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De la défaite en Malaisie à 13 médailles africaines : Javed Bhunnoo, le père fondateur de l’armwrestling mauricien

Par Sara Lutchman
Publié le: 19 July 2026 à 14:30
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javed
Il est sorti 3e au 14th Armwrestling and 7th Para-Armwrestling Championship ABUJA 2025.

Maurice compte désormais une communauté d’armwrestling organisée, des pôles d’entraînement actifs à Curepipe, Flacq, Pointe-aux-Sables et Floréal, et un palmarès continental. À l’origine de cette émergence se trouve un seul homme : Javed Shaah Bhunnoo. Ingénieur, entrepreneur, deux fois médaillé africain, il est le premier Mauricien à avoir pratiqué l’armwrestling de manière compétitive, le fondateur d’Armwrestling Mauritius et le seul coach-arbitre mauricien certifié par la World Armwrestling Federation.

«Avant d’être considéré comme le pionnier du bras de fer sportif à Maurice, j’étais simplement un jeune passionné qui découvrait ce sport sans imaginer où il me mènerait », confie-t-il.

Les débuts : un frisson inattendu en Malaisie

Tout commence en 2011, pendant ses études universitaires en Malaisie. Javed participe presque par hasard à une petite compétition informelle.

« Le frisson de ce moment m’a surpris. C’était une sensation différente de tout ce que j’avais connu dans d’autres sports. Le soir même, j’ai commencé à me renseigner et j’ai découvert qu’il existait en Malaisie une scène d’armwrestling compétitif déjà bien structurée. »

Sa première vraie compétition officielle se solde par un flash pin – une défaite en une fraction de seconde. Loin de le décourager, cette expérience le marque profondément : « Ce qui m’a réellement captivé, ce n’était pas seulement la technique ou l’intensité. C’était cette sensation très particulière d’avoir du pouvoir dans la main, ou de réaliser que l’on ne l’a pas. […] Dans ce sport, deux personnes tentent d’imposer leur volonté à travers un seul point de contact, et une seule y parvient. Cette expérience est unique. Elle est brute, honnête et profondément humaine. »

De retour à Maurice, Javed décide de porter le sport à lui seul.

Les années solitaires : « Tout reposait sur une seule personne »

Entre 2014 et 2015, il tente de représenter Maurice aux Championnats du monde à Kuala Lumpur. Les autorités lui opposent l’absence totale de structure.

« On m’a expliqué qu’il n’existait aucune structure pour ce sport, et parfois on me faisait des promesses qui ne menaient nulle part. J’ai finalement assisté aux Championnats du monde en 2015 avec le cœur lourd, convaincu que je ne devais plus jamais revivre cette situation. »

Avec un soutien adéquat, nous pouvons viser la première place en Afrique et, à terme, former des champions du monde»

Contacté par Julien Boumsong, secrétaire général de la Fédération africaine, il commence à semer les graines : démonstrations gratuites dans les écoles, compétitions pendant les pauses, initiations dans sa mosquée.

« Je me rendais dans les écoles, sans demander la moindre rémunération. Les élèves accueillaient toujours le sport avec enthousiasme, mais ce qui m’a marqué, c’est que les enseignants, les membres du personnel et même les recteurs se montraient tout aussi curieux et bienveillants. »

Cette période est intense et solitaire : « Il y a eu des moments de découragement, des périodes où je me plaignais de l’absence totale de reconnaissance ou de structure. Mais je n’ai jamais laissé cela m’arrêter. Avec le recul, cette période a été difficile, mais elle a posé les fondations de tout ce qui existe aujourd’hui. »

La professionnalisation : licences internationales et rigueur

Pour crédibiliser le sport, Javed obtient les licences officielles de coach et d’arbitre de la World Armwrestling Federation.
« J’ai compris très tôt […] qu’une grande partie de ce qui fait la crédibilité d’un match repose sur l’arbitrage et sur la qualité du coaching. »

Formé par Zil Fadli (président de la fédération malaisienne), David Shead (auteur des règles officielles de la WAF), Olegs Gantimurov et Hristo Delidzhakov (arbitre en chef de la ligue East versus West), il insiste sur la complexité du rôle d’arbitre : « L’arbitrage en armwrestling est beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine. […] Il m’a appris que la rigueur ne doit jamais empêcher la bienveillance, et que l’arbitrage le plus juste est celui qui respecte l’effort et l’émotion du sportif. »

Les obstacles structurels et financiers

Faire reconnaître l’arm-wrestling comme un véritable sport constitue le premier grand défi : « C’est paradoxal, car après le fait de taper dans un ballon, c’est probablement l’action sportive la plus universelle. Pourtant, très peu de gens savent qu’il existe une discipline structurée. »

