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Criminalité: l’inquiétante banalisation de la violence

Les officiers du Scene of Crime Office relevant des indices sur les lieux du double meurtre de Camp-de-Masque-Pavé, le vendredi 26 février.
L’horreur de Camp-de-Masque-Pavé est venue mettre en exergue les crimes qui font, ponctuellement, l’actualité. Les coups pleuvent et peuvent même aller jusqu’au meurtre. Comment expliquer cette recrudescence de la violence ? Exutoire facile ? Conséquence logique d’une dégradation des valeurs morales ? Une onde de choc a traversé Camp-de-Masque-Pavé la semaine dernière. Et les superlatifs n’ont pas manqué. Quelques jours plus tard, à Rose-Belle, un homme de 27 ans a eu les poignets sectionnés, sur fond d’aventure extraconjugale. Et il n’y a pas que les affaires de cœur qui ont fait la une des faits divers la semaine dernière. Deux enseignants se sont fait agresser après des prises de bec que d’aucuns qualifieraient de banals.  De tels actes de violence gratuite– très souvent irréfléchis – sont quasi hebdomadaires et peuvent frapper n’importe où, n’importe qui, que ce soit dans le cercle familial ou au travail, parmi des proches ou de parfaits étrangers. Cependant, les jeunes y sont davantage confrontés. « Les Mauriciens sont aujourd’hui violents. C’est un fait », explique Imran Dhannoo, travailleur social, impliqué dans la lutte contre la drogue et la gestion des conflits. Il est d’avis que « les causes en sont multiples » avec, au premier plan, un «déclin des valeurs ». Adarsh Goburdhan, responsable du collectif Men Against Violence, confie qu’il « parle régulièrement à des jeunes qui racontent comment ils sont, tous les jours, confrontés à des actes de violence de tout type ». « Il n’y a qu’à voir comment agissent les Mauriciens au volant, ils sont stressés et c’est clair qu’ils peuvent très vite devenir violents », renchérit Imran Dhannoo. Georges, un policier qui est sur le point de partir à la retraite, ajoute même, désabusé : « On ne peut plus faire confiance à personne. Vous ne pouvez plus vous fier au cercle familial le plus proche, par exemple, pour éviter la violence. Morisien inn vinn violan, mem sovaz ». Rien de très réjouissant. Il explique, en se basant sur sa propre expérience, que si la violence était déjà de mise il y a une vingtaine d’années, elle a pris une forme différente aujourd’hui. « Dans le temps, il y avait un respect pour la police, pour l’ordre. Aujourd’hui, il semble qu’il n’y ait plus de limite ni de valeurs. »

Manque d’éducation

Une absence de valeurs qui viendrait d’un certain manque d’éducation, « non pas sur le plan quantitatif, mais plus qualitatif, soutient Adarsh Goburdhan. Nous éduquons, mais nous ne formons pas. Nous éduquons, mais pas nécessairement dans le meilleur sens. » Mais pour Rajen Suntoo, sociologue et maître de conférences à l’Université de Maurice, « le problème n’est pas que nous n’avons plus de valeurs, mais que nous en avons de nouvelles ». Selon lui, les Mauriciens, plus particulièrement les jeunes, ont été beaucoup confrontés ces dernières années, à des valeurs « importées » notamment à travers la télévision et Internet. « Nous avons donc deux pôles de valeurs qui sont entrés en conflit. » Imran Dhannoo ajoute que cette « hypersusceptibilité » dont souffrent de nombreux Mauriciens vient surtout d’une colère refoulée qui a des « origines aussi économiques ». « Les Mauriciens sont stressés avec les pressions qu’ils subissent dans leur vie moderne de tous les jours, au travail, au sein de la famille », affirme le travailleur social. « La violence et la colère, c’est leur exutoire, leur échappatoire. » Pour Rajen Suntoo, « l’autorité » a une grande responsabilité pour canaliser les différentes formes de violence en agissant, en quelque sorte, comme un modé-rateur. « L’autorité, c’est par exemple les instances religieuses, la famille, l’école ou encore le gouvernement dans son ensemble. » Les parents et les enseignants doivent être plus impliqués et jouer un plus grand rôle, estime Adarsh Goburdhan. Alors que pour le policier George, « il faudrait davantage punir ». Réintroduire la peine de mort ? « Je n’ai pas nécessairement dit cela », précise-t-il, un peu gêné…
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