D’arpenteur à avocate : le choix assumé de Me Anisha Devi Ahgun Dalayya
Par
Kursley Thanay
Par
Kursley Thanay
Me Anisha Devi Ahgun Dalayya a prêté serment comme avocate devant la Cour suprême, le 30 janvier 2026. Cette nouvelle étape marque un tournant dans le parcours de la jeune mère, qui a choisi de quitter une carrière stable et prometteuse dans la fonction publique, notamment dans le domaine de l’arpentage, pour se consacrer pleinement à sa passion pour le droit.
Née à Balisson, Rose-Belle, et aujourd’hui dans la trentaine, Me Anisha Devi Ahgun Dalayya a grandi dans une famille où l’éducation occupait une place importante. Sa mère, Veena Ahgun, était enseignante en maternelle dans une école privée, puis a ensuite travaillé au supermarché Winners, tandis que son père, Suthidanand Ahgun, a pris sa retraite en 2025 comme directeur du Procurement and Supply Department au ministère des Finances.
Elle a effectué sa scolarité à l’école maternelle de Rose-Belle, puis à la Rose-Belle North Government School, avant d’intégrer le Queen Elizabeth College à Rose-Hill.
À l’âge de 18 ans, après l’obtention de son Higher School Certificate, Me Anisha Devi Ahgun Dalayya commence sa carrière dans la fonction publique comme Trainee Land Surveyor au ministère du Logement et des Terres. Le ministère lui offre une formation d’arpenteur, ouvrant la voie à une progression professionnelle dans ce domaine.
« J’ai toujours aimé étudier, mais à l’époque, je n’avais pas l’intention de devenir avocate », explique-t-elle
C’est en se rendant régulièrement en cour pour des litiges liés à l’arpentage qu’elle découvre progressivement le monde judiciaire. « Un des aspects de mon travail consistait à me rendre au tribunal pour des litiges fonciers. C’est là que j’ai commencé à apprendre les rouages de la cour et que j’ai fini par aimer cela », confie l’avocate.
Elle entreprend alors des études de droit à distance avec l’University of London. Ce fut un parcours long et exigeant. Une étape de sa vie qui ne s’est pas déroulée sans difficultés. À cette époque, elle était déjà mariée et poursuivre des études de droit tout en travaillant à temps plein et en assumant sa vie de famille n’était pas chose facile. Il y eut de nombreuses nuits presque sans sommeil, des matins précoces et épuisants, de longues journées de travail et des engagements familiaux incessants. Pourtant, elle n’a jamais abandonné, car parfois, certains rêves sont plus grands que l’épuisement.
En 2021, elle est partie en Angleterre pour suivre ses études du Barreau, en pleine période post-Covid. Les premières semaines, dans un lieu inconnu, ont été marquées par l’isolement de la quarantaine. Nouveau pays, nouvelle culture, nouveaux visages et l’éloignement de sa famille, surtout de son fils, Kiaan Dalayya, alors âgé de trois ans. Cette séparation a été une épreuve silencieuse, mais dévastatrice, se remémore-t-elle.
« Chaque matin, je me réveillais le cœur lourd et le soir, je s’endormais les yeux remplis de larmes », raconte-t-elle. Les jours passés en Angleterre ont été parmi les plus difficiles de sa vie, habités par l’anxiété, le manque et une solitude pesante.
Pourtant, dès le premier jour, une seule pensée guidait ses pas : réussir sa formation et rentrer à Maurice au plus vite. Alors, elle transforma sa vulnérabilité en force. Elle fit de sa douleur un moteur, de son manque une détermination. Elle a étudié sans relâche, dix à douze heures par jour, s’immergeant dans ses livres pour faire taire le doute. Et à force de courage et de discipline, elle réussit l’exploit de valider l’ensemble de ses examens du Barreau en une seule session.
Durant cette période en Angleterre, son époux, Nitish Dalayya, également arpenteur dans le secteur privé, assume la responsabilité d’élever leur fils, Kiaan Dalayya, alors âgé de trois ans.
« Il m’a soutenue tout au long de ce parcours et a pris entièrement la responsabilité de notre enfant, lorsque j’étais en Angleterre », souligne l’avocate.
Le couple a également une fille, Keisha Devi Dalayya, âgée de deux ans. « Je suis aussi très reconnaissante envers les autres membres de ma famille, qui ont su prendre le relais en mon absence et veiller sur mon fils avec amour et dévouement. Ils ont porté, avec moi, le poids de cette séparation », confie Me Anisha Devi Ahgun Dalayya.
Profondément croyante en Dieu, elle ne s’est jamais sentie seule. Elle a avançé avec la certitude que chaque épreuve avait un sens, que chaque sacrifice portait en lui une promesse. Et cette conviction intime l’a soutenue lorsque tout le reste semblait trop lourd à porter.
Avant son admission au barreau mauricien, Me Anisha Devi Ahgun Dalayya a été appelée au barreau en Angleterre et au pays de Galles en novembre 2022, après une formation à la Nottingham Trent University. Elle est titulaire d’un Bachelor of Laws de l’University of London, d’un Bachelor of Science in Land Surveying (First Class) de l’University of Technology, Mauritius, ainsi que d’un Diploma in Land Surveying avec distinction de l’University of Mauritius. Elle est aussi titulaire d’une commission d’arpenteur-géomètre (Land Surveyor’s Commission).
Après plus d’une décennie au ministère du Logement et des Terres comme Land Surveyor, puis Senior Land Surveyor, Me Anisha Devi Ahgun Dalayya ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre professionnel. Un choix guidé par une conviction née sur le terrain et confirmée au fil des années : exercer le droit.
« Et s’il y a un message que je peux passer aujourd’hui, c’est que peu importe à quel point le chemin semble long, exigeant ou solitaire, vos rêves restent légitimes. Être épouse, mère, professionnelle et poursuivre ses ambitions n’est pas une contradiction. C’est une force. La fatigue, les doutes, les larmes ne sont pas des signes de faiblesse, mais les preuves silencieuses du courage. Car une femme qui ose poursuivre ses rêves ouvre la voie à d’autres femmes. Lorsqu’une mère se dépasse, elle enseigne à son enfant que rien n’est impossible », conclut Me Anisha Devi Ahgun Dalayya.