Produire un mètre cube d’eau coûte Rs 24, mais il est vendu à Rs 14. Le gouvernement prépare une réforme tarifaire qui devrait épargner les ménages tout en sollicitant davantage les entreprises et les secteurs commerciaux. Le réseau est vieillissant, il y a des pertes records et les aléas climatiques fragilisent cette ressource.
Le débat sur le prix de l’eau est désormais lancé. Lors de son intervention dans le cadre des débats budgétaires la semaine dernière, le ministre des Utilités publiques, Patrick Assirvaden, a annoncé que le gouvernement travaillait sur une révision de l’équation tarifaire appliquée par la Central Water Authority (CWA). Selon lui, le coût réel de production ne correspond plus aux tarifs actuellement pratiqués. Et cette situation fragilise les finances de l’organisme et justifie une réflexion sur un nouveau modèle.
« Chaque mètre cube d’eau produit revient à Rs 24 alors qu’il est vendu à Rs 14 », a déclaré le ministre devant l’Assemblée nationale. Pour Patrick Assirvaden, cet écart de Rs 10 par mètre cube ne permet plus à la CWA d’assurer durablement ses missions, alors que les coûts d’exploitation n’ont cessé d’augmenter.
Le ministre a toutefois rassuré la population en indiquant que cette réflexion ne viserait pas les abonnés résidentiels. « Il y aura des tarifs commercial, résidentiel et industriel », a-t-il indiqué. Il a laissé entendre que les principaux ajustements concerneraient les gros consommateurs, notamment les secteurs commercial et industriel.
Cette annonce marque un tournant dans la politique tarifaire de la CWA. La dernière révision des tarifs remonte à 2012. Depuis, les dépenses liées à la production, au traitement et à la distribution de l’eau ont fortement progressé, alors que les revenus de l’organisme sont demeurés pratiquement inchangés.
La facture d’eau des ménages ne devrait donc pas augmenter. En revanche, les entreprises et les établissements commerciaux pourraient bientôt être appelés à contribuer davantage. C’est ce que confirment les informations obtenues auprès de la Central Water Authority, qui travaille actuellement sur les modalités de cette réforme.
Derrière cette révision tarifaire se cache toutefois une problématique plus vaste. Au-delà du déséquilibre financier de la CWA, Maurice doit composer avec un réseau de distribution vieillissant, des pertes estimées à 62 % de l’eau produite. De plus, la pression est grandissante sur les ressources hydriques, dans un contexte de précipitations déficitaires et de changement climatique. La réforme engagée par le gouvernement ne répond donc pas uniquement à une logique comptable. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir de la gestion de l’eau dans le pays.
Révision ciblée
Le directeur général de la CWA, Shiam Thannoo, confirme cette orientation. Selon lui, les travaux portent exclusivement sur les catégories commerciale et industrielle. « Les nouvelles modalités concernent les entreprises et les commerces. Les résidences ne sont pas concernées. »
Cette réforme constituerait la première révision tarifaire depuis 2012. En treize ans, les coûts d’exploitation ont considérablement augmenté, alors que les revenus de l’organisme sont restés pratiquement inchangés. « Ce réajustement se fait en consultation avec le conseil d’administration. Les modalités ne sont pas encore établies, mais une annonce devrait intervenir dans les prochains jours », explique Shiam Thannoo.
Pour la CWA, il ne s’agit pas simplement d’équilibrer ses comptes, mais de garantir la continuité d’un service essentiel. Produire de l’eau potable mobilise aujourd’hui des moyens techniques de plus en plus importants. Il y a une évolution de la production elle-même. Désormais, près de 50 % de l’eau distribuée à Maurice provient des forages (boreholes). « Nous devons travailler sur une nouvelle formule », indique le directeur général de la CWA.
Ressource fragile
Les précipitations enregistrées ces dernières années sont en baisse et les projections laissent entrevoir des pluies déficitaires pour les prochaines saisons. Cette évolution se traduit directement par une diminution du niveau des réservoirs, qui peinent à retrouver leur capacité optimale. Dans le même temps, la demande en eau continue de progresser sous l’effet de la croissance démographique, du développement économique et des besoins du secteur touristique.
Pour compenser cette baisse des réserves de surface, la CWA s’appuie davantage sur les nappes souterraines, dont l’exploitation nécessite des investissements supplémentaires.
À cette pression sur la ressource s’ajoute un problème structurel : les pertes sur le réseau de distribution. Selon les chiffres communiqués par le ministère des Utilités publiques, près de 62 % de l’eau produite est perdue avant d’arriver chez les consommateurs, principalement à cause des fuites sur un réseau vieillissant.
La CWA gère aujourd’hui environ 5 300 km de conduites, dont près de 1 500 km ont dépassé les cinquante années d’utilisation. Leur remplacement représente un investissement colossal, mais devenu indispensable pour améliorer le rendement du réseau et limiter les pertes. C’est dans cette optique que le gouvernement entend accélérer le Pipe Replacement Programme et lancer, avant la fin de l’année, les travaux du barrage de Rivière-des-Anguilles.
Réforme inévitable
Pour l’ancien président de la CWA, Prem Saddul, la réforme ne doit pas être uniquement financière. Elle doit aussi encourager une utilisation plus responsable de l’eau. « À Maurice, nous consommons en moyenne 170 litres d’eau par habitant et par jour. À Singapour, cette consommation est d’environ 140 litres. Nous devons responsabiliser les consommateurs et mettre en place des mesures économiquement viables. »
Le débat dépasse largement la seule question d’une éventuelle hausse des tarifs.
Maurice parmi les pays où l’eau reste la plus abordable
Si les comparaisons internationales doivent être interprétées avec prudence, les modes de tarification variant d’un pays à l’autre selon les taxes, les subventions et les coûts d’exploitation. Mais elles permettent de situer Maurice. Avec un tarif de Rs 14 par mètre cube pour les catégories concernées, la CWA applique un prix nettement inférieur à celui observé dans plusieurs pays. Par exemple, en France, le prix moyen de l’eau potable et de l’assainissement s’établit autour de 4,30 euros (environ Rs 220) par mètre cube, tandis qu’aux Pays-Bas, le prix de l’eau potable est d’environ 1,22 euro (près de Rs 63) par mètre cube, auquel s’ajoutent toutefois des redevances fixes et des taxes.





