Déclaration de Misley Mandarin en faveur de frappes contre l’Iran : depuis Peros Banhos, un «feu vert» lourd de conséquences géopolitiques

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 27 février 2026 à 09:57
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mandarin

En direct de Peros Banhos, au cœur d’un archipel à valeur stratégique majeure dans l’océan Indien, le « First Minister  » Misley Mandarin a déclaré autoriser les États-Unis à mener des frappes contre l’Iran. Une prise de position qui dépasse largement le cadre local et intervient au lendemain d’un discours offensif de Donald Trump réaffirmant la centralité américaine dans l’équilibre mondial.

La sortie de Misley Mandarin, faite depuis l’archipel des Chagos, à proximité immédiate de Diego Garcia, ne relève pas du simple symbole. Ce territoire constitue, depuis des décennies, un pivot stratégique des opérations américaines dans la région indopacifique et au Moyen-Orient. Évoquer publiquement la possibilité de frappes dirigées vers l’Iran inscrit de facto le propos dans une dynamique de projection militaire internationale.

Le timing interroge. La veille, lors de son discours sur l’État de l’Union du 25 février, Donald Trump a mis en avant ce qu’il qualifie d’« âge d’or américain », insistant sur la solidité économique des États-Unis, la baisse de l’inflation et le renforcement de la sécurité nationale. Sur le plan international, il a adopté un ton ferme, évoquant la nécessité de maintenir une posture de puissance face aux tensions mondiales, notamment au Moyen-Orient. Le message était clair : l’équilibre international repose sur la détermination américaine.

L’enchaînement des deux déclarations soulève donc une question centrale : simple coïncidence ou signal d’alignement stratégique ? Au-delà de l’effet d’annonce, cette prise de parole ravive la sensibilité du dossier des Chagos et remet en lumière les équilibres fragiles entre souveraineté, droit international et réalités militaires.


Jocelyn Chan Low : « Une véritable instrumentalisation politique »

Pour l’historien et observateur politique Jocelyn Chan Low, la déclaration de Misley Mandarin depuis Peros Banhos dépasse le simple effet d’annonce. Il y voit une manœuvre politique délibérée visant à fragiliser le processus en cours autour du dossier des Chagos. Selon lui, l’intervention du « First Minister » s’apparente à celle d’« un véritable imposteur », cherchant à faire capoter un accord encore sensible et non finalisé.

Il s’interroge sur la légitimité même d’une telle prise de position. « Tout d’abord, on se pose la question : est-ce qu’il (Misley Mandarin) a le droit de dire une chose pareille ? Il n’est mandaté par personne, il n’a aucune légitimité pour faire une déclaration en ce genre. Et qu’en est-il du droit international ? » questionne-t-il. 

Pour Jocelyn Chan Low, la problématique dépasse la simple polémique verbale. Elle touche à des principes fondamentaux : la souveraineté, la représentation légitime d’un territoire et le respect des normes internationales.

Selon lui, cette sortie médiatique s’inscrirait dans une dynamique politique plus large. Il estime que Misley Mandarin agirait sous l’influence de courants conservateurs britanniques, évoquant « une instrumentalisation par certaines figures de la droite dure, dont Nigel Farage ». Dans cette lecture, la déclaration ne serait pas improvisée mais stratégique, destinée à compliquer davantage un dossier déjà hautement sensible sur le plan diplomatique.

Jocelyn Chan Low rappelle par ailleurs que si Maurice n’a pas encore signé l’accord définitif, le pays demeure propriétaire de l’archipel. « Il est vrai que Maurice n’a pas encore signé, mais nous sommes tout de même les propriétaires. Mais là encore, on se retrouve dans une situation où on ne peut agir », souligne-t-il. 

Face à cette impasse, il appelle le gouvernement mauricien à adopter une position plus ferme. À ses yeux, le silence officiel pourrait être interprété comme un signe de faiblesse, dans un contexte où les influences extérieures semblent s’intensifier autour du dossier des Chagos.


