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Covid-19 : treize dortoirs de quatre compagnies sous la surveillance de la SMF

Dortoir Princes Tuna, Triolet.

Après l’explosion de centaines de cas de Covid-19 dans des dortoirs de certaines compagnies, la Special Mobile Force et la police ont été mobilisées pour surveiller 13 de ces lieux de vie pour travailleurs étrangers.

À ce jour, les autorités avaient parlé de deux compagnies (Real Garments et Princes Tuna), dont les dortoirs avaient été touchés par la Covid-19. Cependant, selon des sources dans la haute hiérarchie policière, quatre entreprises se retrouvent dans cette situation. Ainsi, nous apprenons que la Compagnie Mauricienne de Textile et China Road and Bridge Corporation ont également enregistré un certain nombre de cas positifs. Les autorités n’avaient jusqu’ici pas communiqué sur ces deux entreprises.

Ce sont finalement 13 dortoirs qui sont concernés et sont sous la surveillance de la Special Mobile Force (SMF). Il s’agit d’empêcher les entrées et sorties pour éviter la propagation du virus. La surveillance sera sur une base 24/7 jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cas positifs.

Des patrouilles policières auront régulièrement lieu pour veiller à ce que les ordres soient suivis à la lettre.

Au niveau de la SMF, certains se plaignent cependant de devoir exécuter ces ordres dans des conditions particulièrement difficiles. Outre l’absence d’équipement PPE pour les protéger du virus, les éléments de la SMF qui y sont postes n’ont, pour certains du moins, pas d’abri en cas de pluie, voir même pas d’éclairage.

L’augmentation exponentielle de cas est dû au fait que ces dortoirs ont été convertis en centres de quarantaine et que ceux qui sont infectés risquent de côtoyer ceux qui ne le sont pas.

Faizal Ally Beegun, syndicaliste : « Toute la population finira par être infectée »

Faizal Ally Beegun est catégorique. Avec l’explosion des contaminations à la Covid-19 dans les dortoirs ces derniers jours, le virus finira par se répandre parmi toute la population. 

« Tou morisyen pou infekte par sa virus la ». C’est ce que prévoit Faizal Ally Beegun, qui s’appuie sur le nombre croissant de cas de contamination enregistrés parmi des travailleurs étrangers dans les dortoirs. Il justifie cette situation, d’abord, par les conditions de vie dans les dortoirs. « Kouma enn gagne, tou pu gagne. Parski sityasyon dan dortwar pli pir ki dan park bef », déplore le syndicaliste. Il dénonce ainsi un nombre « excessif » de résidents dans certains dortoirs avec 70, voire 90 travailleurs dans une seule pièce, à l’aide de lits superposés. 

Une fois qu’un dortoir a été infecté, il ne faudra pas longtemps, selon Faizal Ally Beegun, pour que le virus se répande dans d’autres dortoirs du pays. « Pou mwa, tou dortwar pu kontamine », soutient-il. Car selon les explication su syndicaliste, durant le week-end, ces travailleurs se donnent souvent rendez-vous. « À la fin du mois surtout, ils vont faire des virements bancaires. Ils vont se retrouver, prendre un repas et passer du temps ensemble à la plage, dans les centres commerciaux, etc. Parmi, il y a des couples. Mari et femme vivent chacun dans un dortoir différent », explique-t-il. 

La transmission du virus aux Mauriciens se fera essentiellement sur le lieu de travail où ces travailleurs étrangers passent la majeure partie de leur temps, à en croire le syndicaliste. « Ils sont considérés comme des machines à sous et travaillent parfois 7 jours sur 7. Étrangers et Mauriciens vont ainsi se retrouver ensemble à l’usine ou à la cantine, par exemple », explique-t-il. La transmission pourra aussi se faire, dit-il, lorsque ils se rendent dans les commerces à proximité de leurs dortoirs.

