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Décryptage : échec et mat signé Pravind Jugnauth

« Pourquoi a-t-il (NdlR : Pravind Jugnauth) organisé les élections une semaine avant ce jugement et de surcroît en période d’examens (du SC et du HSC ; NdlR) ? » C’est ce qu’a hurlé un sympathisant du PTr, le vendredi 15 novembre, devant la Cour intermédiaire, après le jugement rendu dans l’affaire des coffres-forts en faveur de Navin Ramgoolam. Certains estiment que la décision de Pravind Jugnauth sur la date des législatives serait un subterfuge. Des sympathisants rouges croient dur comme fer que si les élections avaient été organisées après le jugement de la Cour intermédiaire, l’Alliance Nationale les aurait remportées. 

Dans une telle conjoncture, des hypothèses en tous genres seront avancées. Déjà, le MMM et le PMSD font bloc derrière le PTr qui compte contester les élections dans certaines circonscriptions pour « irrégularités » présumées. 

La frustration des rouges était prévisible. Cependant, sur l’échiquier politique, chaque politicien doit capturer le Roi de son adversaire… « met li dam tig », pour emprunter une expression bien de chez nous. Il est clair que le move de Pravind Jugnauth d’organiser les élections « au moment opportun », c’est-à-dire avant ce jugement, et les remporter haut la main était bien calculé. Échec et mat donc ! 

La donne aurait pu changer si les élections avaient eu lieu après ce jugement. Navin Ramgoolam se serait présenté comme victime d’une « vendetta politique ». Peu importe, il n’y a pas eu maldonne de la part du Premier ministre qui a la prérogative de décider de la date de la dissolution de l’Assemblée nationale et de celle des élections. Pour donner raison au dicton « charité bien ordonnée commence par soi-même », Pravind Jugnauth a mis toutes les chances de son côté. 

Pour tout observateur neutre, le leader du MSM s’est montré fin stratège. Sur un deuxième échiquier, en étant sûr de lui, il n’a contracté aucune alliance, préférant take on board des groupuscules formés après leur séparation du MMM. Dites-vous bien que tous ces chefs de file – Alan Ganoo et Steven Obeegadoo – ainsi que Kavi Ramano ont été élus. Cerise sur le gâteau, ils ont tous été nommés ministres. De quoi faire pâlir ces dirigeants mauves qui n’ont pas eu le courage de franchir le Rubicon et qui devront endurer cinq nouvelles années dans l’opposition. 

Au bout du compte, c’est le MSM le tout-puissant de ce présent gouvernement avec un ratio de 20 : 4 au cabinet ministériel et avec un ratio de 35 : 7 à l’Assemblée nationale. Tout compte fait, 50 % des parlementaires sont du MSM. La stratégie de Pravind Jugnauth est encore plus payante concernant les nominations politiques. Si on se base sur le principe d’équité, le MSM s’appropriera 83 % des postes. Si le leader de l’Alliance Morisien veut être généreux, il peut n’en prendre que 75 %. En d’autres mots, au minimum 13 des 18 ambassades reviendront au MSM. Qui dit nomination, dit aussi caser des proches, des amis et des membres du parti. Reste à savoir si Pravind Jugnauth marquera une rupture avec le passé en ne nommant que des gens compétents et intègres. 

Plus d’un piaffe d’impatience à l’idée de découvrir le style de gestion de l’État de Pravind Jugnauth. Si précédemment il avait hérité d’un gouvernement, maintenant c’est son gouvernement. C’est bien lui qui a choisi les candidats et par la suite les membres de son Cabinet. Pour reprendre des termes chers à Paul Bérenger, « it’s his doing ». Ces ministres, surtout les néophytes, n’auront pas la vie facile face à une opposition fédérée autour du leader de l’opposition Arvin Boolell. Avec en toile de fond, son combat contre « les irrégularités électorales », cette opposition fera certes feu de tout bois pour tenter d’intimider ce gouvernement rajeuni, avec 75 % des ministres ayant moins de 60 ans et sept d’entre eux qui sont des néophytes (voir page 13). 

Ainsi, Pravind Jugnauth n’a pas le droit de succomber à la tentation de faire ce que bon lui semble. Il devra éviter les mauvais conseils de ceux qui gravitent autour du pouvoir. Son plus grand ennemi sera la dictature de la majorité qui est à l’origine des dérives, voire le début de l’usure du pouvoir.

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