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Crime passionnel : tuer au nom de l’amour

Cela n’arrive pas qu’aux autres. On a souvent affaire à des gens ordinaires qui, un jour, par pure folie, commettent l’irréparable. Crime excusable diraient certains, crapuleux pour d’autres. Mais ce qui est sûr, c’est que le crime passionnel brise des vies.

«Mon beau-frère menaçait souvent ma soeur. Li ti pe dire li li pou coupe coupe li. Ma soeur a même porté plainte à la police contre lui ».

Nous sommes le 9 juillet 2017.  Un dimanche tout à fait ordinaire à Saint-Remy, Flacq. Sauf que dans la soirée, une femme de 34 ans va trouver la mort. Anju Umawatee-Somrah, mère de quatre enfants, est mortellement poignardée par nul autre que son époux, Sudhir. Le frère de la victime, Shomduth, n’arrive toujours pas à comprendre le motif de cette agression..

« Des voisins ont aidé à enfoncer la porte de la chambre à coucher de ma sœur ce jour-là. Ma maman était aussi là. Quand ils ont pu entrer, mon beau-frère avait immobilisé ma sœur et était en train de l’étrangler. J’ai moi aussi accouru pour venir m’enquérir de la situation. Quand je l’ai vu, je lui ai demandé ce qu’il avait fait et je lui ai aussi dit que ma sœur se démenait pour élever ses enfants. Et là, il m’a répondu que je ne savais pas ce que ma sœur lui avait fait. Je ne comprends toujours pas. »

Pour lui, sa sœur mérite justice. Il réclame la peine maximale pour son beau-frère. « Il avait déjà planifié son coup car, il lui a donné plusieurs coups de couteau. Il ne semble pas avoir agi sous le coup de la colère. Depuis longtemps, il la menaçait. Il est passé à l’acte. »

Le crime passionnel fait souvent la une de la presse locale. Nombre ont certainement vu passer ces titres sans pour autant se formaliser. Pourtant, ces mots ont un sens. On parle d’un crime qui fascine, car il reflète toute la complexité humaine. De l’amour à la folie.

Sam Poongavanon.

Sam Poongavanon est un ancien condamné à mort pour crime passionnel. Incarcéré en 1985, sa peine a ensuite été réduite à 20 ans de prison. Aujourd’hui, c’est en homme libre que Sam se reconstruit. Pour lui, la société doit pouvoir pardonner et accepter tout ex-détenu. « La société doit pardonner l’accusé parce que ce dernier, quand il a été condamné, a déjà payé sa dette envers la société. Toutefois, pour pouvoir réhabiliter cette personne, il faudrait avant tout qu’elle se pardonne elle-même. Et que la société lui pardonne aussi. Ce n’est qu’à ce moment là que cet ex-détenu pourra avancer ».

Construire avec l’autre

Dans un monde parfait, les crimes passionnels n’existeraient pas. Et dans le nôtre, ils peuvent être évités. Il suffit de bien préparer les couples avant le mariage, explique le Père Alex Tetu, responsable des cours en préparation du mariage. « Dans la préparation des couples, je prends en compte le passé des deux conjoints. Quand on parle de crime passionnel, c’est qu’il s’est passé quelque chose dans l’enfance de ces personnes là.

Ce qui fait qu’à un moment donné, quand il faut construire avec l’autre, il y a des manquements dans leur développement affectif. C’est pour cela que dans les cours que je donne, je mets l’accent sur la construction affective d’abord. Ensuite, on aborde la sexualité, entre autres. »

Il y a ces histoires qui finissent mal, mais il existe aussi ces histoires d’amour qui passent le test du temps. Arlette et France célèbrent cette année leur 52e anniversaire de mariage.
Arlette nous livre le secret de cette longévité. « Il y a eu des hauts et des bas mais nous avons su surmonter toutes les épreuves de la vie ensemble. Je n’ai jamais reproché à mon mari son manque de moyens financiers ou encore qu’il n’arrive pas à me combler avec des choses matérielles. On a traversé cette vie conjugale main dans la main. Le soutien indéfectible de l’un vis-à-vis de l’autre a toujours été notre devise. » 

Anaëlle, quant à elle, en est à ses tout débuts. Après un an de mariage, c’est l’amour fou avec son époux. Selon elle, pour qu’un couple marche, il ne faut pas qu’un des conjoints se sente étouffé par l’autre. « Il est nécessaire de donner de l’espace à l’autre et lui faire confiance. Par exemple, je vais danser avec mes copines sans mon mari et lui aussi sort avec ses copains sans moi des fois. Quand on rentre, on se raconte nos soirées et on en rit. Si nous avons tendance à étouffer l’autre, c’est là qu’il se sentira emprisonné et voudra un peu de liberté. Il peut alors faire des choses en secret. »

Heera Boodhun, Criminologue : « Le criminel ne se sent souvent pas coupable »

Qu’est que le crime passionnel ?
Le crime passionnel dans la criminologie est appelé ‘Rage Type Murders’, car c’est le genre de crime où à la base, il y a, de la colère, de la rage. C’est un crime qui se produit très souvent dans un contexte où il y une intimité sexuelle entre les partenaires. Très souvent, pour l’homme, il a le sentiment qu’il doit renforcer sa masculinité. Ainsi, dans une relation où l’homme ne se sent pas respecté ou qu’il a été cocu, il a le sentiment que sa réputation et son autorité ont été bafouées. Il se sent alors humilié, et développe une rage interne.