Silence officiel

Nous avons également sollicité une réaction de Gavin Glover, en sa qualité d’Attorney General et de responsable du dossier des Chagos. Contacté à ce sujet, il n’a pas souhaité faire de commentaire.


 Parvez Dookhy : « Nous avons ouvert une boîte de Pandore »

Pour l’avocat et observateur politique Parvez Dookhy, la déclaration de Misley Mandarin peut faire sourire « en apparence », mais ses implications sont, selon lui, « autrement plus préoccupantes ». Derrière ce qui pourrait sembler être une sortie isolée, il perçoit « un glissement dangereux » du débat vers une zone de turbulence diplomatique. « Cela porte à sourire, c’est vrai, mais cela porte le débat beaucoup plus loin », affirme-t-il d’emblée.

À ses yeux, la manière dont Misley Mandarin s’est exprimé place Maurice dans « une posture inconfortable », voire marginalisé, face à une situation internationale que même le gouvernement britannique qualifie de grave. « Par sa façon d’agir, Maurice se retrouve acculé comme simple spectateur alors que la situation est extrêmement sérieuse », analyse-t-il. Le silence des autorités mauriciennes en charge du dossier des Chagos ne joue pas en faveur du pays, selon lui.

Parvez Dookhy va plus loin en affirmant que Misley Mandarin « ne fait qu’exécuter ce qu’on lui demande de faire », laissant entendre qu’il existe « des influences extérieures clairement identifiables ». « Tout le monde sait qui tire les ficelles.

Non seulement il joue au trouble-fête, mais il vient remettre en question une décision issue de la Cour internationale de justice », soutient Me Dookhy. En se déclarant « First Minister » et en autorisant publiquement les États-Unis à mener des frappes sur l’Iran, Misley Mandarin a, selon lui, « non seulement outrepassé ses prérogatives, mais également affaibli la position du Premier ministre Navin Ramgoolam ».

L’avocat évoque un « affaiblissement » diplomatique préoccupant et met en garde contre toute légèreté face aux enjeux géopolitiques. « Il ne faut surtout pas jouer avec la diplomatie et les équilibres stratégiques », insiste-t-il. Selon lui, Maurice donne aujourd’hui l’impression de ne plus maîtriser le tempo des événements, alors même que la posture américaine, réaffirmée récemment par Donald Trump, ne laisse guère entrevoir de recul stratégique. L’entrée en jeu des Maldives dans l’équation régionale pourrait, ajoute-t-il, complexifier davantage la situation.

« Certes, le gouvernement a peut-être réagi tardivement concernant le deal, mais sans le savoir, nous avons ouvert une boîte de Pandore », conclut Parvez Dookhy, évoquant des « heures sombres » qui exigent, selon lui, « une réaction claire et déterminée de Maurice ».


Shafick Osman : « Une escroquerie de haute facture »

Pour le docteur en géopolitique Shafick Osman, la déclaration de Misley Mandarin ne repose sur aucun fondement juridique. « Au vu du droit international, Misley Mandarin et son groupe n’ont aucun droit sur les Chagos », tranche-t-il d’emblée. Il rappelle que l’archipel appartient à Maurice et qu’il demeure occupé depuis l’indépendance par le Royaume-Uni, lequel a concédé l’île de Diego Garcia aux États-Unis pour l’implantation d’une base militaire hautement stratégique.

Dans cette configuration, l’autorisation donnée par Misley Mandarin aux États-Unis pour mener d’éventuelles frappes contre l’Iran depuis Diego Garcia ne saurait, selon lui, avoir la moindre valeur. « C’est non seulement une blague, un non-sens de premier plan, mais aussi une escroquerie de haute facture », affirme-t-il. Pour le géopoliticien, « cette prise de position relève davantage de la provocation politique que d’une réalité institutionnelle ».

