis en plein jour, souvent par des camions ou des particuliers qui choisent la facilité au détriment du cadre de vie collectif.
Le ministre a précisé que les informations transmises par le public – photos, vidéos ou signalements précis – permettent souvent d’identifier plus rapidement les responsables et d’engager des actions ciblées. Ces éléments constituent, selon lui, des outils essentiels pour la police de l’Environnement dans son travail de terrain.
Cet appel à la délation traduit un aveu implicite : les autorités ne peuvent agir efficacement sans la collaboration active des citoyens. Le ministre a réaffirmé la détermination de son ministère à lutter contre le dumping illégal et indiqué qu’une action ferme est menée contre les individus et les camions qui n’hésitent pas à déverser leurs déchets sur des terrains vacants ou en bordure de routes, en toute illégalité.
Au-delà de l’aspect répressif, Rajesh Bhagwan a rappelé que le dépôt illégal de déchets constitue une infraction passible de sanctions, et que les contrevenants s’exposent à des amendes, voire à des poursuites plus sévères en cas de récidive. Il a insisté sur le fait que les opérations de nettoyage, bien qu’indispensables, représentent un coût important pour l’État et les collectivités locales, un coût qui pourrait être évité par un minimum de civisme.
Les interventions menées à Riche-Terre par le conseil de district de Pamplemousses et Mauri Facilities, ou à Bramsthan par la police de l’Environnement, illustrent cette charge financière. Tous les déchets ont été enlevés et les zones remises en état, mais ces opérations de nettoyage, aussi nécessaires soient-elles, ne peuvent constituer une solution durable à elles seules.
Le ministre a mis l’accent sur la responsabilité collective. La protection de l’environnement, a-t-il souligné, ne relève pas uniquement des autorités, mais de chaque citoyen. Sans un changement durable des comportements, les mêmes scènes de pollution risquent de se répéter, compromettant les efforts engagés pour préserver la propreté et la qualité de vie à Maurice.
Face à la prolifération des dépotoirs sauvages à travers tout le pays, les autorités passent à la vitesse supérieure. Le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, annonce l’étude d’une nouvelle loi permettant la saisie immédiate des véhicules utilisés pour le déversement illégal de déchets, une arme dissuasive contre ces pratiques. « En 2025, 125 véhicules ont déjà été verbalisés. Il est temps de durcir la sanction », affirme-t-il.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 125 véhicules sanctionnés l’an dernier pour déversements de déchets ménagers ou de débris de construction. Parmi les contrevenants : particuliers négligents et opérateurs peu scrupuleux, qui exploitent l’absence de surveillance pour agir en toute impunité.
Ces infractions se produisent majoritairement la nuit, quand les zones sont mal éclairées et les regards absents. « Certains abandonnent leurs déchets là où ça les arrange, profitant du vide de contrôle », déplore le ministre. Avec cette mesure, l’État entend frapper fort : plus de tolérance, plus d’impunité.