Interview

David Snoxell : «Le Royaume Uni continuerait à ignorer l’avis consultatif»

David Snoxell

Le coordinateur du groupe des parlementaires britanniques sur les Chagos, David Snoxell, estime que dans le court terme, le Royaume Uni pourrait persister à ignorer l’avis de la Cour internationale de Justice. La stratégie de Maurice est la bonne, il faut s’obstiner à garder le sujet dans l’actualité internationale, avance-t-il.

Le Royaume Uni et les États-Unis ont tous deux décidé de rejeter l’opinion de la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant leur présence aux Chagos. Vous attendiez-vous à une telle réaction ?
C’est triste que l’actuel gouvernement britannique ait décidé de prolonger ce litige. La déclaration du 30 avril au Parlement fait plusieurs allégations extravagantes et imaginatives sur les fonctions de la base de Diego Garcia qu’il faut analyser avec attention. Je m’attendais à ce que le Royaume Uni cherche à négocier un accord avec Maurice concernant la période restante, soit jusqu’en décembre 2036, de l’accord de 1966 avec les États-Unis sur Diego Garcia, et non pas que le Royaume Uni rejetterait totalement l’avis consultatif de la CIJ, y compris un retour des Chagossiens.

Cette réaction sévère va mettre tout le pays en porte-à-faux avec la plupart des membres de la communauté internationale et va miner la loi internationale pour laquelle le Royaume Uni a été jusqu’ici un grand défenseur à l’ONU. Cela va aussi gravement écorner la réputation et le standing du Royaume Uni à un moment critique où l’avenir du pays est incertain. Quelques semaines après l’opinion de la CIJ, les États-Unis ont soutenu le Royaume Uni en disant qu’ils voudraient que les Chagos demeurent sous la tutelle britannique sans pour autant attaquer l’avis consultatif. On peut espérer que ce soit assez pour un compromis et ouvrir les discussions.

Au nom de l’Union africaine, le Sénégal a déposé une résolution sur laquelle votera l’assemblée générale des Nations unies le 22 mai, demandant ainsi aux Britanniques d’abandonner l’administration des Chagos dans un délai de six mois. Selon vous, comment le gouvernement britannique réagira-t-il face à cela ?
Il faut voir ce que le Royaume Uni dira durant les débats sur cette ébauche de résolution. Je reviens justement du Sénégal, où j’ai enseigné dans un lycée en 1966/7. Maurice jouit d’un fort soutient de ce pays. J’espère que le Royaume Uni n’essaiera pas de défendre ses actions de la manière dont son représentant permanent l’a fait à l’assemblée générale du 22 juin 2017, où une majorité écrasante a voté pour référer l’affaire à la CIJ pour son avis consultatif. Je me souviens d’avoir décrit son discours comme un mélange de spin, de déformation et d’omission. C’était également le cas sur certains aspects de la soumission orale du Royaume Uni devant la CIJ en septembre dernier. Mais peu importe la position du Royaume Uni et des États-Unis, il est vital pour la communauté internationale et l’état de droit que l’assemblée générale des Nations unies fassent respecter l’avis consultatif de la CIJ et les droits des Chagossiens. J’espère que le bon sens et la bonne volonté prévaudront.

Le compromis et les négotiations vont jouer un rôle important dans la résolution des problèmes»

Si la résolution est votée, quelles sont les chances que le Royaume Uni décide tout simplement de l’ignorer ?
Maintenant que le Royaume Uni a obtenu le soutien des USA, je crains qu’il pourrait continuer d’ignorer l’avis consultatif mais cela pourrait ne pas durer longtemps. L’actuel gouvernement britannique est instable à cause du Brexit. Jeremy Corbyn, qui est président honoraire du Chagos Islands All-Party Parliamentary Group et leader de l’opposition, a écrit au Premier ministre le 1er mai. Il a indiqué que « Labour supports the rule of law both at home and abroad, the ICJ and the United Nations, and is committed to respecting the Advisory Opinion in full, so as to ensure that Chagossians are able to return to their homes. I urge the government to cooperate with the government of Mauritius and do the same. » Cette lettre a été copiée au Secrétaire général de l’ONU.

L’ancien ministre des Affaires étrangères mauricien, Jean-Claude de l’Estrac, a décrit les démarches du gouvernement mauricien comme de pures « gesticulations » qui ne mèneront à rien. Il propose que Maurice abandonne la souveraineté de Diego Garcia au Royaume Uni et négocie la rétrocession des autres îles. Que pensez-vous de cette proposition ?
Le gouvernement ne s’est pas engagé dans des initiatives ou des gesticulations. Durant les dernières années, il a assidûment planifié une stratégie pour porter l’attention du monde sur un héritage colonial grave et une question de droits humains, que j’ai décrits comme des reliquats de la guerre froide. Je suis très impressionné par les progrès accomplis par le gouvernement mauricien à cet égard. Je suis optimiste quant aux chances de réussite éventuellement. C’est uniquement sous la pression légale et internationale et l’intervention parlementaire que ces problèmes seront résolus. Le compromis et les négociations vont également jouer un rôle important dans la résolution de ces problèmes. Alors que les gouvernements vont et viennent, il est vital pour la coexistence paisible et la communauté des nations que l’Onu prenne position pour la loi internationale, la moralité et les standards éthiques. Tout le monde sait que les 54 îles des Chagos n’ont jamais été utiles pour des questions de défense et pourraient être retournées à Maurice n’importe quand. Le cas de Diego Garcia prendra plus de temps.

Concernant cette situation, que compte faire le Chagos Islands All-Party Parliamentary Group dans un proche avenir ?
Le Chagos Islands APPG tient sa 74e réunion le 22 mai. Le groupe compte désormais 55 membres qui représentent les sept partis politiques de Westminster. Je m’attends à ce que les membres continuent à défendre les droits humains des Chagossiens et la mise en application de l’avis consultatif de la CIJ. Il est probable qu’une réunion soit fixée bientôt avec le ministre du Foreign and Commonwealth Office, responsable des Chagos, Tariq Ahmad. Les membres continueront à poser des questions parlementaires et à intervenir dans les débats. Une question écrite sur l’opinion de la CIJ sera bientôt débattue à la House of Lords.

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