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De banyan à CEO : l’ascension d’Indiren

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 18 avril 2026 à 18:00
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Indiren estime que la persévérance au travail finit par payer.
Indiren estime que la persévérance au travail finit par payer.

Né dans une famille pauvre à Cap-Malheureux, Renganaden Parasuraman (Indiren) a tracé son chemin à la force de ses bras et de sa détermination. À quelques jours de ses 63 ans, son parcours atypique incarne une vérité : partir de rien n’est pas une fatalité, à condition de ne jamais renoncer.

« La vie était très dure. » Une phrase simple lourde de vécu. Indiren a grandi dans une fratrie de neuf enfants, dont deux sont décédés à la naissance. Dans cette maison modeste de Cap-Malheureux, chaque repas dépendait de la terre. « Nous mangions ce que nous cultivions. » Son père, Balaramal (Rajoo), un laboureur courageux, et sa mère, femme au foyer, luttent au quotidien pour faire vivre la famille. Ils n’ont pas l’électricité et le moindre achat de nourriture est un luxe.

Mais au cœur de cette précarité, un lien puissant se forge. « Mon père m’a tout appris. » Très proche de lui, Indiren l’accompagne dès son plus jeune âge dans les plantations, apprenant la valeur du travail, de la discipline et du sacrifice.

Des champs à la mer

À cause de difficultés, son père vend un terrain de deux arpents pour subvenir aux besoins de ses enfants et investir dans un bateau de pêche de 24 pieds par sept pieds qui devient leur nouvel outil de survie. Il engage un pêcheur et lance une nouvelle activité. 

Après l’école, Indiren ne se repose pas. « Je mettais les poissons dans des boîtes avec de gros glaçons. » Sans électricité, il faut ruser pour conserver la marchandise. Le matin, son père va vendre 100 à 150 kg de poissons : vieille rouge, capitaine et cateau au marché central de Port-Louis. L’enfant comprend la dure réalité du commerce.

Sacrifice et éducation

En 1974, il intègre le collège Bhujoharry à Port-Louis. Mais tous les matins, il arrive en retard. « L’administration me réprimandait. » Jusqu’au jour où il explique la vérité. Au fait, il transporte des poissons au marché central de Port-Louis le matin, avant de courir pour rejoindre l’école. 

Le regard des enseignants change. Derrière l’élève en retard se cache un enfant courageux. « Je savais que l’effort était important. » Avec la scolarité gratuite introduite en 1977, il poursuit ses études au collège Friendship. Il travaille dur et obtient son School Certificate avec une distinction en économie, comptabilité et d’autres matières. Mais l’anglais est un obstacle. « Je n’ai pas pu faire le Lower Six. » Un coup dur, mais pas une fin.

De Banyan à marchand

En 1979, il met fin à sa scolarité et plonge dans la réalité. Il devient vendeur de poisson et de légumes, parcourant le nord de l’île de porte-à-porte. « Je voulais gagner ma vie. » Il économise et tous les jours est un combat. Mais déjà, une ambition plus grande l’habite. « Je ne voulais pas rester petit. » Et cette ambition le pousse à voir plus loin que les frontières.

Exportation

En 1983, il tente l’impensable : exporter du poisson vers La Réunion. « J’ai pris un risque. » Sans modèle, sans guide, il se lance seul. Il devient un des pionniers de l’exportation de produits de la mer vers La Réunion. Le succès arrive, mais attire aussi les jalousies. En 1987, le choc est brutal. « On a saboté ma cargaison. » Du javel liquide est injecté dans ses produits. Résultats : Rs 250 000 de perte. Une somme énorme. « J’ai tout perdu. » Mais il refuse de sombrer.

Chauffeur de taxi

« Je ne pouvais pas abandonner. » Il se réinvente et devient chauffeur de taxi. Mais même dans cette activité, il innove. « J’étais le seul à donner un reçu. » C’est un détail qui inspire confiance et attire la clientèle touristique. Il se reconstruit, lentement mais sûrement.

Fruits de mer

En 1991, il ouvre un nouveau chapitre : l’importation de fruits de mer depuis l’Inde. Crevettes tigrées, langoustes et camarons, entre autres. Encore une fois, il est en avance. « Beaucoup de portes se sont fermées. » Mais il persiste. En 2002, il fonde Belle Amigo, dans la continuité des activités seafood lancées par son père en 1971 sous le nom d’Amigo. C’est un héritage devenu succès.

À partir de 1999, il investit dans des terrains à Petit-Raffray. Il développe cinq arpents en un espace unique : une boutique de fruits de mer, un jardin avec des arbres fruitiers, un lieu de réception pour les mariages et les anniversaires et un restaurant. Un concept visionnaire qui attire et séduit.

Consécration

« J’ai commencé seul. » Aujourd’hui, il emploie une centaine de personnes, directement et indirectement. Son entreprise génère un chiffre d’affaires de Rs 400 millions. De banyan à CEO, son parcours est une leçon de vie. « La détermination finit toujours par payer. »

À l’approche de ses 63 ans, Indiren reste fidèle à ses racines. « Tout ce que je suis, je le dois à mon père. » Son histoire dépasse la réussite financière. C’est celle d’un enfant pauvre devenu bâtisseur. « Peu importe d’où vous venez, ce qui compte, c’est où vous voulez aller », dit-il. Il a construit un empire.

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