Dortoirs : conditions inhumaines et business lucratif

Faizal Ally Beegun dénonce la prolifération des « poulaye imin » qui font office de dortoirs pour des travailleurs étrangers. « Zordi dortwar pe vinn biznes ». C’est ce qu’indique le syndicaliste, déplorant que ces logements, aujourd’hui, « poussent comme des champignons ». La location de ces dortoirs, selon lui, rapporterait gros aux propriétaires. On parle de plusieurs dizaine de milliers de roupies, dit-il. Et ce seraient ces étrangers eux-mêmes qui doivent régler ces frais de location. « D’après les règlements, ils doivent s’acquitter de Rs 1 300 en guise de frais d’hébergement par mois. Cela, en sus de Rs 1 200 pour la nourriture. Cet argent est déduit de leurs salaires chaque mois », explique-t-il. Or, ils seraient souvent jusqu’à 50, 100, voire 150 personnes dans un dortoir. « Tret zot pir ki zanimo », dit-il, en colère. Pour le syndicaliste, c’est non seulement « inacceptable », mais aussi « dangereux ». « Je sais que les employeurs vont brandir leur permis, dûment délivrés par les autorités. C’est la raison pour laquelle j’estime qu’il faut revoir les règlements », souligne l’intervenant, qui est aussi membre du Lodging Accommodation Committee. Il réclame « la fermeture immédiate de tout dortoir avec plus de 20 personnes ». Il indique qu’il ne demande pas enn « lotel 5 zetwal », mais « un logement décent » pour ces expatriés.  

Liste des dortoirs sous surveillance de la SMF

Real Garments Ltd (6 dortoirs)

• Parc industriel de La Tour Koenig, Pointe-aux-Sables
• Route Royale, Montée S, Petite-Rivière
• Camp Benoît, Petite Rivière
• Route Royale, Coromandel
• Rue Follereau, Bea-Bassin
• Mare-Gravier, Beau-Bassin

Compagnie Mauricienne de Textile (1 dortoir)

• Dortoirs de La Tour Koenig

Princes Tuna (4 dortoirs)

• Roche-Noires
• Notre Dame
• Triolet
• Baie-du-Tombeau

China Road and Bridge Corporation (2 dortoirs)

• Cruise Terminal Building, Rue Deschartes, Roche-Bois 
• Chinese Hotpot, Riche-Terre Road, Terre-Rouge

Dr Nand Pyndiah, virologue : «Un dépistage aléatoire autour des dortoirs est nécessaire»

Que les habitants autour des dortoirs, devenus des foyers de contamination, fassent l’objet d’un dépistage à la Covid-19. C’est ce que recommande le virologue, Dr Nand Pyndiah. Il se demande si ces régions ne devraient pas être décrétées zone rouge. 

D’emblée, Dr Nand Pyndiah tient à souligner qu’il y a peu de chances que les dortoirs convertis en centres de quarantaine puissent favoriser la contamination des habitants aux alentours. « À l’extérieur, c’est plus aéré. Le virus se dilue », explique-t-il. Pour qu’il y ait contamination à l’extérieur, le virologue indique qu’il faudrait que les habitants se retrouvent à un mètre d’une personne contaminée. « Ce qui est très peu probable dans le cas d’un dortoir sous surveillance », concède-t-il. 

Toujours est-il que Dr Nand Pyndiah recommande qu’un exercice de dépistage soit fait dans toutes les régions où se situent ces dortoirs-centres de quarantaine. Le virologue va plus loin en demandant si ces régions ne devraient pas être décrétées zone rouges. « Depuis quand le virus sévit-il parmi les résidents de ces dortoirs ? Nous ne le savons pas. Ces résidents se sont rendus à la boutique du coin ou ont rencontré des amis, etc., alors que le virus était en incubation. L’équipe de contact tracing devra travailler à ce niveau-là », dit-il. 

Le risque de contamination entre les résidents des dortoirs reste élevé, à en croire Dr Nand Pyndiah. « Même avec une certaine aération, un dortoir reste un espace confiné. Les résidents respirent ainsi le même air », dit-il. Et au vu du nombre de cas répertoriés dans les dortoirs, il est d’avis que leur conversion en centres de quarantaine est nécessaire. « Environ 80 % à 90 % des résidents de ces dortoirs ont été infectés.

C’est beaucoup. Les autorités n’ont d’autres choix que de convertir les dortoirs en centres de quarantaine. Elles ne peuvent pas tous les placer ailleurs », est d’avis le virologue. Il estime cependant que ces dortoirs doivent faire l’objet d’une surveillance stricte. « Il faut que les entrées et les sorties soient minutieusement contrôlées, notamment pour ceux qui font les va-et-vient et que toutes les précautions nécessaires soient prises en ce sens », ajoute-t-il.   

 

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