Législatives 2019

Décruptage - Syndicalisme et politique : consigne de vote déguisée ?

Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo

Le tandem Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), ont surpris plus d’un, cette semaine, par la teneur d’un message à leurs membres. Ils y font le procès de Navin Ramgoolam, Xavier-Luc Duval et Rama Sithanen, respectivement pressentis pour être Premier ministre, Premier ministre adjoint et ministre des Finances et ministre de l’Economie en cas de victoire de l’Alliance Nationale (PTr-PMSD) aux élections du 7 novembre. 

Citant une série de mesures défavorables aux travailleurs, prises au temps où Navin Ramgoolam, Xavier-Luc Duval et Rama Sithanen étaient au pouvoir, Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo disent craindre que les trois politiciens cités, une fois reconduits au pouvoir, adoptent cette même tendance en remettant en question les nouveaux acquis des travailleurs, dont la Workers’ Rights Act et le Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF). Ces avancées dans la lutte pour les droits des travailleurs sont exploitées à fond par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et des candidats de l’Alliance Morisien durant cette campagne électorale. 

On comprend la crainte de Reeaz Chuttoo et de Jane Ragoo. Ils se sont battus durant des décennies pour ces droits et ils ne veulent pas qu’on retourne à la case départ en cas de changement de gouvernement. Mais ce qu’on ne comprend pas, c’est l’agressivité dans la quête de garanties auprès de Navin Ramgoolam au sujet de la Workers’ Rights Act et du Portable Retirement Gratuity Fund. La CTSP dit attendre des garanties en écrit de Navin Ramgoolam. Que Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo le veuillent ou non, la façon dont ils ont abordé ce sujet peut être perçue comme une consigne de vote déguisée contre l’Alliance Nationale. Et de facto, en faveur de l’Alliance Morisien, car c’est le gouvernement de Pravind Jugnauth qui avait apporté ces changements plébiscités par la classe syndicale. 

Cette prise de position peut être aussi perçue comme une liaison dangereuse.

D’ailleurs, le dernier paragraphe de la lettre aux membres est très lourd de sens : « Eski zordi travayer kapav fer konfians Rama Sithanen, Xavier Duval ek Navin Ramgoolam ki zot pas pou sanz banne sections dan Workers’ Rights Act ek PRGF sou pretexte ki bizin relans economi ek atir investisseur. » Cela suffit pour distiller le doute parmi les travailleurs. Cette prise de position peut être aussi perçue comme une liaison dangereuse entre le syndicalisme et la politique. 

Dangereuse, parce que contrairement à la General Workers Federation (GWF) d’antan, qui était à la solde du MMM, la CTSP est respectée pour son autonomie et Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo pour leur indépendance. 

Le moins que l’on puisse souhaiter, c’est que Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo aient calculé, à tête reposée, la portée de leur action. Selon les lois de mouvement de Newton, toute action entraîne une réaction. Dans ce cas précis, la réaction dépendra de l’issue du scrutin du 7 novembre. Cela augurera du bon pour la CTSP si Pravind Jugnauth est reconduit au poste de Premier ministre. Il pourrait alors voir en la CTSP, un allié syndical constructif. 

Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo pourront alors utiliser ce rapport de forces pour faire avancer la cause des travailleurs tout en ayant l’oreille du Premier ministre. Aussi, cela pourrait jouer contre eux en cas de victoire de l’Alliance Nationale. Comme certains politiciens, qui une fois au pouvoir, développent le réflexe de la vengeance, Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo risquent de se voir avec une étiquette « pro-Jugnauth » collée sur le dos. Ils courent ainsi le risque d’avoir un gouvernement qui leur soit hostile et qui les taxe « d’agents politiques » à chaque revendication. 

En sus d’avoir à traîner ce boulet, ils risquent de devenir les exclus d’un monde syndical déjà désuni.

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