Mise à jour: 25 janvier 2026 à 17:30

Cyclones : Février s’annonce sous haute tension

Par Jean-Marie St Cyr
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Les modèles de Météo France indiquent un potentiel de formation de plusieurs systèmes cycloniques dans la région.

La fin janvier s’annonce pluvieuse, avec un risque accru de cyclogenèse rapide près des zones habitées. Les experts redoutent la formation simultanée de trois systèmes dans l’océan Indien début février, laissant peu de temps aux populations pour se préparer.

La convergence est rare entre les services météorologiques officiels et les prévisionnistes amateurs sur les réseaux sociaux. Pourtant, tous s’accordent : la fin janvier sera pluvieuse à Maurice. D’ailleurs, les Mauritius Meteorological Services (MMS) annoncent de la pluie à partir du mardi 27 janvier dans leurs prévisions probabilistiques.

Mais c’est surtout la rapidité avec laquelle les systèmes pourraient se développer qui préoccupe. Deux zones suspectes sont actuellement surveillées par Météo-France Réunion : l’une dans le Canal du Mozambique, l’autre au nord-est de Madagascar, presque au nord de Maurice. Météo-France Réunion évoque le probable démarrage d’une nouvelle séquence cyclonique aux alentours des terres habitées fin janvier.

« Les conditions atmosphériques restent particulièrement propices à la cyclogenèse sur le centre du Canal de Mozambique, et dans une moindre mesure au nord des Grandes Mascareignes », souligne le service météorologique. Ces zones sont soumises à un risque accru d’influence, voire d’impact d’un système dépressionnaire tropical au cours des deux prochaines semaines.

« Le système qui m’inquiète le plus, c’est celui qui est en train de se former au nord-est de Madagascar, car les modèles indiquent qu’il va peut-être se développer en un système beaucoup plus organisé dans les jours à venir », explique Vassen Kauppaymuthoo, océanographe et ingénieur en environnement. Parmi les scénarios évoqués figure la possibilité d’un développement rapide dans les parages d’Agaléga.

La localisation change radicalement la donne. Contrairement aux systèmes traditionnels qui prennent plusieurs jours avant de s’approcher de la région, un cyclone se formant aux portes de Maurice laisserait très peu de temps aux services météorologiques pour lancer les alertes et à la population pour se préparer. « Maurice va se situer dans la zone où un système se forme et se développe », prévient l’océanographe. 

Un scénario d’autant plus préoccupant que les modèles actuels manquent encore de précision en raison de l’échéance lointaine. Cependant, parmi tous les modèles de prévisions numériques, l’un indique la formation d’un cyclone dans les jours à venir entre Maurice et Madagascar.

La situation pourrait s’aggraver début février. « Il est possible que nous soyons confrontés à trois systèmes évoluant en même temps dans l’océan Indien », anticipe Vassen Kauppaymuthoo. Une cyclogenèse particulièrement active qui illustre, selon lui, l’influence du changement climatique sur la formation d’un plus grand nombre de systèmes, potentiellement plus forts, apportant davantage de pluie avec une atmosphère plus humide et générant des vents plus violents.

Le phénomène s’accompagne d’une autre tendance alarmante : l’intensification explosive des cyclones, qui peuvent désormais passer de catégorie 1 à 5 en 24 heures, comme ce fut le cas pour Otis en 2023 et Grâce en 2021 au Mexique. « Le mois de février, qui est le mois des cyclones, selon les statistiques, risque d’être un mois très actif pour nous », prévient l’océanographe.

Un océan Indien anormalement chaud

Cette activité cyclonique s’explique par des conditions océaniques exceptionnellement favorables. Les systèmes dépressionnaires se développent aussi bien dans le Canal du Mozambique qu’à l’est de Madagascar, empruntant une trajectoire atypique d’ouest en est, loin de la zone de l’équateur. Le bassin sud-ouest de l’océan Indien présente actuellement une température de l’eau de mer supérieure à 26 degrés Celsius sur plus de 60 mètres de profondeur.

« La zone des Mascareignes est beaucoup plus chaude et par rapport au changement climatique, elle a accumulé beaucoup de chaleur, donc d’énergie, et va libérer cette chaleur sous forme de cyclone », analyse Vassen Kauppaymuthoo. Cette situation peut également découler du dipôle de l’océan Indien, qui fait que la partie ouest de la région est plus chaude que la partie est.

Les services météorologiques de Maurice avaient prévu pour l’été 2025-2026 la formation de onze à treize tempêtes nommées dans le bassin du Sud-Ouest de l’océan Indien. Cinq ont déjà été baptisées. La prochaine portera le nom de Fytia. Cependant, les tempêtes nommées n’affecteront pas nécessairement de manière directe les îles de Maurice, Rodrigues, Agalega et Saint-Brandon, comme ce fut le cas pour Dudzai qui est venu de la zone australienne. En dépit de l’avertissement cyclonique de Classe III, cette tempête tropicale est restée suffisamment loin de Rodrigues pour ne pas causer de dégâts.

