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Danielle Réhaut, thanatopractrice chez Élie & Sons Funeral Directors : «Nous célébrons la vie»

Danielle Réhaut Danielle Réhaut en veste marron entourée par son équipe, Gilles Anodin, Marie-Hélène Juste et Tanoujia Caroopen.

Danielle Réhaut est l’unique femme à s’occuper de l’embaumement et de la reconstruction faciale à Maurice. Elle a 70 ans et exerce pour Élie & Sons. Elle a même préparé la dépouille de son époux, il y a quatre ans. Formée en Australie, elle est aussi une « Death Doula ».

Àla morgue d’Élie & Sons, à Pailles, une petite dame vêtue d’une veste marron se présente comme Danielle Réhaut. Elle a les cheveux blonds ondulés et un sourire chaleureux illumine son visage. Elle nous invite à suivre quelques règles d’hygiène, avant d’entrer dans la chambre froide. Nous enfilons des surchaussures et une blouse blanche.

Danielle Réhaut, en tant que thanatopractrice, est spécialisée dans les soins de conservation, d’hygiène et de présentation des corps des défunts. Elle est originaire de Beau-Bassin et cela fait dix-neuf ans qu’elle pratique ce métier. Elle indique que huit corps peuvent être conservés dans la chambre froide. Elle s’équipe des outils et des équipements dernier cri pour s’adonner à sa tâche.

« Nous célébrons la vie. Nous évitons d’utiliser le terme mort. Nous pensons à tout ce que le défunt laisse derrière lui et ses contributions. De ce fait, nous célébrons sa vie », fait-elle ressortir.

Les différentes étapes

L’embaumeuse énumère ensuite les différentes étapes. La dépouille est récupérée chez la famille ou à l’hôpital et elle est transportée à la morgue. Puis, elle est enveloppée dans un modesty cloth. Le corps est stérilisé, puis embaumé.

« L’embaumement est une technique de préservation pour retarder les signes de décomposition. Certaines familles optent pour un embaumement qui peut durer pendant toute la veillée mortuaire et d’autres pour des jours, des mois, voire des années », explique-t-elle. Elle fait ressortir que toutes les procédures sont faites dans le respect des coutumes et des rituels. Il lui arrive de parler aux défunts sur la table de préparation.

Elle travaille sur plusieurs types de corps – mort naturelle ou en état de décomposition avancée. La professionnelle commence par une incision sur la clavicule. Une machine est ensuite utilisée pour drainer le sang, avant d’introduire le liquide d’embaumement par la veine jugulaire.

Le liquide d’embaumement est un mélange de formaldéhyde, d’eau et d’autres produits chimiques. Il existe deux types d’embaumement : artérielle et partielle.

« Le service d’embaumement se pratique 24/7. Il y a donc trois rotations par jour. Chacune est composée d’une équipe de quatre personnes. Des tâches spécifiques sont attribuées à chacune. Bientôt, nous accueillerons un embaumeur de la Belgique », indique-t-elle.

La préparation se termine avec le Mortuary Makeup - maquillage, brushing, coloration, entretien de la barbe ou de la moustache. Une des membres de l’équipe est aussi spécialisée dans les diverses manières de draper le sari sur la dépouille.

Danielle Réhaut travaille tous les jours, de 9 heures à 16 h 30. Elle se charge également de la reconstruction faciale. Elle utilise de la cire et se concentre sur les zones du visage à sculpter. Elle est aussi certifiée directrice funèbre et Death Doula. « Le rôle de la “Death Doula” est d’accompagner une personne malade jusqu’à sa mort. Nous préparons également la famille à accepter ce départ », ajoute-t-elle.

danielle
Danielle Réhaut pratique ce métier depuis dix-neuf ans.

Elle relate que travailler dans le milieu mortuaire a été un souhait. « Le déclic est venu quand j’avais dix ans. Une de mes tantes est décédée. Elle était très belle. Pendant la veillée mortuaire, son corps commençait à se décomposer. Une odeur désagréable en émanait également. Depuis, je me suis dit que je veux aider les familles à garder une bonne image des défunts, avant de leur faire un dernier adieu », raconte-t-elle.

Parcours

Après sa scolarité au collège Lorette de Quatre-Bornes, elle s’essaye à la coiffure. Elle se marie à l’âge de 21 ans. En 1971, son époux et elle décident de mettre le cap sur Australie en quête d’un avenir meilleur. Leurs deux filles y voient le jour. Danielle exerce comme technicienne dans un hôpital pendant trois ans. Puis, elle se met à donner un coup de main sur l’autopsie pratiquée sur les bébés mort-nés.

Entre-temps, elle suit des formations pour se perfectionner et s’intéresse à d’autres branches de la médecine. Elle devient Mortuary Technician. Elle se souvient du décès d’une fille de quatre ans. « Elle était malade. On l’appelait affectueusement “My Little Sunshine”. Elle aimait les doughnuts et dessiner. Elle est restée à la morgue pendant plusieurs jours, afin que les parents puissent se préparer à son départ. Nous avons lâché des papillons pour ses obsèques. Le papillon symbolise une courte vie et il est utilisé pour les enfants qui nous quittent trop tôt », fait-elle observer.

Cœur solide et passion

Pour faire ce métier, elle a un cœur solide et carbure à la passion. « Ce métier passe en priorité, car il nous faut être présents à tout moment. La famille est reléguée au second plan. Certains défunts avaient l’âge de mes enfants. Quand nous sommes mamans, il est difficile de préparer la dépouille d’un enfant », livre-t-elle.

Elle confie qu’il y a quatre ans, elle a embaumé son époux. « C’était dur, mais j’ai tenu à le faire ». Elle ajoute qu’elle a été touchée par de nombreux cas. Elle note toutefois que peu de Mauriciens s’intéressent au métier d’embaumeur. « Beaucoup de personnes ont peur de la mort, mais cette étape fait partie de la vie. Je suis disposée à donner des formations et à partager mon savoir-faire, ainsi que mon expérience, avec les employés d’Élie & Sons Funeral Directors », poursuit-elle.

Elle est rentrée à Maurice en 2007. Pendant son temps libre, elle aime faire de la pâtisserie et la lecture. Elle préfère les autobiographies. Elle concède que son unique petit-enfant lui manque énormément. « Nous essayons de livrer la dépouille dans les plus brefs délais. Le temps de préparation du corps dépend de son état. Il y a également des règles à respecter, quand le défunt est transporté chez lui. Nos véhicules doivent rouler 10 km/h de moins que la limite de vitesse autorisée sur les routes. Il faut aussi éviter les secousses. » Elle conseille d’apprécier chaque moment de la vie, car selon elle, chaque jour est un bonus.

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