Décédé à l’âge de 79 ans : le combat inachevé de Yousouf Toofanny pour son fils Iqbal
Par
Reshad Toorab
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Reshad Toorab
Décédé à l’âge de 79 ans, Yousouf Toofanny aura consacré les onze dernières années de sa vie à réclamer vérité et justice pour son fils Iqbal Toofanny. Depuis la mort de ce dernier en détention policière, ce père de famille n’a plus jamais été le même homme.
Le destin de Yousouf Toofanny s’est arrêté là où sa foi l’appelait chaque jour. Le mercredi 17 juin 2026, à son domicile de Venta N° 3, à Modern, Vacoas, le père d’Iqbal Toofanny, décédé en détention policière en 2015, a été victime d’un arrêt cardiaque soudain, à l’âge de 79 ans. Pour ses proches, les circonstances de son départ restent profondément symboliques.
Le jour de son décès, rien ne laissait présager un tel drame. Comme à son habitude, Yousouf Toofanny était tranquillement assis dans son salon lorsque, quelques instants plus tard, il a ressenti un malaise soudain. « Li finn glis a-zenou. Li fi’nn res dan pozision sijda. Li fi’nn respir trwa fwa bien for avan ki li perdi konesans », raconte avec une vive émotion sa belle-fille, Amiirah Toofanny.
Malgré l’intervention rapide des secours, les membres du Samu n’ont malheureusement pu que constater son décès à leur arrivée. L’autopsie pratiquée à la morgue de l’hôpital Victoria, à Candos, a ultérieurement attribué le décès à une défaillance cardiaque.
« Li fi’nn gagn enn zoli lamor. Li pa’nn soufer. Li ti dan pozision namaz. Mo boper pa ti ena okenn maladi grav. Li pa ti donn personn traka », confie Amiirah, rappelant que cet homme pieux, qui prêtait régulièrement sa voix à l’Azan (l’appel à la prière), n’avait jamais laissé sa foi vaciller, malgré les drames successifs. Pour ses proches, cette immense spiritualité lui a permis de supporter les épreuves qui ont jalonné les dernières années de son existence.
Pour Yousouf Toofanny, le cours de l’existence avait basculé le 2 mars 2015. Ce jour-là, son fils unique, Iqbal, mourait dans des circonstances hautement controversées, alors qu’il se trouvait entre les mains de la police. Dès lors, ce père de cinq enfants s’était investi d’une mission unique : obtenir justice. Pendant 11 longues années, il a porté cette blessure dans son cœur, invisible mais profonde.
Refusant d’accepter ce qu’il considérait comme une injustice, il s’est engagé corps et âme dans le combat mené par sa famille pour obtenir vérité et justice. Malgré son âge avancé, il participait régulièrement aux rassemblements publics, aux conférences de presse et aux manifestations organisées pour maintenir vivante la mémoire de son fils. À plusieurs reprises, il avait également participé à des grèves de la faim pour dénoncer ce qu’il estimait être un manque de réponses concernant les circonstances du décès d’Iqbal.
Pour lui, il ne s’agissait pas seulement d’une affaire judiciaire. Il s’agissait de son enfant. « Un père ne peut pas oublier », aimait-il à répéter à ses proches. Les années ont passé, mais sa détermination est restée intacte. Chaque anniversaire du décès d’Iqbal ravivait la douleur, mais renforçait également sa conviction qu’il devait poursuivre son combat jusqu’au bout.
Depuis la disparition d’Iqbal, Yousouf était devenu le pilier de toute la famille. Il soutenait ses petits-enfants, accompagnait sa belle-fille et s’efforçait de maintenir l’unité familiale, malgré les épreuves. Amiirah Toofanny, veuve d’Iqbal, garde le souvenir d’un homme exceptionnel qui a toujours veillé sur les siens. « Pendant près de trente ans, il a été comme un père pour moi. Après la mort de mon mari, il a toujours été là pour nous », explique-t-elle. Son attachement à son fils disparu demeurait intact : régulièrement, il se rendait au cimetière pour se recueillir sur sa tombe et adresser des prières.
Ces derniers mois avaient pourtant durement éprouvé le cœur de ce patriarche. En février 2026, durant le mois sacré du Ramadan, il avait perdu son épouse, quelques mois seulement avant son propre décès. « Li ti ena boukou sagrin dan so leker. Lapert so garson ek apre so madam ti afekte li boukou », explique Amiirah Toofanny.
Avec son départ, certains rêves de Yousouf Toofanny resteront inachevés. Le premier était de voir enfin l’aboutissement du combat judiciaire entrepris après la disparition de son fils. Le second était beaucoup plus personnel. Dans quelques mois devait être célébré le mariage de sa petite-fille, un événement familial majeur qu’il attendait avec impatience. « Mo bann zanfan pe plore boukou zot dada. Li ti pe atann sa mariz-la avek boukou lazwa », raconte Amiirah. Ses petits-enfants devront désormais honorer cette union sans leur « dada ».
Aujourd’hui, celui qui a consacré les onze dernières années de sa vie à défendre la mémoire de son fils repose à son tour. Pour sa famille, la douleur de la séparation est immense. Mais elle est accompagnée d’une pensée réconfortante : celle d’un père qui, après des années de souffrance, a peut-être enfin retrouvé l’enfant qu’il n’a jamais cessé d’aimer.
Son combat pour la justice lui survivra. Mais son héritage le plus précieux restera sans doute cet amour inconditionnel qui l’a poussé à tenir debout, malgré toutes les épreuves, jusqu’à son dernier souffle.
La disparition de Yousouf Toofanny a suscité une vague de sympathie et d’émotion, notamment au sein du monde légal et militant. Me Erickson Mooneapillay, l’avocat qui accompagne la famille depuis le début dans sa quête de justice et dans l’enquête judiciaire sur la mort d’Iqbal, retient de lui l’image d’un homme aux convictions inébranlables.
« Quand il est venu me demander de représenter la famille dans l’enquête judiciaire sur la mort d’Iqbal, j’ai immédiatement accepté. Il m’avait serré dans ses bras pour me remercier. Avec le temps, il me considérait comme son deuxième fils. Il s’était juré de poursuivre son combat jusqu’à son dernier souffle. Et il n’a jamais abandonné », témoigne l’avocat.