Coup médiatique : une installation aux Chagos pour «contrecarrer la rétrocession»
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Des Chagossiens, accompagnés d’un ex-parlementaire britannique, ont débarqué illégalement à Peros Banhos pour tenter d’empêcher la rétrocession des Chagos à Maurice. Le gouvernement mauricien dénonce cet acte illégal.
Un groupe de quatre Chagossiens a débarqué le lundi 16 février sur l’archipel des Chagos, en violation de la zone d’exclusion imposée par le gouvernement britannique. C’est afin d’y établir ce qu’ils décrivent comme une installation permanente sur l’île du Coin, dans l’atoll corallien de Peros Banhos. Cette initiative, rendue publique le mardi 17 février, intervient dans un contexte géopolitique sensible. Le processus de rétrocession de l’archipel à Maurice se trouve dans ses phases avancées.
Le groupe de Chagossiens est dirigé par Misley Mandarin, présenté comme le “First minister” d’un gouvernement chagossien. Depuis la plage, face à l’océan Indien, celui-ci a affirmé que d’autres, Chagossiens devraient suivre. Il a déclaré que « le temps est crucial pour nous », expliquant vouloir permettre aux 322 personnes nées sur l’archipel et encore en vie d’y retourner avant leur décès.
Misley Mandarin a débarqué en compagnie de son père, Michel, 72 ans, né aux Chagos. Ce dernier avait 14 ans au moment du déracinement de la population, expulsée par les autorités coloniales britanniques. Dans une vidéo d’une quinzaine de minutes mise en ligne mardi, il a appelé tous les Chagossiens à revenir sur les îles pour y vivre comme nous vivions avant l’exil. On le voit explorer l’île et avancer que d’ici quelques mois, voire semaines, une école y ouvrira ses portes et des Chagossiens de tous les âges seront déjà installés dans l’archipel.
Au-delà du symbolisme du retour, l’objectif affiché de cette installation est explicitement politique. Misley Mandarin a indiqué qu’il veut rendre impossible la mise en œuvre du plan britannique de rétrocession du territoire à Maurice. Selon lui, si le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer, le retire lui et les autres Chagossiens, il ne mériterait pas de se présenter comme un avocat des droits humains ni comme le chef d’un « grand pays » comme le Royaume-Uni. « Nous sommes des Chagossiens britanniques. Nous sommes de cette île. Et nous sommes ici pour y rester. »
Misley Mandarin a également avancé des arguments géostratégiques. Selon lui, tant que les Chagossiens auront leur mot à dire, la base américaine serait maintenue. « Nous sommes dans notre patrie. Nous ne sommes pas des visiteurs. Nous appartenons à cet endroit », a-t-il ajouté.
Le groupe est accompagné d’Adam Holloway, ancien membre du Parlement britannique et membre du parti Reform UK. Il a contribué à la levée de fonds pour la nouvelle implantation et à l’élaboration du plan de retour et de colonisation permanente. Ancien officier de l’armée et ex-reporter, il est resté sur l’île afin « d’aider à la construction de l’installation ». Il a justifié l’opération en affirmant que le Royaume-Uni s’apprêtait à commettre « une erreur catastrophiquement stupide », dans un contexte de rivalités entre grandes puissances, soulignant que la base de Diego Garcia est, selon lui, « absolument cruciale pour la sécurité de l’Occident ».
Misley Mandarin, qui a grandi à Maurice avant de rejoindre l’armée britannique comme cuisinier et qui a aussi travaillé comme instructeur de conduite de bus à Londres, a publié une « Déclaration de retour », accompagnée de notes juridiques invoquant le droit à l’autodétermination des Chagossiens. Cette action unilatérale vise ainsi à établir un fait accompli sur le terrain, dans l’objectif déclaré de contrer le processus de rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice.