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Dans un affidavit : Meraj Bageeruthy évoque «planting» et «manipulation policière»

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 30 avril 2026 à 12:30
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Meraj Bageeruthy affirme avoir agi pendant plusieurs années comme informateur de la police.

Un affidavit récemment déposé en Cour suprême soulève des allégations graves concernant des pratiques policières présumées. Le document, juré par Meraj Mohamad Bageeruthy, travailleur social, actuellement en détention préventive à la prison de haute sécurité de Melrose, détaille des faits qu’il affirme avoir personnellement vécus dans le cadre de sa collaboration passée avec la police en tant qu’informateur de la police.

Dans son affidavit, Meraj Mohamad Bageeruthy affirme avoir agi pendant plusieurs années comme informateur dans divers dossiers criminels. À ce titre, il indique avoir été en relation avec plusieurs officiers issus de différentes unités de la police mauricienne.

Il cite le sergent P. A., qu’il dit connaître depuis 2014, période durant laquelle celui ci était affecté au poste de police de Terre-Rouge, puis promu sergent ; l’ASP O. ; l’inspecteur R. qu’il dit avoir connu à la Criminal Investigation Division (CID) de Pamplemousses et de Terre-Rouge ; l’officier B. R., affecté à l’Anti Drug & Smuggling Unit (Adsu) de Plaine-Verte, puis à la Field Intelligence Unit (FIU) North ; les officiers B. et K., affectés au poste de police de Terre-Rouge ; l’ASP R. J., qui occupait auparavant les fonctions de Chief Inspector à Terre-Rouge.

Le déclarant précise que, selon son appréciation personnelle, la plupart de ces officiers auraient toujours agi de manière professionnelle et honnête, à l’exception du sergent P. A., qu’il désigne comme étant au centre des faits dénoncés.

  • Premiers propos jugés inquiétants (2019–2020)

Meraj Mohamad Bageeruthy affirme que les premiers éléments préoccupants seraient apparus entre la fin de l’année 2019 et le début de 2020. Selon son témoignage, le sergent P.A.  lui aurait alors parlé d’un individu nommé R. G., décrit comme un marchand de poisson, qui aurait fait une déclaration contre lui auprès de la police.

Le déclarant indique que des propos lui auraient été tenus, suggérant l’idée de lui infliger une « correction », dans un cadre confidentiel. Il précise avoir commencé, à partir de cet épisode, à nourrir des doutes sérieux quant à la légitimité de certaines demandes qui lui étaient adressées.

  • 2021 : soupçons d’ingérence

Les faits rapportés prennent une dimension supplémentaire en 2021. Le déclarant relate une rencontre avec le sergent P.A. à proximité du poste de police de Terre-Rouge, au cours de laquelle il affirme avoir entendu une conversation téléphonique évoquant le transfert d’un officier de l’Adsu, présenté comme un obstacle.

Meraj Mohamad Bageeruthy indique avoir entendu le nom de l’inspecteur L., officier de l’Adsu, qui aurait été considéré comme gênant et qu’il aurait été question de faire muter. Selon le déclarant, le sergent P.A. aurait également fait référence à une personne influente, désignée sous le surnom de « garson bourzois », présentée comme exerçant une autorité informelle sur certaines opérations et décisions internes.

  • Le 23 mai 2022 à Jumbo Riche Terre

L’un des passages centraux de l’affidavit concerne un incident survenu le 23 mai 2022 à Jumbo Riche Terre. Meraj Mohamad Bageeruthy y décrit une opération présumée visant à placer un colis contenant environ 500 grammes de drogue de type « brown » afin de provoquer l’arrestation d’une cible.

Il cite l’implication alléguée d’un policier surnommé B., travaillant à la CID de Terre-Rouge ; un certain V. B. et un dénommé K. B., connu sous le surnom de « Requin ».

Opération présumée visant à placer un colis contenant environ 500 grammes de drogue de type « brown » afin de provoquer l’arrestation d’une cible.»

Selon la version rapportée sous serment, l’opération aurait échoué après que le colis n’aurait pas été placé comme prévu. Une confrontation verbale aurait suivi, au cours de laquelle il serait apparu que la drogue n’était plus en possession de ceux qui devaient l’installer. Le déclarant affirme que le policier B. aurait alors exprimé son refus catégorique de participer à des pratiques qu’il considérait comme illégales et moralement répréhensibles, mettant en garde contre les conséquences de ce type de montage.

  • Une sollicitation directe refusée

Dans son affidavit, Meraj Mohamad Bageeruthy indique avoir ensuite été sollicité pour participer à une autre opération visant un individu identifié comme B. S. C. , résidant à Pointe-aux-Canonniers, propriétaire supposé d’un véhicule de marque Honda Fit. Il affirme que le sergent P.A. lui aurait demandé de placer deux sacs de cannabis dans le véhicule ou à proximité du domicile de cette personne, avec l’appui d’un contact nommé N., présenté comme opérant du côté de Rose-Belle.

Le déclarant soutient avoir refusé à plusieurs reprises de s’exécuter. Il évoque également des tentatives de persuasion faisant appel à des arguments religieux et communautaires, qu’il dit avoir rejetées, préférant s’éloigner progressivement de toute collaboration de cette nature.

  • Autres missions évoquées

L’affidavit fait également état d’une mission consistant à repérer la présence de caméras de surveillance autour du domicile d’un individu nommé J. R., à Tranquebar. Meraj Mohamad Bageeruthy affirme ne pas avoir constaté d’activité criminelle et avoir fait part de ses réserves.

Le document évoque ensuite un incident survenu à Camp-Yoloff en mai 2024, impliquant une altercation entre plusieurs individus armés. Le déclarant affirme qu’il n’a exercé aucune violence et qu’il se serait efforcé d’apaiser la situation. Meraj Mohamad Bageeruthy soutient qu’à la suite de cet événement, le sergent P.A. lui aurait demandé de fournir une version inexacte des faits aux enquêteurs et d’éviter de se rendre immédiatement à la police. Il affirme avoir refusé.

Il mentionne également des allusions à l’intervention d’un dénommé D., ainsi qu’à celle d’un certain S., présenté comme étant en charge de la MCIT North, et fait état de propos suggérant des connexions politiques, dont le nom d’un Premier ministre, toujours dans le cadre d’allégations rapportées sous serment.

  • Reddition volontaire et détention

Le 4 mai 2024, le déclarant indique s’être rendu volontairement à la CID Port Louis North (Abercrombie) en compagnie de son avocat. Il affirme y avoir vu le dénommé S. intervenir dans la prise en charge du dossier. Enfin, Meraj Mohamad Bageeruthy mentionne un incident survenu le 4 mars 2026 à la prison de haute sécurité de Melrose, lors duquel il affirme être intervenu pour empêcher une agression à l’encontre du sergent S., officier pénitentiaire, intervention qui aurait permis d’éviter une escalade de violence.

  • Une affaire désormais entre les mains de la justice

L’affidavit a été rédigé par l’avoué Abhishaye Prakash Gungabissoon. En tant que déclaration sous serment, il engage la responsabilité pénale de son auteur en cas de fausse déclaration.

À ce stade, l’ensemble des faits rapportés demeure au statut d’allégations jurées. Leur gravité pourrait toutefois, si elles venaient à être corroborées, soulever de sérieuses interrogations quant à certains dysfonctionnements institutionnels.

Aucun commentaire du sergent mis en cause

Sollicité afin de réagir aux allégations formulées à son encontre dans cet affidavit juré devant la Cour suprême, le sergent P. A. a indiqué ne pas souhaiter faire de commentaire à ce stade.

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