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Dépendance énergétique : Maurice peut-il vraiment tourner le dos au pétrole?

Par Le Défi Plus
Publié le: 4 avril 2026 à 17:30
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46,7 % de la production énergétique repose sur l'huile lourde.

La crise énergétique actuelle agit comme un révélateur brutal. À chaque tension géopolitique, à chaque perturbation dans le détroit d’Ormuz, c’est toute l’économie mauricienne qui vacille. Hausse du carburant, pression sur l’électricité, inflation en cascade… La dépendance du pays aux énergies fossiles n’est plus un simple constat, mais une vulnérabilité structurelle.

Aujourd’hui, Maurice importe l’essentiel de ses besoins énergétiques. L’électricité repose encore en grande partie sur des sources fossiles, notamment l’huile lourde et le charbon, utilisées pour alimenter les turbines du Central Electricity Board. Le transport, lui, dépend quasi exclusivement des produits pétroliers. Cette dépendance expose directement le pays aux fluctuations des marchés internationaux, sur lesquels il n’a aucun contrôle.

Les récents événements au Moyen-Orient en sont une illustration frappante. La hausse des coûts du fret, combinée à l’augmentation du prix du pétrole, a entraîné une pression immédiate sur les finances publiques et sur les organismes parapublics. Le coût des cargaisons d’huile lourde, indispensables à la production d’électricité, ne cesse d’augmenter, mettant à rude épreuve la viabilité financière du CEB.

Au-delà de l’impact économique, c’est toute la question de la sécurité énergétique qui se pose. Dans un monde de plus en plus instable, continuer à dépendre massivement des énergies fossiles revient à s’exposer à des crises répétées. À chaque choc externe, Maurice se retrouve contraint d’absorber des coûts supplémentaires, avec des répercussions directes sur les entreprises et les ménages.


Sunil Dowarkasing : « Maurice ne peut plus dépendre du fossile en 2026 »

Dans ce contexte de forte dépendance énergétique, l’expert en énergie Sunil Dowarkasing tire la sonnette d’alarme. Selon lui, la crise actuelle liée aux tensions au Moyen-Orient aura un impact direct et durable sur l’économie mauricienne.

Il rappelle que près de 46,7 % de la production énergétique du pays repose encore sur l’huile lourde et le charbon, un niveau de dépendance qu’il juge préoccupant. « Ce n’est pas aujourd’hui que nous tirons la sonnette d’alarme pour aller vers les énergies renouvelables. Avec la crise au Moyen-Orient et les tensions dans le détroit d’Ormuz, nous faisons face à une situation bien plus grave. Maintenant que l’approvisionnement n’est plus régulier, la situation devient alarmante. Ce n’est plus possible de voir que nous sommes dépendants des énergies fossiles alors que nous sommes en 2026 », affirme-t-il.

S’appuyant sur les données du dernier rapport de l’audit, il souligne le retard accumulé dans la transition énergétique. « 46,7 % de notre production dépend de l’huile lourde et seulement 16 % sont consacrés aux énergies renouvelables. C’est un retard excessif qui nous impose aujourd’hui une réflexion urgente », insiste-t-il.

Pour l’expert, cette situation est le résultat d’un manque de vision à long terme. Il estime qu’aucun gouvernement n’a véritablement mis en place un plan structuré, progressif et transparent pour accompagner la transition vers des sources d’énergie propres.

Il pointe également du doigt les récentes décisions liées au maintien de certaines centrales à charbon. Alors que le pays s’était engagé à sortir progressivement de cette source d’énergie à l’horizon 2030, la conjoncture actuelle semble ralentir cet objectif. « Voir que certains Independent Power Producers continuent de produire avec le charbon est totalement en contradiction avec la vision du pays », dénonce-t-il.

Selon Sunil Dowarkasing, l’indépendance énergétique reste hors de portée sans volonté politique forte. « Maurice n’arrivera pas à atteindre une véritable indépendance énergétique s’il n’y a pas de volonté. C’est la conséquence d’années de retard accumulé. L’heure est grave et il faut des solutions au plus vite », souligne -t-il.

Alors que les jours sont incertains malgré un stock stable, des décisions pourraient tomber à partir du lundi 6 avril en ce qui concerne la production énergétique. Si le spectre d’une hausse du tarif de l’électricité plane, d’autres mesures préventives pourraient être annoncées. En effet, le ministre de tutelle sera face à la presse pour faire des annonces et dresser un bilan de la situation.


Ces pays qui réussissent sans dépendre du soleil

La transition énergétique ne repose pas uniquement sur l’ensoleillement. Plusieurs pays, pourtant peu favorisés sur le plan climatique, ont réussi à développer des modèles énergétiques largement basés sur les renouvelables, grâce à des choix stratégiques et des investissements ciblés.

Au Danemark, l’éolien est devenu un pilier central du mix énergétique. Le pays produit aujourd’hui plus de la moitié de son électricité grâce au vent, notamment via des parcs offshore. Une performance rendue possible par une vision à long terme et un soutien constant aux technologies vertes. La Norvège, de son côté, s’appuie sur ses ressources naturelles pour produire près de 90 % de son électricité à partir de l’hydroélectricité. Un modèle qui lui permet de limiter fortement sa dépendance aux énergies fossiles.

En Allemagne, malgré un climat souvent nuageux, la transition énergétique s’est imposée comme une priorité nationale.

Le pays combine éolien, solaire et biomasse dans le cadre de sa politique « Energiewende », avec des investissements massifs sur plusieurs décennies. Le Royaume-Uni a également misé sur l’éolien en mer pour compenser son manque d’ensoleillement. Il figure aujourd’hui parmi les leaders mondiaux dans ce domaine, avec des capacités en constante expansion.

En Suède, le mix énergétique repose sur l’hydroélectricité et l’éolien, complétés par le nucléaire. Cette combinaison permet au pays d’afficher une très faible dépendance aux combustibles fossiles. Enfin, l’Islande représente un cas unique.

Grâce à la géothermie et à l’hydroélectricité, elle produit la quasi-totalité de son électricité à partir de sources renouvelables, sans dépendre du soleil. La crise actuelle agit comme un révélateur : sans transition rapide, Maurice restera exposé à des chocs qu’il ne contrôle pas.

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