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Cueilleurs de thé : immersion dans un métier en danger

Cueilleurs de thé

Il a été cultivé, récolté, échangé et siroté pendant des siècles. Le thé reste aujourd’hui la deuxième boisson la plus consommée après l’eau. Cependant, avant d’arriver dans notre tasse, un travail harassant et méticuleux  se fait en coulisse.

Dans les champs de thé à Bois Chéri, qui fait partie du domaine de Saint Aubin, des cueilleurs sont à la tâche chaque matin. Ils y travaillent 5 jours sur 7, en période de haute saison, soit en été qui s’étend du mois d’octobre à mars, ou pendant deux jours seulement en période de basse saison, soit en hiver qui s’étend du mois d’avril à septembre. Chaque cueilleur s’occupe d’une parcelle, qu’il exploite durant toute son activité. En hiver, quand il y a moins de pousses, les cueilleurs en profitent pour nettoyer leur parcelle, faire le tri et préparer les plantes pour l’été, qui est la période la plus fructueuse.

Après la cueillette du jour, les cueilleurs ramènent au pesage leurs baluchons. Leur pesée, qui s’accumule au fil du mois, déterminera leur salaire. Les cueilleurs reçoivent Rs 11 pour chaque kilo de feuilles cueillies. Il est à noter que ce sont uniquement les deux dernières feuilles et le bourgeon qui sont cueillis car les feuilles les plus jeunes sont de meilleure qualité. 

Actuellement, ils sont un peu plus d’une centaine à cueillir le thé sur plus de 150 arpents de terre. Ceux qui y travaillent sont là depuis plus de 60 ans. Au fil des années, ce métier a permis à plus de 2 000 familles de subvenir à leurs besoins. Aujourd’hui encore, ces familles vivent du thé. Grâce à ce métier, les cueilleurs de thé ont pu financer la  construction de leur maison, scolariser leurs enfants ou encore les marier.

Malheureusement, ce métier est, aujourd’hui, en voie de disparition. Beaucoup de parcelles ont été abandonnées en raison d’un manque de cueilleurs.  En effet, la mécanisation est compliquée à certains endroits, en raison des pentes, et les cueillettes à la main s’avèrent obligatoires pour les feuilles abîmées.


Indrawtee : « Je suis fière de mon métier »

indrawtee« Je ne sais rien faire d’autre que ce métier et cela fait plus de 53 ans que je m’occupe de cette parcelle.» C’est la phrase énoncée par Indrawtee Gopeesing, 70 ans. Cette mère de famille cueille les feuilles de thé depuis l’âge de 17 ans. Grâce à ce métier, elle a pu subvenir aux besoins de sa famille. Son époux travaillait également à ses côtés. Malheureusement, ce dernier est décédé il y a un peu plus d’un an.

Pendant la haute saison, Indrawtee commence à travailler à 5 heures du matin. Elle cueillera environ 50 kilos de feuilles. C’est ainsi qu’elle a pu subvenir aux besoins de toute sa famille. « Grâce à ce métier, j’ai pu élever mes six enfants, faire construire ma maison et marier mes enfants. C’est dommage qu’aujourd’hui les jeunes ne veulent plus reprendre le flambeau », fait ressortir cette mère de famille. « Je ne connaissais rien à ce métier,  j’ai tout appris sur le tas. Mais j’ai appris à aimer ce métier. Je n’ai jamais, pas une seule seconde de ma vie, pensé à faire autre chose », tient à préciser notre interlocutrice.  


Sulima : «Mon premier et dernier métier»

Agé de 74 ans, Sulima Caderbuksh n’a connu que les feuilles de thé dans sa vie professionnelle. Cela fait 54 ans depuis qu’il a mis les pieds dans la plantation. Depuis, il n’en est plus reparti. « C’est le métier que j’ai fait toute ma vie. Vu mon âge, ce sera certainement le dernier aussi », nous confie ce père de famille avec un sourire aux lèvres. « En même temps j’adore ce que je fais. Je ne connais que cela et je le fais toujours avec plaisir », rajoute cet habitant de Grand-Bois. Ces feuilles valent de l’or pour cet homme aujourd’hui aux cheveux blancs. Cela l’a permis à élever ses quatre enfants qui ont, aujourd’hui, réussi professionellement, dit-il avec une certaine fierté.

Jadis, Sulima s’occupait d’un arpent de plantation. Vu son âge avancé, ce dernier s’occupe aujourd’hui que de trois quarts de la parcelle. « Je suis vieux aujourd’hui  et je ne peux plus travailler comme auparavant. Je gagne moins, c’est sûr, mais vu mon âge, je ne peux faire davantage », regrette le cueilleur.

Par ailleurs, Sulima constate que « de nos jours, les jeunes sont souvent impatients et veulent gagner beaucoup d’argent tout de suite. De ce fait, la cueillette de thé ne les intéresse pas. Ils estiment que ce n’est pas un métier rentable pour eux. En revanche, comme tout le monde ici, nous vivons depuis toujours de ces feuilles. Nos enfants n’ont jamais manqué de rien. C’est un métier comme tous les autres. D’ailleurs, sans nous les cueilleurs de thé, comment auriez-vous pu siroter du bon thé tous les jours ? », lâche Sulima.


Le thé : l’or vert

La cueillette est la première étape du processus de fabrication du thé. Cette étape est fondamentale pour obtenir du thé de qualité. C’est un travail minutieux qui est encore largement effectué à la main. Cela nécessite beaucoup d’expérience. De surcroît, la récolte manuelle est encore privilégiée en raison de différents facteurs : la qualité souhaitée, le relief du terrain de culture qui est le plus souvent pentu et le faible coût de la main-d’œuvre. La cueillette représente à elle-seule près de la moitié du coût de revient du thé.

La cueillette se fait à mains nues, en cueillant le bourgeon et les feuilles, ce qu’on appelle le shoot. Plus la feuille est jeune, meilleur sera la saveur du thé. Les feuilles qui sont cueillies sont celles qui sont encore enroulées. Selon la technique, les cueilleurs de thé choisissent seulement les trois premières feuilles, puisque les autres ont déjà perdu en saveur.  Si les autres feuilles sont utilisées, l’on obtient alors du thé de qualité inférieure. Par ailleurs, les feuilles sont toujours cueillies avec la tige, jamais individuellement.