Shafick Osman estime, en outre, que cette sortie pourrait être influencée par des courants politiques britanniques hostiles à la rétrocession des Chagos à Maurice. Il évoque l’hypothèse d’une manœuvre orchestrée ou encouragée par certains milieux conservateurs opposés au processus engagé. Dans un contexte de tensions régionales et de repositionnements stratégiques internationaux, il considère que ce type de déclaration « risque d’alimenter la confusion et de fragiliser davantage un dossier déjà complexe sur le plan diplomatique ».


Haniff Peerun : « Maurice ne doit pas devenir l’alliée d’une nouvelle guerre »

Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, la déclaration de Misley Mandarin vient raviver un débat plus large sur la présence militaire américaine dans l’archipel des Chagos. Fidèle à la position exprimée le lundi 23 février aux côtés du mouvement Lalit, il estime qu’il est grand temps que la base de Diego Garcia cesse ses activités. Selon lui, le maintien de cette infrastructure stratégique expose Maurice à un risque majeur : « celui d’être perçue comme alliée d’un nouveau conflit au Moyen-Orient ».

Haniff Peerun condamne fermement les propos de Misley Mandarin et interpelle directement les autorités mauriciennes. « Pour commencer, l’installation de Misley Mandarin est complètement illégale. Il ne cherche qu’à amadouer Trump afin que la droite britannique puisse marquer des points. Il est dépassé par la réalité. Mais ce monsieur connaît-il vraiment les implications de ses propos ? Comment peut-il autoriser une telle chose ? » s’interroge-t-il.

Haniff Peerun considère que cette sortie publique affaiblit davantage la position mauricienne sur le dossier des Chagos. Il estime que les tensions personnelles, notamment « l’animosité évoquée entre Olivier Bancoult et Misley Mandarin, semblent aujourd’hui instrumentalisées à des fins politiques, au détriment des intérêts nationaux ».

Il questionne également l’inaction apparente des autorités britanniques. « Pourquoi le gouvernement britannique n’arrive-t-il pas à le faire quitter l’île ? Il n’en est pas le propriétaire. Sait-il au moins ce qu’est le droit international ? » demande-t-il. Selon Haniff Peerun, la situation internationale exige prudence et lucidité. Il souligne que la posture américaine vis-à-vis de l’Iran s’est complexifiée depuis le soutien affirmé à Israël, et que les équilibres diplomatiques sont fragiles. À ses yeux, « les déclarations irréfléchies ne font qu’aggraver une conjoncture déjà tendue ».


Peros Banhos : la justice britannique suspend toute expulsion

Un juge de la Haute Cour du Territoire britannique de l’océan Indien a décidé, ce jeudi, de maintenir l’injonction interdisant le retrait du groupe de quatre Chagossiens mené par Misley Mandarin, présent sur l’île de Peros Banhos. Cette décision leur permet de demeurer sur place jusqu’à l’examen complet de l’affaire sur le fond.

La Cour a pris acte des soumissions des avocats et des engagements formels confirmant qu’aucune expulsion ne serait effectuée à ce stade. Selon un article publié le 26 février par Conservative Post, cette mesure provisoire vise à préserver le statu quo dans l’attente d’une audience substantielle fixée au 13 mars 2026. À cette date, les arguments juridiques de fond seront examinés, notamment ceux relatifs aux droits des Chagossiens et aux conditions de leur présence sur l’archipel.

Le juge s’est également penché sur les modalités d’accès aux îles, en particulier en ce qui concerne les navires de soutien et les arrivées par bateau. Face aux préoccupations soulevées, des conditions strictes ont été imposées au navire concerné, incluant des limites sur le nombre de membres d’équipage et des précisions sur leurs qualifications. Ces dispositions ont pour objectif d’assurer le respect de l’ordonnance judiciaire tout en tenant compte des impératifs humanitaires et logistiques.

La Cour a souligné l’importance du soutien humanitaire et du ravitaillement, tout en insistant sur la nécessité de mécanismes de contrôle clairs afin de garantir la sécurité et une coordination adéquate.

Cette décision accorde ainsi une protection temporaire au groupe, dans l’attente d’un examen approfondi des questions liées au déplacement historique des Chagossiens et à la légalité de toute éventuelle expulsion future.






 

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