De l’ingénierie et de l’architecture à l’entrepreneuriat : le choix des frères Parasuraman
Par
Azeem Khodabux
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Azeem Khodabux
Ils se destinaient à des carrières bien tracées, entre calculs et plans. Mais Poubalen, 27 ans, et Mathivanan Parasuraman, 30 ans, ont choisi un autre chemin. Ils ont transformé leur lien familial et leur héritage du travail en moteur entrepreneurial, décidés à construire ensemble leur propre avenir.
Chez les frères Parasuraman, la relation ne s’explique pas. Elle se constate. Elle se voit dans les regards, dans la manière de se parler, dans cette façon naturelle de se comprendre sans longues phrases. Mathivanan, l’aîné, confie : « On n’a jamais vraiment fonctionné l’un sans l’autre. Même quand on ne faisait pas les mêmes choses, on avançait dans la même direction ».
Ces deux frères inséparables ont grandi dans le même foyer, avec les mêmes repères, les mêmes valeurs. Très tôt, le travail fait partie de leur quotidien, puisque leur père est engagé dans une entreprise familiale d’importation et de distribution de fruits de mer.
Plus que des associés, les frères Parasuraman se définissent comme des partenaires de confiance, unis par le travail, le dialogue et une vision commune.»
Puis, quand vient le temps de choisir sa filière d’études, chacun trace sa route. Poubalen s’oriente vers des études en ingénierie, car il aime dessiner, structurer et penser l’espace. Mathivanan, quant à lui, choisit l’architecture, attiré par la logique, les calculs, les systèmes. Deux domaines différents, mais déjà complémentaires. « On ne l’a jamais vécu comme une séparation. C’était juste deux manières distinctes de construire quelque chose », raconte Mathivanan.
Pendant leurs études, ils continuent à aider leur père, pas par obligation, mais par réflexe. « Quand il fallait donner un coup de main, on était là », dit Poubalen. Les deux frères observent, apprennent et posent des questions. Ils découvrent aussi les réalités du terrain : les imprévus, les retards, les pertes, les décisions à prendre vite. Peu à peu, une idée s’installe. Silencieuse au début. « On s’est rendu compte qu’on aimait ça : pas seulement aider, mais surtout comprendre comment tout fonctionne », indique Mathivanan.
Le moment du choix arrive sans bruit, sans rupture nette avec leurs études ni décision brutale, mais à travers une réflexion posée. « On ne s’est jamais dit qu’on abandonnait nos diplômes. On s’est dit qu’on allait les utiliser autrement », précise, pour sa part, Poubalen. Ils décident alors de s’engager pleinement dans l’entrepreneuriat ensemble. Un choix qui, pour eux, ne pouvait se faire qu’à deux. « Travailler seul, ce n’était pas une option, car on se complète trop », ajoute Mathivanan.
Inséparables dans la vie comme dans le travail, les frères Parasuraman ont choisi l’entrepreneuriat comme prolongement naturel de leur lien fraternel.»
Leur relation devient un véritable pilier professionnel. Ils ne cherchent pas à avoir le même rôle. Chacun trouve naturellement sa place. L’un analyse, organise, structure. L’autre pense l’ensemble, l’identité, la cohérence. « On se fait confiance. Quand l’un doute, l’autre tient », affirme Poubalen. Comme dans toute relation fraternelle, il y a des désaccords. Ils ne le cachent pas. « On se dispute parfois, mais on ne laisse jamais un problème traîner », reconnaît Mathivanan. Leur règle est simple : parler, trancher, avancer.
Ensemble, ils lancent Bella Amigo Fudz, non pas comme un projet tape-à-l’œil, mais comme une étape logique de leur parcours. Ils choisissent de travailler autour de sorbets aux saveurs locales : melon, mangue, coco, lait caramel. Des goûts simples, ancrés dans la mémoire collective mauricienne. « On voulait quelque chose de vrai. Quelque chose que les gens reconnaissent », explique Poubalen. Le choix de réduire le sucre vient aussi de cette volonté de rester proches des gens. « On pense à tout le monde, aux enfants, aux adultes, à ceux qui font attention à leur alimentation », dit Mathivanan.
Ils parlent peu de succès, mais beaucoup de travail. « Être entrepreneur, ce n’est pas glamour. C’est des journées longues, des décisions difficiles, des risques constants », affirme Mathivanan. Son frère ajoute : « C’est une aventure nerveuse. On n’est jamais totalement rassuré. On apprend tous les jours et surtout on avance ensemble ».
Aujourd’hui, ils se définissent avant tout comme deux frères qui ont choisi le même métier, pas par facilité, mais par conviction. « On est plus que des frères, on est des partenaires, et des amis », conclut Mathivanan.
Dans un monde où les chemins se séparent souvent, Poubalen et Mathivanan Parasuraman ont fait un autre choix : rester côte à côte, construire ensemble, et accepter l’incertitude comme partie intégrante de leur histoire.