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De Port-Louis au pays de sa Majesté : le London Dream de Melissa

La famille Wong au complet. De gauche à droite, Alex, Melissa, Rosemay, Jimmy et Natascha.

Coup de foudre à l’heure de Big Ben. Il y a cinq ans, elle débarque à Londres. C’est le coup de cœur pour la capitale anglaise, malgré les quelques… coups de froid d’un parcours qui n’a jamais rebuté Melissa. Aujourd’hui, elle traîne un vent de succès dans son sillage. Rencontre avec notre jeune compatriote, qui fait la fierté de ses parents, Jimmy et Rosemay Wong.

Melissa Wong Tien Hing a 29 ans. Elle a grandi à Port-Louis. Il y a cinq ans, elle décide de poursuivre sa vie d’adulte à Londres, qui devient sa ville d’adoption. Pour cette aînée d’une fratrie de trois enfants, avoir une vie réussie, malgré des hauts et des bas, est une réussite en elle-même.

Diplôme en main, Melissa est prête pour relever des défis.
Diplôme en main, Melissa est prête pour relever des défis.

Adolescente, l’élève du collège Lorette de Port-Louis donne du fil à retordre à ses parents, propriétaires de magasins de produits électroménagers et du snack Central à Rose-Hill. « J’étais une fille tranquille, mais parfois espiègle…, lâche-t-elle avec un grand sourire. Papa et Maman sont très occupés à gérer l’entreprise, mais ils la soutiennent pour atteindre ses objectifs. « D’ailleurs, je leur dédie ce que je suis. Ils m’ont appris à être forte et à persévérer. Ils m’ont toujours fait confiance, surtout ma mère, qui n’a jamais baissé les bras. Elle a toujours cru en moi et mes capacités », dit-elle.  

Melissa, spécialisée en Art et en Langues, termine ses études de Higher School Certificate et s’inscrit à la Limkokwing University of Creative Technology, en Malaisie, pour une licence en architecture d’intérieur. C’est le déclic ! Elle est consciente des sacrifices de ses parents pour qu’elle puisse poursuivre des études tertiaires à l’étranger. « Ils ont tellement investi sur moi, que je me suis dit que je devais les rendre fiers. » C’est armée d’une motivation sans bornes qu’elle se jette dans ses études.

L’apprentissage de l’indépendance

Pendant ses quatre ans en Malaisie, Mélissa apprend à être indépendante. Elle travaille à temps partiel pour contribuer financièrement à payer son loyer et ses petites dépenses. Elle est tellement passionnée par ce qu’elle apprend que même ses chargés de cours lui donnent les contacts des clients. Elle veut à tout prix travailler dans le même domaine pour avoir de l’expérience. « Je faisais des projets en rendus 3D, entre autres pour les clients. » Elle devient freelance, quand elle n’a pas cours. Elle en profite pour parfaire son anglais. « Au tout début, il m’arrivait de bafouiller des mots en français ou créole lors des conversations », raconte-t-elle, amusée.

Le grand saut

En 2012, elle termine ses études, mais en raison d’un problème de visa, elle doit rentrer à Maurice malgré les offres de travail qui affluent. Déçue, mais toujours confiante, sa licence en poche et de l’expérience à en revendre, Melissa fait le grand saut sur le marché du travail. Elle intègre Macbeth, une compagnie d’architecture. Entre-temps, elle économise afin de pouvoir entamer d’autres études, car elle ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Un an après, cap sur la ville de Big Ben pour de nouvelles aventures. En 2013, elle fait une maîtrise en design d'intérieur et spatial à l’université du Hertfordshire.

Nouvelle expérience, nouveaux défis, elle réussit son Master avec brio. Elle cherche du travail principalement dans son domaine de prédilection. « Je devais à tout prix avoir de l’expérience sur mon CV, car c’est ce qu’ils recherchent le plus en Angleterre. » Encore une fois et grâce à l’expérience acquise en Malaisie et à Maurice, elle reçoit des offres intéressantes. « J’ai travaillé à temps partiel pour la compagnie Black Eyewear, qui fabrique des lunettes de soleil pour des célébrités. Je m’occupais de l’aspect visuel de leur site web. Pendant la Fashion Week à Londres, je me suis retrouvée à faire des photos des défilés derrière la scène. » Après ses études universitaires, elle est embauchée à plein temps pour KCA International. 

Pourtant, comme beaucoup d’étudiants, Mélissa connaît des déboires face à de mauvais colocataires. Ce n’est pas pour autant qu’elle se décourage. « Il y avait des mésententes entre voisins et notamment, avec un couple dont la femme, qui ne cessait de m’importuner, a été jusqu’à verser du détergent sur mes plantes. » Elle tient le coup, car elle ne veut rien abandonner dans sa quête d’un avenir meilleur. 

Melissa rencontre aussi des personnes formidables. Loin de sa famille et en prise à des problèmes financiers et de visa, c’est Jean-Michel Lee Shim qui l’aide à se tirer d’affaires. Elle dit garder un mauvais souvenir de son avocat chargé de s’occuper de ses démarches. « La majeure partie de mon salaire était consacrée à ses honoraires et j’ai dû vivre sur le strict minimum pendant un certain temps. Mon oncle a fait appel à son avocat et à peine trois mois après, j’ai obtenu mon visa », ajoute une Melissa reconnaissante.

Dans ces moments de joie et de peine, elle se fait un devoir de rester en contact avec sa famille via WhatsApp et Skype, car son frère et sa sœur sont aussi à l’étranger. Bien que Londres soit un creuset de cultures et qu’elle soit friande de nourritures japonaise et coréenne, les plats mauriciens lui manquent beaucoup, avoue-t-elle. « Je me rattrape quand je reviens pour des vacances », confie celle qui a un faible pour un bon minn bwi  accompagné de poulet. D’ailleurs, elle ne manque pas de s’approvisionner en nouilles instantanées et en pima kraze, lorsqu’elle est de passage chez nous, avant de remettre le cap sur Londres.

Melissa en compagnie de sa mère Rosemay et de sa sœur Natascha.
Melissa en compagnie de sa mère Rosemay et de sa sœur Natascha.

Une belle revanche

Aujourd’hui, après cinq ans à Londres et des galères au niveau professionnel, Melissa se dit très chanceuse.  Elle travaille désormais pour la compagnie CID Interior. Elle y est heureuse et gagne bien sa vie, affirme-t-elle. Quand elle a un peu de temps libre et qu’elle ne se balade pas dans les rues de Londres, la jeune Mauricienne pratique la salsa et la bachata avec l’élu de son cœur, Czar, un firmware engineer qui est non seulement son partenaire de danse, mais aussi dans sa vie depuis quatre ans.

Même si elle est partie en quête de meilleures opportunités, Mélissa, ambitieuse, souhaite retourner dans son pays, s’il y a des occasions qui s’y présentent. En effet, elle compte ouvrir sa propre entreprise… En tout et pour tout, Melissa a finalement su retourner la situation en sa faveur. Belle revanche !