Alors que 2025 touche à sa fin, les derniers chiffres confirment une croissance modérée. Pourtant, des économistes pointent toujours le décalage entre les performances nationales et la réalité quotidienne des ménages.
Les dernières projections publiées par Statistics Mauritius placent la croissance du produit intérieur brut (PIB) aux prix du marché à 3,1 % en 2025. Ce rythme reste inférieur à la progression de 4,9 % enregistrée en 2024, mais il confirme le maintien d’une dynamique économique modérée. La valeur ajoutée brute (VAB) aux prix de base devrait également évoluer de 3,1 %. Hors secteur sucrier, le taux atteindrait 3,2 %.
Plusieurs secteurs soutiendraient cette performance. Les activités financières et d’assurance contribueraient pour 0,6 point de pourcentage, tandis que le commerce de gros et de détail, la réparation de véhicules ainsi que l’agriculture, la sylviculture et la pêche apporteraient chacun 0,4 point. Le transport et l’entreposage complèteraient la liste avec 0,3 point.
En valeur nominale, la VAB aux prix de base devrait atteindre Rs 636,2 milliards, contre Rs 599 milliards en 2024, soit une progression de 6,2 %. En termes réels, l’augmentation prévue reste de 3,1 %, alors qu’elle était de 4,7 % l’an dernier. Parallèlement, les taxes sur les produits – nettes des subventions – fournies par le ministère des Finances devraient augmenter de 12,1 %, pour atteindre environ Rs 105,7 milliards.
Ainsi, le PIB aux prix courants atteindrait Rs 741,9 milliards, en hausse de 7 %. Après neutralisation de l’effet prix estimé à 3,7 %, la croissance réelle se stabiliserait à 3,1 %. Quant au PIB par habitant, il progresserait nominalement de 7,2 %, pour atteindre Rs 596 496. En termes réels, la hausse serait de 3,3 %.
La situation actuelle pèse davantage sur les ménages. Aujourd’hui, les ménages ont moins d’argent tandis que les prix ont davantage augmenté».
Ces performances économiques contrastent, toutefois, avec le ressenti d’une grande partie de la population. L’économiste Sudesh Lallchand estime que « la température au sein de la population reflète la performance économique d’un pays ». Selon lui, de nombreux Mauriciens expriment leur insatisfaction dans les médias, dans la rue et sur les réseaux sociaux. « La majorité, soit environ 75 %, appartient à la classe moyenne. Ce sont des salariés qui utilisent une grande partie de leur revenu pour consommer et rembourser leurs dettes », souligne-t-il.
Sudesh Lallchand reconnaît que l’économie a progressé par rapport au précédent régime, mais il note que la situation actuelle pèse davantage sur les ménages. « L’ancien gouvernement s’endettait, mais accordait des allocations. Aujourd’hui, les ménages ont moins d’argent tandis que les prix ont davantage augmenté. Le contrôle des prix est important, et le ministre du Commerce a déçu sur ce point », fait-il ressortir.
Pour sa part, l’économiste Sanjay Matadeen met l’accent sur les secteurs porteurs susceptibles de renforcer la croissance. Il cite d’abord la biotechnologie, avec la création du Mauritius Institute of Biotechnology. « Ce secteur peut contribuer à la croissance, mais il faut accélérer les infrastructures et favoriser l’importation de talents pour former les Mauriciens », explique-t-il.
Il estime également que les initiatives prises dans l’enseignement supérieur, en collaboration avec des universités de renom, peuvent faire de Maurice une plateforme africaine. Sanjay Matadeen évoque aussi le potentiel du tourisme médical. De nouvelles cliniques émergent, mais un cadre légal et un régulateur sont nécessaires, selon lui, afin de réduire l’écart entre les services publics et privés. Enfin, il encourage un développement accru du secteur des énergies renouvelables.
En somme, les chiffres traduisent une progression, mais les perspectives restent liées à la capacité du pays à soutenir le pouvoir d’achat et à diversifier ses moteurs de croissance.
Croissance : une reprise inégale qui interroge les économistes
L’économie mauricienne a progressé de 3,6 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2025, soutenue principalement par les « activités financières et d’assurance » et par la reprise des « activités d’hébergement et de restauration ». Après un début d’année marqué par une baisse des arrivées touristiques, le secteur a connu un rebond qui a dynamisé la consommation des ménages, moteur central de la croissance au cours de la période.