Il y a différentes options qui s’offrent à lui pour rétablir son estime de soi. Une de ses options, malheureusement, est qu’il recourt à la violence et c’est là qu’il peut commettre l’irréparable. Dans certains cas, bien sûr, l’homme va choisir d’autres options. Tout dépend des facteurs sociaux qui l’affectent. Par exemple, s’il se sent humilier à la maison mais que tout se passe bien pour lui au travail, il va s’en sortir.

Quelles sont les raisons qui poussent une personne à commettre un crime passionnel ?
Souvent, une personne qui commet ce type de crime ne se sent pas coupable. Il va trouver des raisons pour justifier son acte comme le fait de mettre en avant l’infidélité de sa femme, ou dire qu’il n’était pas respecté au sein du couple. D’une certaine façon, on peut voir que la société a tendance à tolérer cela. Je m’explique : quand la femme ne se comporte pas comme il le faut, tout le monde va dire au mari de la recadrer.  Et cela peut engendrer la violence.

La pauvreté et la promiscuité sont-ils des facteurs qui perturbent une relation ?
Dans la vie de tout un chacun, il y a des facteurs qui rendent les personnes plus vulnérables : le lieu où l’on habite, la pauvreté et la promiscuité, entre autres.

Qu’est-ce qui peut expliquer l’envie de vivre une relation extra conjugale ?
Parfois la femme est à la recherche de l’amour que ne lui donne pas son mari. Elle aime son époux, mais elle considère que celui-ci l’a négligée. Pour l’homme en revanche, souvent, il banalise l’institution du mariage. Quelques fois, l’homme s’engage dans des relations extraconjugales pour cela. D’un autre côté, il cherche la liberté car il peut y avoir un manque de communication à la maison avec son épouse. Ce ne sont toutefois pas des solutions pour l’homme ou la femme, car se sont les enfants qui en souffrent.

Les nouvelles technologies encouragent-elles les relations extraconjugales?
Ce n’est pas la technologie qui encourage ce type de relation. À la base, la personne est déjà malintentionnée et elle utilise les nouvelles technologies pour l’aider à faire ce qu’elle a à faire.

Neelkanth Dulloo, avocat : « L’endettement est source de tiraillements »

Me Neelkanth Dulloo note qu’il y a un article spécifique dans le code criminel où il est question de crime passionnel. Il s’agit de l’article 242 : ‘Manslaughter in case of adultery’. « C’est un meurtre commis par l’époux sur son conjoint ainsi que sur le complice, au moment où il les surprend en flagrant délit d’adultère. Ce meurtre est excusable par la loi quand il n’est pas prémédité. »

Pour l’avocat, cet article de la loi a été bien réfléchi avant d’avoir été ajouté au code criminel. « Beaucoup d’analyses ont été faites pour que l’article 242 se trouve dans le code criminel. Mais pour arriver à cette conclusion, l’enquête de la police commence sur le meurtre et est basée sur les preuves, quand il n’y a pas de préméditation. C’est là que l’article 242 est soulevé. Le seul crime basé sur l’émotion qui est excusable. Mais encore faut-il le prouver ». 

L’avocat a souvent eu affaire à ce genre de cas. Les couples sont souvent deux personnes engagées dans une relation qui n’est pas stable avec une moyenne d’âge de 40 ans maximum. « Le milieu pauvre est le plus touché. Parmi les facteurs qui encouragent l’infidélité, selon les cas que j’ai traités, il y a les mariages qui sont arrangés pour satisfaire les parents. L’endettement d’un couple apporte aussi beaucoup de tiraillements et de bagarres. Tout cela favorise l’adultère » .

Véronique Wan Hok Chee, psychologue : « Les agresseurs souffrent de carences affectives »

Le crime passionnel comprend des actes violents, des homicides commis sous l’effet de la passion. Cette analyse de la psychologue Véronique Wan Hok Chee résume bien ce besoin de tuer au nom de l’amour. « Cela implique souvent un amour qui n’est pas partagé, de la jalousie, de la colère provoquée par un sentiment d’insécurité. » La psychologue dira que généralement, les agresseurs sont des personnes avec des troubles de la personnalité. « Par exemple, elles ont un trait de caractère qui reflète le narcissisme, des personnalités où l’un est dépendant de l’autre, une personnalité psychopathologique. Ces gens  font de l’autre leur propriété, ils ont des difficultés à se détacher de l’autre. »

Le refus d’une séparation ou d’une rupture dans le couple est une autre raison, affirme Véronique Wan Hok Chee. « Ils n’acceptent pas la rupture. Ils ne supportent pas la séparation et que l’autre ait déjà quelqu’un dans sa vie. C’est de là que vient la violence. Souvent on entend dire comment cet homme si gentil a pu commettre un tel acte. Cela surprend tout le monde. »  Qui se cache derrière un agresseur ? Pour la psychologue, l’agresseur potentiel a une personnalité très impulsive, présentant une immaturité affective et émotionnelle.

« Il éprouve des difficultés à gérer les émotions et les contrariétés. Il souffre de carences affectives et a peut-être été victime d’abus, de violence ou d’abandon dans son enfance. Ce qui le rend très vulnérable ».

 

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