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Décès de sir Anerood Jugnauth : un géant de la scène politique mauricienne s’en est allé

19h41, jeudi 3 juin 2021. C’est l’heure à laquelle l'ancien Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, est décédé à l'âge de 91 ans à la clinique Darnée, Floréal. Retour sur sa carrière politique.

L’île Maurice perd celui qui a occupé pendant longtemps le fauteuil de Premier ministre. En décembre 2014, il avait accédé pour la sixième fois au poste de Premier ministre. Durant sa carrière politique, il a assumé le poste de Premier ministre pendant 19 ans et celui de président de la République neuf ans durant. Sans compter son passage comme leader de l’opposition entre 1976 et 1982 et comme ministre sous le gouvernement d’une autre personnalité qui a dominé la scène politique locale, sir Seewoosagur Ramgoolam.

Sir Anerood Jugnauth
Crédit photos : GIS

Considéré comme le père du développement économique, connu pour ses phrases tantôt atypiques tantôt humoristiques et des fois assassines, SAJ a marqué l’histoire politique du pays en un peu plus d’un demi-siècle. Des hauts et des bas, il a en connu durant sa carrière. Marié à Sarojini Ballah, il a deux enfants, un fils, Pravind Jugnauth, qui occupe le poste de Premier ministre depuis janvier 2017 et une fille, Shalini.

Décès de sir Anerood Jugnauth
Lady Sarojini Jugnauth a partagé la vie de sir Anerood Jugnauth au cours de ces 63 dernières années. Le couple s’est marié le 18 décembre 1957

Né en 1930, Anerood Jugnauth a entamé sa scolarité à l’école primaire Church of England Mission, à Palma. Il poursuivra ses études secondaires au Regent College, et en 1949, il devient enseignant au New Eton College. Quelques années plus tard, il devient clerc au Poor Law Department. Passionné par le droit, il prend ses bagages et file en Angleterre, pour des études de droit en 1951.

Trois ans plus tard, il enfile sa robe d’avocat et démarre sa carrière politique en 1956 en devenant conseiller du village de Palma et ensuite son président. En 1963, il fait son entrée au Parlement en tant que député de Rivière-du-Rempart, sous la bannière de l’Independent Forward Bloc des frères Bissoondoyal.

Il est ministre au sein du gouvernement dirigé par sir Seewoosagur Ramgoolam où il assistera aux conférences constitutionnelles à Lancaster House, à Londres, avant l’accession du pays à l’indépendance. Après avoir claqué la porte du gouvernement en 1966, il devient magistrat où il se la coule douce avant que le Mouvement militant mauricien (MMM) ne l’approche pour devenir le président du parti.

Son retour en politique sera triomphal. Il devient leader de l’opposition à la tête des jeunes loups du MMM qui veulent mettre un terme au règne de sir Seewoosagur Ramgoolam. Après les élections de 1976, il se déchaîne et s’impose. La suite, on la connaît avec le raz-de-marée en 1982 où le MMM, grâce au soutien de Harish Boodhoo et de son Parti socialiste mauricien (PSM), remporte le premier 60-0 de l’histoire du pays. Mais le ver était dans le fruit : neuf mois plus tard, c’est l’éclatement.

Adversaires d’hier

Au lieu d’être un obstacle, cette mauvaise tournure allait permettre à Anerood Jugnauth de s’asseoir politiquement. Il crée le Mouvement socialiste militant (MSM) en fusionnant les quelques membres du MMM qui lui jurent fidélité avec le PSM. Une légende était née. Il fait alliance avec les adversaires d’hier, le Parti mauricien social-démocrate de sir Gaëtan Duval et le Parti travailliste de Ramgoolam père, le deal étant que sir Seewoosagur Ramgoolam ira au Réduit.

Un géant de la scène politique mauricienne s’en est allé
Un géant de la scène politique mauricienne s’en est allé

De 1983 à 1995, Anerood Jugnauth écrase tout sur son passage. Il remporte chacune des élections en fin stratège. Il a su profiter des jeux d’alliance pour se maintenir au pouvoir tout en se bâtissant une solide réputation de dur à cuire. Mais son parcours n’a pas été sans heurts. En décembre 1985, un scandale vient l’éclabousser. Quatre membres de son gouvernement sont arrêtés aux Pays-Bas avec une importante cargaison de drogue dans leurs valises, c’est l’affaire des Amsterdam Boys. Cependant, cela ne l’affectera pas politiquement, car en 1986, SAJ met sur pied une commission d’enquête sur la drogue.

En 1995, son règne tire à sa fin et il se fait battre par un 60-0 lors des législatives face à l’alliance PTr-MMM. Ce ne sera que partie remise. Après une traversée du désert, où il se fait même battre par le néophyte travailliste Satish Faugoo, SAJ revient en force en 2000. Après avoir renoué les liens avec le MMM, il remporte les élections avec un 54-6. Surfant sur la vague de mécontentements et de scandales sous Navin Ramgoolam, il revient au pouvoir à la suite d’un accord à l’Israélienne avec le MMM. Selon cet accord, il devait occuper le poste de Premier ministre pendant trois et se retirer pour assumer les fonctions de président de la République et par là même occasion permettre au leader des mauves, Paul Bérenger, d’assumer le poste de Premier ministre durant les deux années restantes du mandant de cinq. L’accord a été respecté.

SAJ tire ainsi sa révérence en tant que Premier ministre en 2003 et laisse la place à Paul Bérenger pour aller au Réduit. Contre toute attente, il fait un retour spectaculaire sur la scène politique en 2012. Il démissionne comme président de la République et retourne dans l’arène politique pour une fois de plus détrôner Navin Ramgoolam lors des législatives de décembre 2014. À la tête de l’Alliance Morisien – composée du MSM, PMSD et du Muvman Liberater (dissident du MMM), il retourne à l’Hôtel du gouvernement.

Lor du passasion du pouvoir a la State House entre SAJ et Pravind jugnauth en 2017
Pravind Jugnauth, leader du MSM, lui succède comme chef du gouvernement. SAJ devient lui ministre Mentor, poste qu’il occupe jusqu’à la dissolution du Parlement le 6 octobre 2019.

Samedi  21 janvier 2017 : une nouvelle page de l’histoire politique se tourne. SAJ, dans une allocution télévisée, annonce sa démission comme Premier ministre. Son fils, Pravind Jugnauth, leader du MSM, lui succède comme chef du gouvernement. SAJ devient lui ministre Mentor, poste qu’il occupe jusqu’à la dissolution du Parlement le 6 octobre 2019. À 89 ans, même s’il n’est pas candidat aux législatives de novembre 2019, il prête main-forte à son fils Pravind en prenant la parole dans quelques congrès de l’Alliance (MSM-ML-Plateforme militante-Mouvement Alan Ganoo). Cette alliance remporte les élections générales. Depuis, SAJ a pris ses distances de la politique active. Il a fait quelques apparitions publiques. La dernière fois qu’il est intervenu dans les médias, c’était lors de démission de Nando Bodha du gouvernement et du MSM en février 2021. SAJ ne lui avait pas fait de cadeau en le qualifiant de « traître ».

Avec le départ de SAJ, c’est une nouvelle page qui se tourne.

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