Cette progression reste, toutefois, atténuée par les reculs enregistrés dans la construction et l’administration publique. Dans ses prévisions actualisées, la Banque de Maurice estime désormais que la croissance du PIB réel atteindra 3,1 % en 2025, soit une légère révision par rapport à ses projections d’août. Le nombre de visiteurs étrangers devrait s’élever à environ 1,425 million, générant quelque Rs 100 milliards de recettes touristiques. Pour 2026, la Banque table sur une croissance de 3 %, tout en mentionnant des risques baissiers liés à l’environnement international et à la performance des secteurs locaux en difficulté.
Selon Sudesh Lallchand, les prévisions actuelles s’inscrivent dans la fourchette attendue : « Il y a consensus sur le fait que la croissance en 2025 oscillera entre 3 et 3,5 %. Ceci dit, pour progresser économiquement, Maurice doit aspirer plus qu’un taux de 3,5 %. Il faut une croissance supérieure à 6 % pour le pays en voie de développement que nous sommes ». D’après lui, seule une croissance dépassant 5 à 6 % durant plusieurs années successives permettrait au pays de consolider son développement économique.
Sanjay Matadeen partage ce constat : « Le pays stagne à 3,2 %, un taux de croissance faible. Il faut viser 5 %. Le budget 2025-26 renferme des piliers complexes qui demanderont du temps, du savoir-faire et de l’expertise ». Il estime nécessaire d’attirer des investisseurs étrangers dans les nouveaux secteurs identifiés, à condition de clarifier le cadre législatif et les incitations prévues. « Sans cadre défini, il sera difficile d’attirer les investisseurs. Les agences gouvernementales devront suivre avec des actions de promotion adaptées », indique-t-il.
Inflation : une accalmie statistique qui contraste avec le vécu des ménages
La Banque de Maurice prévoit désormais une inflation de 3,7 % pour 2025, contre 4 % dans ses précédentes estimations. Cette révision repose sur plusieurs facteurs soit la stabilisation des prix mondiaux des matières premières, le ralentissement de l’inflation chez les partenaires commerciaux, les subventions gouvernementales sur divers produits de base et baisse des prix du pétrole. Pour 2026, l’institution monétaire anticipe un taux de 3,6 %, tout en rappelant que les risques externes demeurent présents.
Cependant, cette lecture officielle est loin de faire consensus parmi les économistes. Sudesh Lallchand estime que la réalité vécue par les ménages diverge nettement des chiffres publiés. « Les prix dans les supermarchés reflètent la cherté de la vie. Les gens cherchent constamment des promotions et se tournent vers des produits alternatifs moins coûteux », observe-t-il.
Selon lui, cette adaptation forcée influence l’ensemble de la dynamique économique. Il remet en question la pertinence du panier utilisé pour mesurer l’inflation : « Un taux de 3,5 % est loin de la réalité. Le panier ne reflète pas le vrai coût dépensé par les ménages. L’inflation réelle est en double chiffre ».
Sanjay Matadeen adopte une position plus nuancée. « Le taux est en baisse et va se stabiliser entre 3,5 % et 4 %. C’est bon signe », juge-t-il, tout en reconnaissant que les prix continuent de monter, mais à un rythme moins marqué. Il souligne, cependant, que les taux d’intérêt restent élevés, en raison notamment de la faible demande pour la roupie. « La performance des secteurs traditionnels n’est pas au mieux. Il faut augmenter les rentrées de devises. Cela passera par la mise en place des bases des nouveaux secteurs », affirme-t-il.
Dette publique : une trajectoire ascendante qui inquiète modérément
La dette publique mauricienne poursuit sa progression en 2025. Selon les données disponibles, elle est passée de Rs 628 milliards en mars à Rs 654 milliards en septembre. Le ratio dette/PIB a légèrement augmenté, passant de 88,5 % en juin à 89,3 % trois mois plus tard. Cette tendance confirme la difficulté pour l’État de réduire durablement son endettement dans un contexte où les engagements financiers restent conséquents.
Pour l’économiste Sudesh Lallchand, une amélioration rapide reste illusoire. « On ne peut pas changer de façon significative le ratio par rapport au PIB en 12 mois. L’ancien gouvernement a pris des engagements que l’actuel doit honorer, dont plus de Rs 50 milliards en remboursement de capital et d’intérêts », explique-t-il. Selon lui, la marge de manœuvre demeure limitée : « Le mieux que pourra faire le gouvernement est de réduire le ratio de 1 ou 2 %. Il devra aussi respecter ses promesses électorales, ce qui impliquera davantage de dépenses. Il n’y aura pas de renversement spectaculaire. »
Sanjay Matadeen adopte une lecture différente du risque. Il affirme ne pas être préoccupé par le ratio en lui-même, mais par les déséquilibres structurels. « Le déficit budgétaire, la balance des paiements et la rentrée des devises sont les vrais sujets. La dette publique est surtout libellée en roupies, ce qui facilite sa gestion. Les dettes étrangères sont majoritairement de type G-to-G et peuvent être renégociées. » Mais il avertit : « La rentrée des devises est inférieure aux sorties. La roupie risque de poursuivre sa dépréciation ».
