Dépénalisation ou légalisation du gandia : le débat s’amplifie

Par Le Défi Plus
Publié le: 7 mars 2026 à 17:30
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Le débat sur la dépénalisation ou la légalisation du gandia s’intensifie.
Le débat sur la dépénalisation ou la légalisation du gandia s’intensifie.

Le trafic de drogue à travers l’île s’intensifie et de nombreuses vidéos témoignent de la détresse des personnes dépendantes de la drogue. La dépénalisation ou la légalisation du gandia est-elle une solution ? Deux juristes, Mes Dev Ramano et Amira Peeroo, José Ah Choon, président de l’organisation non gouvernementale A Nou Là, et Ally Lazer, de l’association des travailleurs sociaux de Maurice, livrent leurs analyses.

Me Dev Ramano tient à clarifier sa position. « Je ne fume pas et je ne consomme pas. Mais, par conviction politique, je suis pour la dépénalisation et la légalisation du gandia. »

Pour l’homme de loi, le sujet demeure brûlant et controversé. Il fustige sans détour ceux qui s’opposent à toute forme de dépénalisation.

Selon lui, une profonde hypocrisie entoure ce débat. Miser exclusivement sur la prison, la répression et l’érosion des libertés pour enrayer un fléau qui s’aggrave de jour en jour relève, à ses yeux, d’un échec patent.

Me Dev Ramano s’attaque également à la Dangerous Drugs Act (DDA), qui classe le gandia parmi les drogues dures et dangereuses. Selon lui, la seule disposition pertinente demeure la section 40, relative à la conduite après avoir consommé de la drogue. 

Pour le reste, il dénonce « une fausse loi basée sur de fausses informations », allant jusqu’à qualifier cette classification de « crime ».

L’avocat estime que la DDA bafoue les droits fondamentaux garantis par la Constitution, notamment les articles 1 à 16 : droit à la vie, à la liberté, à l’expression, à la liberté de conscience et de croyance, entre autres.

S’appuyant sur un principe philosophique, il avance que tout ce qui se trouve « hors de sa peau et de son corps » peut être réglementé par l’État. 

En revanche, « sa ki ou mett dan ou lekor, li ou drwa. Li ou gouvernman e li ou teritwar e li ou juridiction. » Autrement dit, le corps relève de la juridiction de chacun.

Il plaide ainsi pour davantage d’éducation et de sensibilisation afin d’accompagner les personnes dans leurs choix. « Votre corps reste votre juridiction et votre territoire. »

Concernant les sanctions pénales liées au « gandia », selon lui, elles peuvent s’avérer plus destructrices pour l’individu que la substance elle-même. Si tel est le cas, la loi doit être revue.

Il en appelle donc au « courage politique » pour retirer le gandia de la liste des drogues dures de la DDA et « lui redonner son vrai sens ». À ses yeux, il ne s’agit nullement d’une drogue dure, mais d’une drogue dite douce.

Dépénalisation, décriminalisation et légalisation

Me Dev Ramano souligne qu’une confusion persiste entre ces trois notions : 
La dépénalisation : le consommateur n’est plus passible de sanctions pénales, mais la substance demeure illégale.
    La décriminalisation : l’infraction cesse d’être de nature criminelle, bien que la drogue reste interdite.

La légalisation : la consommation, la production et la distribution deviennent légales et sont encadrées par la loi.

L’avocat observe que le gandia se vend aujourd’hui au même prix que l’héroïne, ce qui révèle, selon lui, « un problème majeur ». Il est d’avis que la légalisation pourrait freiner la propagation des drogues synthétiques et fragiliser les réseaux mafieux.

À titre d’exemple, il évoque la possibilité d’autoriser un consommateur à cultiver une plante pour son usage personnel.

Celui-ci n’aurait plus recours aux trafiquants, dont le commerce serait directement affecté. Les drogues plus dangereuses, comme l’héroïne ou les substances synthétiques, pourraient alors voir leur marché se contracter.

À ceux qui redoutent qu’autoriser la culture domestique du gandia n’expose les enfants à un danger, il répond que la présence d’alcool dans les foyers soulève la même interrogation. Selon lui, tout repose sur l’éducation, la discipline et la sensibilisation.

Me Dev Ramano dénonce enfin les « tergiversations de certains politiciens ». Il cite Paul Bérenger, Premier ministre adjoint, qui estimait nécessaire d’approfondir la réflexion sur la dépénalisation. L’avocat rappelle que le Mouvement militant mauricien s’était, dans le passé, montré favorable à la légalisation ou à la dépénalisation.

À ses yeux, légaliser le gandia, c’est s’attaquer frontalement au blanchiment d’argent, aux trafiquants et, plus largement, au fléau de la drogue.

 

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