De nouvelles règles pour les téléphones portables à l’école
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
À l’approche de la rentrée, le ministère de l’Éducation envisage de nouvelles règles pour encadrer l’usage des portables en classe. Les parents et les enseignants attendent des mesures claires qui prennent en compte l’aspect légal, les enjeux pédagogiques et la discipline.
La semaine prochaine c’est la rentrée scolaire, avec les admissions prévues le lundi 12, pour les élèves des Grades 1, 7 et 10 dans les académies. Dans ce contexte, le ministère de l’Éducation prépare un encadrement plus strict de l’utilisation des téléphones portables en milieu scolaire.
À ce jour, aucune interdiction formelle n’existe concernant l’usage des portables pendant les heures de cours, malgré l’annonce faite au début de 2025 par le ministre de l’Éducation, le Dr Mahend Gungapersad. Pour rappel, le ministre avait voulu dans un premier temps abolir les portables dans les classes. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, dans l’émission « Au Cœur de l’Info », animée par Jane Lutchmaya et Annick Rivet, au début de 2025. Il avait justifié sa décision en soulignant que l’utilisation des portables en classe constitue « une source majeure de distraction pour les élèves ».
Selon lui, il est impératif de rétablir une discipline et une concentration suffisantes pour favoriser un environnement d’apprentissage optimal. « Je serai ferme sur ce point. Je le garantis », avait indiqué Mahend Gungapersad. Le ministre avait alors rappelé sur Radio Plus qu’il avait initié une telle mesure alors qu’il était recteur et propose un modèle où les élèves remettent leurs téléphones à leur arrivée à l’école dans des boîtes sécurisées. Cependant, cette mesure n’a pas eu de suite en 2025 car il était question de la création d’un comité interministériel sur les portables, présidé par le Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, en vue d’élaborer des directives visant à sensibiliser les jeunes sur les distractions que peuvent engendrer l’utilisation des téléphones cellulaires pendant les heures de classe.
Les autorités précisent toutefois qu’elles ne s’opposent pas à l’utilisation d’un téléphone ou d’un ordinateur portable lorsqu’il s’agit d’un soutien pédagogique. Elles rappellent également qu’un élève malade doit pouvoir joindre ses parents en cas d’urgence.
Il nous revient que le ministère est en concertation avec le bureau de l’Attorney General afin d’examiner les implications légales d’une telle régulation, les téléphones étant considérés comme des biens privés. Cette dimension juridique est prise en compte dans toute décision.
Les enseignants dénoncent régulièrement les perturbations causées par des élèves qui utilisent leur téléphone en classe. L’utilisation du téléphone nuit à la concentration et au bon déroulement des cours. De leur côté, des parents réclament une intervention ferme du ministère pour limiter ces dérives.
« Nous ne sommes pas contre le portable, mais contre le mauvais usage », a indiqué Dr Mahend Gungapersad l’an dernier. Le ministère insiste sur le fait que l’objectif n’est pas d’interdire l’outil, mais de prévenir les distractions afin de favoriser la réussite scolaire.
Certains établissements ont déjà pris les devants. Le Curepipe College, par exemple, a instauré une politique « mobile free » dès l’année dernière. Les élèves doivent déposer leurs téléphones dans des casiers sécurisés à leur arrivée et ils les récupèrent à la fin des cours. L’établissement a investi dans des caméras de surveillance et un système de paniers collectifs, une mesure approuvée par les parents et par les élèves.
Parents, enseignants et experts se sont réunis au collège New Eton pour débattre des effets du téléphone portable sur les jeunes. Dépendance, isolement, troubles du sommeil sont des risques évoqués lors d’une table ronde qui a proposé des solutions concrètes pour un usage équilibré.
Le collège New Eton a organisé une table ronde réunissant parents, élèves, enseignants et spécialistes afin de discuter de l’impact du smartphone sur les adolescents. L’événement, initié par la manager de l’établissement, Oomavedi Cudian, visait à dresser un bilan des risques, des bénéfices et des bonnes pratiques à adopter à la maison.