Il souligne par ailleurs qu’un environnement économique fragile accentue ces difficultés, notamment avec un marché du travail sous tension, des secteurs traditionnels en perte d’élan et une croissance limitée. Selon lui, seuls des investissements ciblés, un cadre législatif clair et une diversification accélérée — biotechnologie, tourisme médical, énergies renouvelables — permettront d’améliorer durablement les indicateurs macroéconomiques.
En toile de fond, la hausse de la dette reste maîtrisable, mais elle continue d’exiger une discipline budgétaire et une stratégie de croissance plus robuste.
Exportations nettes de biens et services
Les importations de biens et services devraient reculer de 0,4 % en 2025, après avoir enregistré une croissance de 7,3 % en 2024.
- Les exportations de biens et services devraient progresser de 2,1 % en 2025, contre 2,2 % en 2024.
- Les exportations nettes de biens et services entraîneraient un déficit représentant 9 % du PIB aux prix du marché, contre un déficit de 11,2 % enregistré en 2024. Hors avions et navires, le déficit serait de 9 % contre 11 % en 2024.
Emploi : un marché du travail sous tension malgré une légère amélioration des indicateurs
Les derniers chiffres publiés pour le deuxième trimestre 2025 indiquent une progression modérée de l’emploi à Maurice. Le nombre de Mauriciens en emploi est estimé à 550 100, contre 547 600 au premier trimestre et 543 900 à la même période en 2024. Le taux de chômage, lui, est évalué à 5,9 %, en recul léger comparé aux 6,0 % du premier trimestre et aux 6,1 % enregistrés un an plus tôt. Parallèlement, la population hors du marché du travail diminue légèrement pour atteindre 409 800 personnes.
Ces évolutions chiffrées laissent entrevoir un marché de l’emploi relativement stable, mais les économistes estiment que la réalité est plus nuancée. Sanjay Matadeen souligne que la principale difficulté demeure le manque de main-d’œuvre dans plusieurs branches d’activité. « Le pays ne pourra aspirer à une meilleure production sans main-d’œuvre. Le secteur des services, entre autres, fait face à cette pénurie », affirme-t-il. Selon lui, la stagnation apparente du chômage masque d’autres problématiques : « Ce sont surtout les jeunes diplômés qui peinent à trouver un emploi dans leur domaine. Il existe aussi des cas de sous-emploi plus que de chômage réel. »
Sanjay Matadeen ajoute que les difficultés rencontrées par certains travailleurs sont accentuées par des problèmes sociaux, notamment liés à la drogue, qui affectent la productivité. Pour lui, une des pistes pour atténuer ces tensions serait de s’orienter davantage vers une économie à forte intensité de capital, moins dépendante de la main-d’œuvre.
Sudesh Lallchand partage un constat similaire sur la pénurie de travailleurs. « Il y a un vrai paradoxe entre un taux de chômage stable et des secteurs qui manquent de main-d’œuvre. Au rythme actuel, on pourrait se retrouver avec plus de travailleurs étrangers que de Mauriciens », avertit-il. Il estime par ailleurs que les statistiques officielles ne captent pas l’ensemble du chômage effectif et que la priorité du gouvernement devrait être ailleurs : « Ces chiffres devraient être le dernier souci du gouvernement. »
Par ailleurs, malgré une amélioration arithmétique, le marché du travail reste confronté à des déséquilibres structurels qui interrogent la capacité du pays à soutenir une croissance plus dynamique.
Les dépenses de consommation finale des ménages et des administrations publiques
Les dépenses de consommation finale des ménages et des administrations publiques, principale composante des dépenses du PIB, devraient augmenter de 6,6 % pour atteindre Rs 618,4 milliards en 2025, contre Rs 580,2 milliards en 2024. Le taux de croissance réel serait de 2,9 %, soit inférieur aux 3,9 % enregistrés en 2024. Les dépenses de consommation finale des ménages augmenteraient de 3 %, soit moins que les 3,1 % enregistrés en 2024, tandis que celles des administrations publiques devraient augmenter de 2,4 % après une croissance de 7,9 % en 2024.
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