Mais même sans impact direct du vent, les fortes houles générées par les cyclones tropicaux évoluant à proximité des îles peuvent affecter leurs côtes, prévient la station météo. Les cyclones passant très près des îles peuvent également provoquer des ondes de tempête, représentant un risque supplémentaire pour les zones côtières.

Selon Vassen Kauppaymuthoo, le changement dans les courants marins constitue une menace supplémentaire à plus long terme. L’Amoc, l’ensemble de courants océaniques qui comprend notamment le Gulf Stream, pourrait ralentir, voire s’arrêter en raison de la fonte rapide des glaciers du Groenland qui abaisse la salinité des eaux de surface. « Si le ‘tapis roulant’ des courants s’arrête, la distribution de chaleur à travers les océans s’arrêtera, ce qui engendrera une catastrophe planétaire. Dans les zones chaudes il fera plus chaud et dans les zones froides il fera plus froid », avertit l’océanographe.

Une population insuffisamment préparée

Face à ces menaces, Vassen Kauppaymuthoo plaide pour des moyens plus rapides de communiquer les alertes météorologiques. « Par rapport à la gestion des catastrophes naturelles, il faut voir vite, agir vite et réagir vite », insiste-t-il. L’océanographe recommande une consultation régulière des données, des équipements d’observation en ordre, un radar bien calibré et une bonne coordination entre les diverses instances.

Il met également en garde contre une dépendance excessive aux modèles de prévisions numériques et à l’intelligence artificielle, appelant les scientifiques à privilégier leur expérience et les précautions, même si cela peut avoir des impacts économiques sur le pays.

Mais c’est surtout l’impré-paration de la population qui inquiète. « La majorité des moins de 25 à 30 ans n’ayant pas connu de véritable cyclone, comme Dina en janvier 2002 et particulièrement Hollanda en février 1994, l’impact risque d’être terrible tant sur les infrastructures, la population et l’économie », avertit l’océanographe. Selon lui, il n’y a pas plus dangereux que celui qui se croit à l’abri et qui ignore le danger en pensant que cela n’arrivera pas. Mieux vaut être préparé qu’être pris de court afin d’éviter davantage de dégâts.

L’océanographe estime qu’il serait souhaitable de mener des campagnes de prévention durant cette période pour informer la population des précautions à prendre en cas d’alerte. « L’éducation et la sensibilisation sont la clé d’une résilience par rapport au changement climatique », conclut-il.

Attention aux prévisions hâtives des sites amateurs

Les commentaires vont bon train parmi les météorologues amateurs. Chacun y va avec son lot de prévisions, tout en égratignant parfois les autres. Cette petite guéguerre n’est certainement pas à prendre au sérieux, mais il est néanmoins bon de se référer aux prévisions des Mauritius Meteorological Services (MMS), le seul organisme habilité à lancer les alertes concernant les catastrophes naturelles. Les sites amateurs, quant à eux, ne font que donner des avis, à chacun de les consulter à sa guise.

Un observateur météo-rologique met cependant les pendules à l’heure et fait remarquer qu’il ne faut pas trop se fier aux prévisions des modèles numériques. « En raison de la comparaison entre ce que ces modèles avaient prévu pour Dudzai, on peut remarquer que le système est passé bien plus loin de Rodrigues que certaines prévisions faites par des météorologues amateurs », explique-t-il.

Ainsi, notre interlocuteur souligne qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives en ce qui concerne les prévisions numériques, surtout lorsqu’elles portent sur le long terme, et qu’il s’agit avant tout de « prévisions ». Les modèles actuels indiquent la possibilité du développement de plusieurs systèmes dans le bassin sud-ouest de l’océan Indien. « Nous devons attendre que les systèmes se développent. Ce n’est qu’à ce moment qu’il sera pertinent de les suivre et de prévoir leur trajectoire », dit-il.

L’observateur fait ressortir que le potentiel de formation de plusieurs systèmes existe, mais il est encore trop tôt pour déterminer exactement où et quelle trajectoire ils prendront. Il explique également que ce n’est pas anormal que des systèmes se forment près de notre région ou des terres habitées. Il ajoute que les systèmes qui se forment dans la région d’Agaléga et qui viennent ensuite vers Maurice apportent souvent d’importantes précipitations.

Notre interlocuteur prévient aussi que la plupart des systèmes formés actuellement deviennent rapidement intenses en raison du changement climatique, ce qui n’était pas le cas auparavant. Selon lui, cette situation s’explique par l’existence d’une énorme quantité d’énergie dans l’océan et dans l’atmosphère.

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