Crise énergétique : la cascade des prix s’annonce
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Defimedia.info
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La hausse de l’énergie ne s’arrêtera pas aux pompes. Électricité, transport, pain… une cascade de prix se profile, alimentée par une crise mondiale dont Maurice subit déjà les premiers effets. En ce jour de décisions cruciales du Conseil des ministres, le pays retient son souffle face à une inflation qui pourrait s’accélérer.
Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, une nouvelle frappe israélienne est venue raviver les tensions dans la région. Résultat : le détroit d’Ormuz, par où transite près de 20 % du pétrole mondial, a de nouveau été fermé. Une situation qui intervient alors même que le prix du baril montrait des signes de stabilisation dans la journée du mercredi 8 avril.
Aujourd’hui, le tarif moyen de l’électricité à Maurice tourne autour de Rs 3,16 à Rs 4,20 par kilowattheure, avec un système progressif qui fait varier la facture selon la consommation. Concrètement, un ménage moyen débourse entre Rs 1 500 et Rs 3 000 par mois, selon son usage.
Dans ce contexte, une hausse de 10 à 15 % des tarifs aurait un impact direct sur le budget des foyers. Une facture de Rs 2 000 passerait ainsi à environ Rs 2 200 avec une hausse de 10 %, et jusqu’à Rs 2 300 avec une augmentation de 15 %. De même, une facture de Rs 3 000 pourrait grimper à Rs 3 300, voire Rs 3 450. Si ces montants peuvent sembler contenus à première vue, leur effet cumulé risque de peser davantage sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier pour les classes moyennes et les foyers les plus vulnérables.
Dans ce contexte de pression sur les tarifs, la question de l’approvisionnement énergétique reste centrale. Selon une source proche du dossier, la hausse envisagée ne devrait pas s’appliquer de manière uniforme. Elle concernerait certaines catégories de consommateurs, tandis que les ménages inscrits sur le registre social pourraient bénéficier de mesures d’accompagnement afin d’atténuer l’impact.
« La hausse est inévitable, certes, mais elle se fera de manière ciblée et proportionnée. Pour l’heure, nous n’avons pas encore tous les détails, mais c’est le Conseil des ministres qui aura le dernier mot », confie cette source.
Selon les dernières estimations, le stock d’huile lourde est actuellement assuré, avec une prochaine livraison attendue entre le 15 et le 18 avril, permettant de maintenir la production électrique dans les semaines à venir. Du côté du carburant, un navire est également attendu à Maurice entre le 17 et le 18 avril, tandis qu’une autre cargaison est prévue pour le mois de juin, comme l’avait indiqué le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen.
Si ces arrivages offrent un certain répit à court terme, ils ne dissipent pas les incertitudes. Négociées dans un contexte de forte volatilité, ces cargaisons arrivent à des coûts nettement plus élevés qu’à l’accoutumée.Au-delà de ces approvisionnements, c’est tout le modèle énergétique du pays qui est aujourd’hui mis à l’épreuve, entre dépendance aux importations et absence d’alternatives suffisamment développées.
Pour l’expert en énergie Sunil Dowarkasing, la situation met en évidence les limites d’un modèle encore largement dépendant des énergies fossiles. Il estime que Maurice paie aujourd’hui le prix d’un retard accumulé dans la transition énergétique.
« Cette dépendance expose directement le pays aux chocs externes et aux fluctuations du marché mondial. Faute d’avoir accéléré le passage vers des sources renouvelables, le pays se retrouve contraint de subir des hausses de coûts qu’il ne maîtrise pas », explique-t-il.
Pour lui, cette crise doit servir de signal d’alerte : sans stratégie claire et décisions rapides, Maurice restera vulnérable à chaque nouvelle perturbation géopolitique.