Viennent ensuite les procédures administratives pour créer une association reconnue et les contraintes financières : « Armwrestling Mauritius fonctionne aujourd’hui grâce aux sponsors privés et aux cotisations des membres. Ces cotisations sont volontairement très faibles, car je tiens à ce que n’importe quel jeune, quel que soit son milieu, puisse découvrir ce sport sans obstacle financier. »

Des partenaires comme Coeur de Ville, Nutrend Mauritius et surtout ER Group via Ascencia ont apporté un soutien décisif.
Naissance d’Armwrestling Mauritius : du projet individuel à la communauté

La création de l’association marque le tournant :

« Pour que cette passion puisse exister officiellement, il fallait une structure. La création d’Armwrestling Mauritius a été la transition naturelle. Sans association, Maurice n’aurait jamais pu participer aux compétitions continentales ou mondiales. »
Les pôles de Curepipe, Flacq, Pointe-aux-Sables et Floréal naissent progressivement : « Après chaque événement, je voyais des athlètes motivés, des spectateurs curieux, des groupes qui voulaient essayer. J’ai simplement accompagné cet enthousiasme. »

« Père de l’armwrestling mauricien » : un surnom et une responsabilité

Les athlètes lui donnent le surnom de « père du bras de fer mauricien ». Javed le reçoit avec une « satisfaction tranquille » :
« Cela signifie que le bras de fer a dépassé le stade d’une initiative isolée pour devenir une véritable communauté. Je le prends avec fierté, bien sûr, mais surtout comme une responsabilité. »

Le moment charnière où il sent que le sport devient collectif : « J’ai vu les athlètes s’entraîner ensemble, s’entraider et progresser sans attendre que je sois présent. […] Le soutien du public mauricien [aux Championnats d’Afrique] a été immédiat et sincère. À cet instant, j’ai compris que le bras de fer n’était plus seulement une passion que je partageais. Il était devenu une identité collective. »

13 médailles aux Championnats d’Afrique : une preuve de potentiel

Les 13 médailles remportées récemment constituent un jalon majeur : « Elles montrent que Maurice peut non seulement exister dans ce sport, mais aussi performer au plus haut niveau du continent. […] Nous avons prouvé que, même sans financement public, sans coaching permanent et sans structure nationale dédiée, nous pouvons ramener des médailles. »

Pour Javed, ce résultat n’est pas une fin en soi : « Avec un soutien adéquat, nous pouvons viser la première place en Afrique et, à terme, former des champions du monde. »

Préparation des athlètes : technique, mental et collectif

La méthode de préparation repose sur l’unité du groupe, l’analyse individuelle, l’étude des adversaires, la périodisation et surtout le mental : « Je leur apprends à visualiser la médaille, à visualiser la victoire, à rester motivés et disciplinés. Quand un athlète maîtrise son style, son plan, son intensité et son mental, il peut performer contre n’importe qui. »

Aspirations : structuration, jeunesse et ambitions internationales

Armwrestling Mauritius vise à devenir une fédération nationale, à développer les catégories juniors et à renforcer la présence internationale : « L’objectif est simple : faire de Maurice un pays respecté dans ce sport. »

La motivation profonde : impact social et transformation de vies

Au-delà des résultats sportifs, Javed insiste sur la dimension humaine : « Au-delà des titres et des médailles, ce qui me pousse à continuer, c’est tout simplement l’amour que j’ai pour l’armwrestling. […] J’ai vu des personnes qui étaient au bord du suicide retrouver un sens à leur existence grâce à l’armwrestling. J’ai vu des jeunes abandonner la drogue, parce qu’ils avaient enfin trouvé une raison de se battre pour quelque chose de beau. » 

Il conclut sur sa mission : « Tant que je verrai des Mauriciens avancer, se reconstruire, se dépasser et trouver leur place grâce à l’armwrestling, je continuerai à le porter avec passion. »

Prochain événement : 7 et 8 août 2026 au Riche Terre Mall

La compétition organisée avec Ascencia au Riche Terre Mall s’annonce comme une nouvelle étape, après les succès de Phoenix Mall et Bagatelle Mall. Trois supermatchs d’exhibition seront au programme.

« Cette compétition […] permettra aux Mauriciens de voir ce qu’est réellement le niveau continental. […] Nous nous attendons également à accueillir de nombreux nouveaux membres. »

Les inscriptions et pesées auront lieu le vendredi soir ; aucune nouvelle inscription ne sera acceptée le jour même.

Vision à 5-10 ans : vers un rayonnement international

Dans les prochaines années, Javed ambitionne de voir Maurice produire des champions du monde, organiser des événements majeurs et accueillir des figures comme Devon Larratt : « Je veux voir un jour un événement East vs West organisé ici, sur notre sol. Je veux que Maurice accueille un Championnat d’Afrique, puis un Championnat du monde. »

Message aux jeunes

« Ne laissez rien vous arrêter. […] Le sport et la vie demandent exactement les mêmes valeurs : le respect, l’humilité et la loyauté. […] Avec une bonne attitude, tout devient possible. »

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