Depuis 2019, l’établissement applique une politique « No Mobile Phone School », qui a contribué à améliorer le climat scolaire et à faire progresser les résultats académiques 89,1 % de réussite au National Certificate of Education en 2025. « L’usage du smartphone est devenu un enjeu majeur pour la santé mentale et la performance scolaire. Ne pas utiliser le portable au collège est désormais une habitude. Les élèves s’occupent autrement, notamment à travers des jeux de société, ce qui renforce les liens sociaux. » Deux séances quotidiennes de temps calme (trois à cinq minutes) ont également été instaurées pour aider les élèves à se recentrer face à la surcharge numérique vécue à la maison.
Le président de la Parents Teachers Association, Maxwell Drack, a rappelé que si le téléphone portable reste utile
(sécurité, communication), ses dérives inquiètent. Parmi celles-ci : la dépendance, l’isolement, la baisse des performances scolaires, les troubles du sommeil et l’exposition à des contenus dangereux. Il a évoqué la difficulté pour les parents de faire respecter les règles, les jeunes trouvant souvent des moyens de les contourner.
La psychologue éducative Poovurnia Atmarow a précisé que « ce n’est pas l’outil qui pose problème, mais l’excès ». Elle définit l’usage excessif comme plus de deux heures par jour hors devoirs, avec des impacts sur le sommeil, la vie sociale et le comportement. Les signes d’alerte incluent irritabilité, isolement, fatigue, baisse de concentration et chute des résultats scolaires.
Elle a rappelé que le cerveau adolescent, encore en développement, est particulièrement vulnérable aux pièges des applications et des réseaux sociaux. Elle a mis en avant deux phénomènes marquants en 2025 : la dépendance aux « likes » et la Fear of Missing Out, cette angoisse de manquer une interaction qui pousse les jeunes à rester connectés en permanence. Elle a insisté sur la nécessité de dédramatiser le recours à un psychologue lorsque les parents se sentent dépassés.
Manta Jumeea, Senior Educational Worker, a rappelé que les parents doivent montrer l’exemple. Elle recommande d’instaurer des règles claires et de délimiter des moments sans écran (repas, chambres, matin, coucher). Elle encourage aussi des activités alternatives comme la cuisine, le jardinage ou les jeux de société.
Le thérapeute familial Rajendracoomar Reedha a insisté sur l’importance de trouver un équilibre : protéger les enfants sans les isoler et maintenir une communication familiale de qualité. Il a alerté sur l’interférence technologique entre parents et enfants et a prôné des approches psychosocio pédagogique.
L’enseignant d’ICT, Deelvesh Bunjun, pour sa part a mis en garde contre les dangers des jeux et des applications : contenus inappropriés, langage grossier, risque de dépendance, achats intégrés et comportements de triche. Il recommande de vérifier l’âge requis, d’utiliser le contrôle parental et surtout d’engager un dialogue ouvert avec les enfants.
De son côté, Jocelyn Bugwondeen, de la Crime Prevention Unit, a rappelé que le portable peut exposer les jeunes à des contenus pornographiques, violents ou à des prédateurs en ligne. Il conseille de privilégier un téléphone simple pour les plus jeunes, de superviser l’usage et de rediriger certaines communications vers le téléphone des parents. Il a aussi alerté sur la monétisation des jeux pouvant entraîner des pertes financières importantes.
• Créer une zone de dépôt où tous les téléphones sont laissés, y compris ceux des parents
• Interdire les écrans le matin, pendant les repas, dans la chambre ou avant de dormir
• Encourager des activités alternatives (cuisine, jardinage, jeux de société)
• Promouvoir un usage positif du numérique (lecture, recherche)
• Surveiller l’accès aux jeux et contenus en ligne, avec contrôle parental
• Maintenir un dialogue constant et bienveillant avec l’enfant.