Démission du Chief Executive - FSC : une instabilité qui interroge la gouvernance
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Neuf mois après son arrivée à la tête de la Financial Services Commission, Désiré Vencatachellum quittera ses fonctions le 30 juin. Une démission qui ravive les préoccupations sur la stabilité du régulateur.
La Financial Services Commission (FSC) de Maurice se retrouve une nouvelle fois confrontée à une vacance à sa tête. Désiré Vencatachellum, nommé Chief Executive de l’organisme de régulation du secteur financier en septembre 2025, a annoncé sa démission le 29 mai, invoquant des raisons familiales. Son départ, effectif au 30 juin 2026, intervient neuf mois à peine après sa prise de fonctions, ravivant les inquiétudes quant à la stabilité institutionnelle d’un régulateur dont la crédibilité internationale est directement en jeu.
Ce départ n’est pas le premier à fragiliser l’institution. En novembre 2024, le Dr Roshan Boodhoo avait quitté ses fonctions, laissant la FSC sans direction pendant près de dix mois. La nomination de Désiré Vencatachellum, en septembre 2025, avait été présentée comme la fin d’une longue période d’incertitude. Elle n’aura été qu’une parenthèse.
Dans son communiqué du 29 mai, le conseil d’administration de la FSC a indiqué que son Chief Executive avait justifié sa décision par la nécessité d’être présent à l’étranger pour des raisons personnelles et familiales. L’institution a tenu à saluer sa contribution, tout en assurant que des « dispositions temporaires » (voir plus loin) seraient mises en place pour assurer la continuité des opérations sous la supervision du conseil d’administration.
Ces explications n’ont pas convaincu tout le monde. Mahen Seeruttun, ancien ministre des Services financiers et figure de l’opposition, affirme accueillir « avec prudence » les motifs officiellement avancés. Sans préciser ce qu’il entend par là, il laisse entendre que les circonstances réelles du départ demeurent obscures. Une réserve que partagent, sous couvert de l’anonymat, plusieurs professionnels du secteur financier, qui dressent un tableau plus critique de la relation entre la direction sortante et les opérateurs de la place.
Certains d’entre eux reprochent à Désiré Vencatachellum d’avoir manqué d’accessibilité et d’avoir entretenu une communication insuffisante avec les différentes composantes de l’industrie, notamment lors des « Industry meets », ces rencontres périodiques organisées par le régulateur avec les acteurs du secteur. Des griefs qui témoignent d’une relation tendue entre le régulateur et les acteurs qu’il supervise.
Pour Mahen Seeruttun, le problème dépasse la personne de Désiré Vencatachellum. C’est la gouvernance de l’institution dans son ensemble qui semble fragilisée. La FSC a également connu récemment des changements à sa présidence, un fait que l’ancien ministre cite comme élément distinct, venant s’ajouter à la succession de départs à la direction exécutive pour renforcer la perception d’une gouvernance en mouvement permanent. « Plusieurs opérateurs du secteur expriment déjà leur frustration face à certaines attentes non satisfaites à l’égard du régulateur », souligne-t-il, voyant dans ce nouveau départ un signal préoccupant envoyé à la communauté financière internationale.
Ce sentiment est partagé par Shamima Mallam-Hassam, Managing Director de Trident Trust, dont la voix porte dans les milieux financiers mauriciens. Elle juge indispensable que la nomination d’un nouveau Chief Executive intervienne dans les meilleurs délais, estimant qu’une période prolongée sous la responsabilité d’un Officer-in-Charge, c’est-à-dire d’un directeur par intérim sans mandat plein, « pourrait alimenter des interrogations quant à la stabilité de l’organisation ». Pour elle, l’enjeu est aussi de rassurer les investisseurs et la communauté des affaires sur la capacité de la FSC à remplir pleinement ses missions de supervision et de régulation.
Des professionnels anonymes vont plus loin : un régulateur, disent-ils, ne peut durablement fonctionner sans direction exécutive propre. Le conseil d’administration exerce un rôle de supervision, non de gestion quotidienne. Ils plaident pour qu’un successeur soit nommé avant même le 30 juin, afin d’éviter toute rupture dans la conduite des affaires.
Ce que tous ces acteurs ont en tête, sans toujours le formuler explicitement, c’est l’évaluation imminente à laquelle Maurice doit se soumettre devant l’ESAAMLG, (Groupe de lutte contre le blanchiment d’argent en Afrique orientale et australe). Cette évaluation, qui jaugera la solidité du dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, est l’un des rendez-vous les plus structurants pour la réputation de la juridiction mauricienne sur la scène internationale.
Mahen Seeruttun estime que la démission de Désiré Vencatachellum tombe « à un moment délicat ». Une FSC sans direction stable au moment d’une telle évaluation serait un signal particulièrement mal venu. Le futur titulaire du poste, dit-il, devra « posséder les compétences nécessaires pour envoyer un message clair à l’industrie financière ainsi qu’aux instances internationales qui suivent l’évolution de la juridiction mauricienne ». Il ajoute que le processus de recrutement devrait être conçu de manière à permettre aux profils les plus qualifiés de se porter candidats.
La ministre des Services financiers, le Dr Jyoti Jeetun, a pris acte de la démission et s’est associée aux remerciements adressés au dirigeant sortant, lui souhaitant du succès dans ses projets futurs. Sur le fond, elle se veut rassurante : elle rappelle que seize agences gouvernementales participent aux préparatifs de l’évaluation de l’ESAAMLG, et que la FSC en constitue l’un des piliers. Elle souligne que l’institution emploie plus de 300 personnes et dispose d’une structure de direction à même d’assurer la continuité de ses activités, ajoutant faire confiance au conseil d’administration pour gérer la transition.
Selon des sources proches du dossier, le conseil d’administration aurait validé, lors de sa réunion du 29 mai, soit le jour même de l’annonce de la démission, la nomination d’un Chief Operating Officer (COO). Dans certains milieux, on s’interroge ouvertement sur les raisons pour lesquelles cette même personne n’aurait pas été directement pressentie pour le poste de Chief Executive, compte tenu de l’expérience déjà présente au sein des directions de la FSC.
La question de la succession est désormais entre les mains de la ministre des Services financiers et du Premier ministre, qui devront s’accorder sur le profil du prochain dirigeant. Selon des informations recueillies, les deux parties entendent ne prendre aucun « risque inconsidéré » - pour reprendre les termes employés dans les cercles proches du dossier – et s’assurer que le ou la future Chief Executive soit véritablement « à la hauteur du défi ».
Lors de sa prise de fonctions, Désiré Vencatachellum avait pourtant tracé un cap ambitieux : préserver la stabilité et l’intégrité du système financier, favoriser l’innovation, la croissance et l’inclusion financière, mais aussi insister sur « l’importance du respect des normes de réglementation et de gouvernance afin de consolider la réputation de Maurice comme centre financier international crédible ».
Neuf mois plus tard, c’est précisément cette crédibilité que son départ prématuré met à l’épreuve.