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Craintes d’une base militaire chinoise sur les Chagos : «Arguments farfelus» pour des experts mauriciens

Maurice veut récupérer les Chagos.

Les Britanniques sont d’accord pour parler de la souveraineté de Maurice sur les Chagos et trouver un consensus début 2023. Cependant, Daniel Kawczynski, député du gouvernement anglais, demande l’arrêt immédiat des négociations entre Londres et Port-Louis. Comme lui, ils sont nombreux à craindre la construction d’une base militaire chinoise sur l’archipel. Pour certains experts, ce député avance « des arguments farfelus ».

Les négociations ont repris entre Londres et Port-Louis autour de la souveraineté de Maurice sur les Chagos. Toutefois, des élus britanniques - certains issus de la majorité gouvernementale -, et des Américains demandent l’arrêt des discussions. Ils craignent l’éventualité de la construction d’une base militaire chinoise sur cet archipel sous le nez de la base américaine de Diego Garcia. 

C’est le Daily Mail qui a publié un article en ce sens dans sa livraison du vendredi 2 décembre. Selon ce journal, la Chine et Maurice sont très proches et notre île est le premier pays africain avec lequel la Chine a signé un accord de libre-échange. Elle compte aussi des investissements cumulatifs de presque un milliard de dollars. C’est du moins ce qu’a fait valoir le député britannique Daniel Kawczynski.

Sortie contre Maurice

Sateeaved Seebaluck, ancien conseiller du gouvernement sur ce dossier, explique que le député Kawczynski a toujours eu une position « très extrême » concernant la souveraineté de Maurice sur les Chagos. L’ancien haut fonctionnaire se rappelle que le député britannique avait fait une virulente sortie contre le retour des Chagossiens sur leur île natale. « Aujourd’hui, dès qu’il a entendu parler des négociations entre la Chine et Maurice, il sort des arguments farfelus », dit-il.

Selon Sateeaved Seebaluck, il y a un consensus concernant Diego Garcia. Les opérations vont se poursuivre. « C’est l’assurance donnée par le gouvernement mauricien. Toutes les institutions internationales le savent. Si nous retrouvons notre souveraineté sur l’archipel, cela ne veut pas dire que nous allons laisser la Chine faire ce qu’elle veut là-bas. Ce n’est pas dans la culture mauricienne. La République libre que nous sommes peut entretenir d’excellentes relations diplomatiques avec plusieurs pays. Cela ne veut certainement pas dire que nous allons demander à tel ou tel pays d’installer une base militaire du jour au lendemain », précise-t-il. 

L’ancien conseiller sur le dossier Chagos avance que les discussions n’ont pas démarré. « À la table des négociations, il y aura des Britanniques, des Américains, mais aussi des Indiens. Le Premier ministre Pravind Jugnauth devrait, à mon avis, dissiper les doutes du président américain Joe Biden lors de leur rencontre au Sommet Amérique/Afrique », dit-il.

Pour l’avocat constitutionnaliste Milan Meetarbhan, quand deux pays s’entendent bien et que des développements suivent, il faut certainement s’attendre à des réactions pouvant plomber les négociations. « Il ne faut pas oublier que certains, en Amérique ou en Angleterre, nourrissent encore la nostalgie de l’Empire. Ainsi, ils ne veulent rien céder et peuvent faire obstacle aux 
négociations », souligne-t-il. Comme Sateeaved Seebaluck, il est d’avis que les arguments du député Kawczynski sont « farfelus ».

« Win-win situation »

Selon lui, si les gouvernements concernés ont de la volonté et veulent négocier de bonne foi, il faut le respecter. « Aussi, il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement britannique lui-même qui a proposé un calendrier débouchant sur un accord l’année prochaine », fait-il ressortir. « On doit s’attendre à ce que le gouvernement britannique honore son engagement qui est de démarrer les négociations et trouver un accord », ajoute Milan Meetarbhan. Il fait comprendre que ceux qui veulent plomber les négociations avancent des arguments qui « ne tiennent pas la route ». « Ils n’auront pas le dernier mot. La décision revient aux gouvernements des deux pays. Ils vont s’asseoir autour d’une table et essayer de dégager une ‘win-win situation’ », avance-t-il.

Pour sa part, Parvez Dookhy, avocat en droit international, soutient que certains s’opposent à ces négociations entre Maurice et la Grande-Bretagne. Selon lui, « c’est un argument politique qui n’est pas fondé ». « Maurice entretient de bonnes relations avec la Chine. Toujours est-il que le Premier ministre britannique Rishi Sunak avait soutenu, lors de sa campagne, que la Chine était la plus grande menace sur le long terme. Ce que dit le député est un peu exagéré », fait-il comprendre. 

« La position officielle de Maurice a, de tout temps, été de récupérer les Chagos. Mais le bail avec Diego Garcia tient toujours. C’est très stratégique. Qui dit qu’on ne pourra changer notre position une fois les Chagos récupérés ? » demande-t-il.

Négociations autour de la souveraineté des Chagos

Olivier Bancoult exige la participation des Chagossiens

olivier« La communauté chagossienne doit faire partie de la délégation mauricienne qui prendra part aux négociations avec la Grande-Bretagne sur la souveraineté des Chagos. » C’est l’appel lancé par le leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) le lundi 5 décembre, lors d’une conférence de presse tenue au Sant Sagosien à Pointe-aux-Sables. 

Afin de mieux se faire entendre, Olivier Bancoult annonce avoir transmis une correspondance au Premier ministre Pravind Jugnauth et à la Haute-commissaire de la Grande-Bretagne, Charlotte Pierre. 

« Notre association comprend parfaitement qu’il puisse y avoir des sujets sensibles qui seront abordés lors de ces négociations, mais nos droits doivent être respectés. Il faut la participation de tous les pays », insiste Olivier Bancoult. 

« Les négociations doivent inclure la sauvegarde de notre identité. Nous demandons qu’un membre de notre association fasse partie de la délégation », ajoute le leader du GRC. Olivier Bancoult affirme avoir été mandaté par les membres du GRC pour qu’il représente leurs intérêts lors de cette mission. 

Rappelant que la communauté chagossienne continue de faire face à des injustices en 2022, il lance un appel pour que « la Grande-Bretagne et Maurice ne répètent pas les erreurs du passé ».

 

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