Davina Boodhun : l’étoile de la couture qui tisse les couleurs de Maurice jusqu’en Inde
Par
Le Défi Quotidien
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Dans son atelier animé de Quatre Bornes, Davina Boodhun poursuit son rêve de mode. Passionnée dès l’enfance, elle revient d’une étape marquante à la Fashion Week de New Delhi, « Fashion Beyond Borders ». Entre héritage familial et ambition internationale, la créatrice affirme une vision où la mode devient un langage universel.
Par une après-midi étouffante à Quatre-Bornes, le bruit de la ville s’estompe dès que l’on franchit le seuil de la Maison de Couture Davina Boodhun. Ici, l’air semble chargé de particules de soie et de projets en devenir. Entre les mannequins de bois drapés de dentelles et les croquis éparpillés sur de larges tables, la styliste s’affaire, un mètre-ruban jeté sur l’épaule. Davina Boodhun, qui a récemment représenté le quadricolore mauricien en Inde, a fort à faire.
Davina Boodhun n’a pas appris la mode dans les magazines glacés, mais dans le mouvement de va-et-vient d’une aiguille transperçant le tissu. Sa mère, couturière, lui a transmis le métier par l’observation. La styliste a grandi au milieu des bobines de fil multicolores, des craies de tailleur et du froissement des patrons de papier. « Ma maman est couturière. J’ai littéralement grandi à l’observer. J’ai suivi ses traces tout naturellement. Elle ne m’a pas seulement transmis sa passion, elle m’a appris à respecter la matière », confie-t-elle.
Cet héritage familial constitue le socle de sa rigueur. Là où la création commence souvent par un dessin, Davina Boodhun maîtrise également l’assemblage et l’ajustement, une expertise technique qui définit sa signature.
Si l’inspiration lui vient de sa mère, l’imagination semble être une force innée. Alors que les enfants de son âge s’amusaient dans les cours d’école, Davina Boodhun bâtissait déjà son univers sur papier. « À l’âge de 4 ans, j’avais déjà dessiné ma première robe de mariée », se remémore-t-elle. Un souvenir qui souligne la précocité d’une vocation qui ne l’a jamais quittée.
Toute sa jeunesse fut un laboratoire créatif. Davina Boodhun ne se satisfaisait pas de la monotonie des vêtements de série et customisait tout ce qui lui tombait sous la main. Elle brodait ses t-shirts unis pour leur donner du relief, dessinait des motifs complexes sur ses baskets et confectionnait des tenues pour ses poupées. « Jeune, j’aimais changer mes vêtements. Un t-shirt basique, je le décorais immédiatement. Même les chaussures y passaient ! », indique-t-elle, en souriant.
Pourtant, son parcours académique n’a pas été linéaire. À l’école, la styliste opte pour les matières scientifiques, mais le design demeure son refuge : « Même si j’avais choisi les sciences, c’est toujours l’art qui m’aidait à m’exprimer ». Une fois son certificat de fin d’études en poche, elle s’inscrit en Fashion and Textile Design à Maurice, avant de poursuivre son cursus en Angleterre, puis aux États-Unis en Fashion Management.
Le 3 janvier 2026 marque une étape importante de sa carrière. Sous les plafonds voûtés de la Bikaner House à New Delhi, Davina Boodhun a présenté une collection de huit pièces lors de la Fashion Week Fashion Beyond Borders. Cet événement est né d’une collaboration avec Shabana Meerun, qui a sollicité la styliste pour porter le savoir-faire mauricien à l’étranger.
« Shabana Meerun m’a demandé si je voulais représenter mes créations. J’ai tout de suite accepté. C’est ainsi que nous avons conçu cette collection de huit robes de soirée ensemble. Nous avons aussi bénéficié de l’aide de Shilpa Pudaruth pour les bijoux », explique-t-elle.
Sur le podium, les créations ont révélé une fusion de textures, avec des coupes « sirène » évoquant le mouvement des vagues et des incrustations de coquillages pour une touche organique. Le crochet et le macramé occupaient une place centrale, en hommage à l’artisanat traditionnel. « La collection est colorée, avec du jaune et du bleu pour rappeler les couleurs de Maurice », précise-t-elle.
L’accueil a été positif, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives. « La Fashion Week s’est très bien passée. J’ai établi des contacts et des collaborations sont en cours avec d’autres stylistes indiens, notamment pour le travail du crochet. », confie-t-elle.
Ce succès en Inde est le fruit d’un défi personnel. Le cœur de métier de sa maison de couture réside habituellement dans les robes de mariée, un univers de blanc et de tons pastel. Pour New Delhi, elle a dû s’adapter à une palette de couleurs vives et à la fluidité des tenues de soirée.
« Cette collection m’a permis de sortir de ma zone de confort », admet-elle. Ce sens de l’entrepreneuriat s’est forgé au fil des années. Avant d’ouvrir son atelier en 2022, Davina Boodhun a travaillé dans le secteur industriel textile. Cette expérience en usine lui a inculqué une discipline de production indispensable à la gestion de sa propre entreprise.
Aujourd’hui, alors qu’elle s’apprête à ouvrir son nouveau magasin à Quatre-Bornes, Davina Boodhun continue de développer son activité. L’atelier bourdonne d’activité et les commandes affluent. Les clientes viennent chercher chez elle une expertise technique, mais aussi un héritage et un savoir-faire transmis de mère en fille.