David et Ashna : rester, coûte que coûte
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Un simple message envoyé après sept ans d’absence peut-il bouleverser une vie ? Entre les murs d’un centre d’appels et les épreuves du destin, découvrez l’histoire d’un lien hors norme.
David a trente ans, une sclérose en plaques, et une amie qui a tout quitté pour être là. Pas une soignante. Pas une infirmière. Ashna, qu’il a connue dans un centre d’appels il y a presque dix ans.
C’est une histoire qui aurait pu ne jamais exister. Deux jeunes gens dans un centre d’appels, des casques sur les oreilles, des écrans qui clignotent. On apprend à se connaître entre deux pauses café. On rit. On parle. Et puis la vie reprend ses droits, et on se perd de vue.
En 2016, Ashna Veerapen et David Mousse ont vingt ans et tout devant eux. Lui est calme, réservé, avec ce sourire discret qui met les gens à l’aise. Elle est solaire, proche de tout le monde, le genre de personne qui illumine un bureau. Entre eux, l’amitié s’installe naturellement, sans calcul. « Il me faisait rire. C’était quelqu’un de très sincère », se souvient Ashna. David, lui, se rappelle surtout son énergie : « Elle était toujours souriante. On s’entendait naturellement. »
Puis leurs chemins bifurquent. David part dans l’hôtellerie. Ashna reste dans l’Est. Les messages se raréfient, puis s’arrêtent. C’est la vie normale ; on avance, on oublie un peu. On n’imagine pas que certaines personnes sont destinées à revenir.
Avant que tout change, David était quelqu’un qui marchait. Des heures entières, pour le plaisir. L’air frais, les nouveaux endroits, la sensation de liberté que donnent les jambes quand elles vous portent sans effort. Il nourrissait aussi un rêve précis : travailler dans la décoration intérieure. Imaginer des ambiances, jouer avec les couleurs, transformer des espaces en quelque chose de beau.
Élevé par sa mère Pascale, agente de sécurité qui travaillait sans compter pour que son fils ne manque de rien, David avait grandi dans la modestie mais aussi dans l’amour. « Elle s’est toujours battue pour moi », dit-il simplement.
En 2020, une gêne visuelle apparaît. Un flou, parfois quelques instants d’obscurité. David ne s’inquiète pas trop, il pense avoir besoin de lunettes. Les examens oculaires sont normaux. On l’envoie passer une IRM cérébrale.
Le diagnostic tombe. Sclérose en plaques. « J’avais l’impression que tout s’écroulait. Je pensais à mes rêves, à mon avenir. Je ne savais pas ce qui allait se passer. » La maladie évolue vite, trop vite. En moins d’un an, ses jambes ne le portent plus. Le fauteuil roulant devient son quotidien. Lui qui aimait marcher des heures, il doit apprendre à rester assis. « J’avais l’impression d’avoir perdu ma liberté. »
Pascale est là, fidèle, infatigable. Elle l’accompagne aux rendez-vous médicaux, lui redit que ça ira, lui donne ce courage qu’elle puise on ne sait où. Mère et fils apprennent ensemble à faire avec, à trouver un équilibre dans cette nouvelle vie.
Puis, l’année dernière, un AVC emporte Pascale. « Perdre ma mère a été l’un des moments les plus difficiles de ma vie. Elle était tout pour moi. » David reste avec sa douleur et son fauteuil. Il décide de rester fort. Parce qu’elle aurait voulu ça.
C’est en 2023 qu’Ashna pense soudainement à lui. Sans raison particulière ; ces pensées-là arrivent comme ça, un matin, entre deux choses. Elle lui envoie un message. Juste pour savoir comment il va.
Il répond. La conversation reprend, comme si sept ans ne s’étaient pas écoulés. Ils se mettent à se parler régulièrement, de tout et de rien. C’est naturel, évident. Peu à peu, Ashna découvre la réalité de la vie de David : la maladie, le fauteuil, la perte de sa mère. Des choses lourdes. Des choses qui auraient pu faire reculer quelqu’un.
Elle ne recule pas. « Je voyais seulement mon ami David. » Ce qui touche David, ce n’est pas seulement sa présence. C’est sa façon d’être là. « Elle ne me parlait pas par pitié. Elle me parlait avec le cœur. »
L’amitié reprend de la profondeur. Ashna décide d’être là, vraiment là, pas juste dans les messages, mais dans le quotidien. Elle finit par quitter son travail pour pouvoir s’en occuper davantage. Sa famille s’inquiète. Elle reste déterminée. « Je sais ce que je fais. Je veux simplement l’aider. »
David n’en revient pas tout à fait. « Elle aurait pu continuer sa vie ailleurs. Elle a choisi de rester. Je suis très reconnaissant. »
Aujourd’hui, ils passent du temps ensemble, à parler, à sortir quand c’est possible, à apprécier les choses simples que la vie offre encore. « On peut parler pendant des heures sans voir le temps passer », dit Ashna. Le 22 mai reste une date qui leur appartient, symbole de leur lien et de leur engagement mutuel.
Leur histoire n’a rien d’extraordinaire au sens spectaculaire du terme. Pas de coup de théâtre, pas de grand geste héroïque. Juste un message envoyé un jour, une réponse, et deux personnes qui décident de ne plus se perdre de vue.
« L’amitié existe vraiment, dit Ashna. Et nous en sommes la preuve. » David ajoute, doucement : « Même avec la maladie, la vie peut être belle quand on n’est pas seul. »