Interview

Daniel Saramandif, président de l’ATP : «Il faut être plus agressif dans notre stratégie de marketing»

Daniel Saramandif

Le président de l’Association of Tourism Professionnals évoque les perspectives du secteur touristique en 2019. Il propose des mesures pour booster les arrivées touristiques.

Quel bilan faites-vous du secteur touristique en 2018 ?
De manière générale, le secteur s’est bien comporté, avec un nombre satisfaisant d’arrivées touristiques, notamment d’Europe, de pays comme la France et l’Allemagne. Toutefois, le problème réside au niveau des arrivées de Chine et de La Réunion.

Qu’est-ce qui cause la baisse des arrivées sur ces deux marchés ?
Concernant l’île sœur, le nombre de compagnies proposant des vols directs pour La Réunion a augmenté de manière significative. Cela n’améliore pas notre situation, sachant que les billets entre Maurice et La Réunion sont relativement chers. Les Réunionnais se tournent donc vers d’autres destinations plus profitables pour eux.

Pour le marché chinois, il faut revoir notre stratégie de marketing et de communication et le service proposé. La baisse du nombre de touristes chinois ne date pas d’hier, mais de 2014/2015. Le problème : Maurice n’a pas de services adaptés pour accueillir la clientèle chinoise qui a des demandes et besoins spécifiques, qui ne sont pas ceux des Européens. Tant au niveau du ministère du Tourisme qu’à celui des hôteliers, il faut repenser nos stratégies pour reconquérir ces touristes d’orient.

Comment prévoyez-vous l’évolution du secteur en 2019 ?
D’après les prévisions, les arrivées touristiques connaîtront une hausse cette année. Personnellement, je suis sceptique. Maurice est une destination fragile, qui met toujours à l’avant-plan le soleil et la mer. Face à la concurrence mondiale, une telle représentation de Maurice ne suffit plus. Nous devons être plus agressifs dans notre approche de communication et de marketing et promouvoir Maurice autrement.

Il ne faut pas se leurrer. D’année en année, le secteur perd dans la qualité du service et de l’accueil. Certes, nous avons de très bons éléments formés dans le pays, mais ils cherchent du travail auprès d’institutions internationales, et restent rarement à Maurice. Dans nos grands hôtels, les divers postes de serveurs et autres sont occupés par des expatriés. Ces étrangers n’ont pas le même niveau que les Mauriciens, ce qui explique une baisse drastique du niveau du service. C’est navrant, car nous projetons de Maurice une image de destination de qualité.

Que faut-il faire pour inciter ces jeunes à travailler à Maurice ?
C’est l’un de nos défis. La solution est pourtant simple : augmenter le salaire des employés et leur donner des incentives. Les personnes qui travaillent dur méritent d’être dûment payées. Je reste pessimiste quand il s’agit de jeunes talents qui cherchent les opportunités ailleurs.

Outre les jeunes talents qui s’expatrient, quels sont les défis du secteur pour 2019 ?
Il faut revoir les stratégies qui inciteront les touristes à sortir de l’hôtel et à dépenser à travers l’île. Les visiteurs dépensent de moins en moins, cela représente un manque à gagner pour le pays. Plusieurs facteurs y contribuent : ils ont peur d’acheter, de se faire arnaquer ; le nightlife à Maurice est quasi inexistant. Les boutiques et autres activités s’éteignent dès 17 heures, au-delà c’est mort. Quant aux pubs, ils ont des contraintes par rapport au tapage nocturne. Il faut savoir que dans les îles des Caraïbes, la plupart des activités ont lieu le soir, dégageant des chiffres d’affaires énormes.