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Démocratie ou dictature de la majorité ?

Vote

Le jeudi 7 novembre, les 941 719 électeurs de la République de Maurice seront appelés à élire 62 députés. C’est un important exercice de la démocratie représentative à travers lequel le peuple choisit ceux qui le représenteront à la plus haute instance décisionnelle du pays. Pour les présentes élections, l’exercice paraît sinueux, d’autant qu’il s’agit d’une lutte à trois serrée. Le spectre du vote « panaché » (ou « koupe-transe ») hante les leaders des deux alliances (Morisien et Nationale), Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam. De son côté, le leader du MMM Paul Bérenger se frotte les mains, espérant tirer des bénéfices de cette situation. En somme, c’est une majorité confortable qui est au cœur de leurs inquiétudes.

Cette lutte à trois est comparable à une boîte à surprises. Ce dont on est sûr c’est qu’il y aura deux perdants. L’un des deux pourrait avoir le beau rôle de joker si le gagnant venait à ne bénéficier que d’une majorité squelettique, voire insuffisante pour constituer un gouvernement. Compte tenu du rapport de forces post-électoral, le joker risquerait de développer un appétit féroce en termes de ministères, d’ambassades et d’autres nominations. Dans le cas présent, Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam ne souhaitent pas se retrouver dos au mur avec une proposition ferme de partage du poste de Premier ministre avec Paul Bérenger. D’où leurs appels répétitifs aux électeurs pour qu’ils votent « bloc ».

La classe politique perçoit le « vote bloc » comme un gage de stabilité au sein du gouvernement. Force est de constater que dans notre histoire électorale, deux victoires absolues de 60-0 n’ont pas fait long feu. Celle de l’alliance MMM-PSM en 1982 et celle de l’alliance PTr-MMM en 1995 se sont brisées sur le récif de l’incompatibilité et de profonds différends. Ces alliances se sont avérées être contre-nature, tout comme la coalition PTr-MMM en 2014 qui n’a pas été plébiscitée par la population.

Nos leaders politiques placent toujours la barre haute, en vue d’obtenir la majorité de trois quarts nécessaire pour avoir carte blanche afin de notamment amender la Constitution. Cette majorité tant désirée par les leaders s’était transformée en hantise pour nombre de Mauriciens en décembre 2016 lorsque le PMSD avait quitté l’Alliance Lepep. Xavier-Luc Duval avait expliqué qu’il renonçait à tous les privilèges ministériels rien que pour priver le gouvernement de cette majorité nécessaire pour introduire la Prosecution Commission. Ce qui pousse à croire que la démocratie peut insidieusement se transformer en une dictature de la majorité.

En fait, cette démocratie ne correspond plus à la définition qu’avait donnée Abraham Lincoln en 1863 : « Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Il s’agit, dans le cas présent, davantage du gouvernement d’un clan, par le peuple, pour des protégés. C’est indéniable qu’une poignée d’élus prennent les décisions les plus importantes et engagent l’avenir du pays. Sous tous les gouvernements qui se sont succédé, des proches de leaders ou de partis ont été nommés à la tête d’institutions et ce, bien qu’ils ne soient pas « the right person for the job ».  

L’ironie veut que des gens compétents « au sein du peuple » qui ont, de surcroît, voté pour le parti au pouvoir sont exclus de ces postes à responsabilités. Leur faute : ne pas avoir de piston politique. Dans certains pays, on parle même de la tyrannie exercée par la majorité sur les opposants ou les minorités. Comme quoi la démocratie, comme forme de gouvernement, montre ses limites.

Le vote « koupe-transe » semble très prononcé dans les luttes à trois. Lindsay Rivière et Jean Claude de l’Estrac rappellent qu’en 1976, le vote 2-1 a été enregistré dans neuf des 20 circonscriptions. Jean Claude de l’Estrac en prévoit davantage lors des présentes élections. Suivant l’avalanche des clips vidéo « Gate » sur des scandales et des affaires de mœurs, on peut s’attendre à une réaction « koupe-transe » pour qu’aucun parti n’obtienne une majorité confortable. Et que l’un des partenaires post-électoraux agisse comme chien de garde. Si tel est le cas, ce sera une leçon que nos leaders politiques devront retenir…

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