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À Corps-De-Garde : être sans avoir

Vishal est de ceux qui vivent au jour le jour, se contentant de ce que la vie daigne lui offrir. Sauf que ce quotidien, il ne peut en parler à personne, par peur du regard des autres. Chaque jour, cet ancien toxicomane repenti doit gravir une montagne, au sens propre comme au sens figuré…

L’héroïne tombe dans la vie de Vishal comme une pierre dans un étang. D’abord, des sensations, ensuite des éclaboussures pour finir en affolements dans les buissons de Wembley à Beau-Séjour, Quatre-Bornes. Après des fuites dans les tous sens, c’est en de faibles battements d’ailes que Vishal revient à ses sens. Cette première dose de drogue, il se l’injecte dans les veines, sous l’influence de ses pairs. Il a alors 16 ans.

Au fil des jours, il prolonge cette euphorie en multipliant les doses. L’argent lui fait très vite défaut. La spirale de la dépendance devenant de plus en plus infernale, Vishal va jusqu’à cambrioler des maisons à travers l’île. Bonbonne de gaz et divers objets sont volés pour être revendus. Une poignée de roupies en poche, l’adolescent revient dans l’antre de la drogue.

À 18 ans, Vishal gagne sa croûte en travaillant dans une boulangerie à rue Murphy. Il rencontre souvent Shilpa, qu’il connaît depuis l’enfance. Âgée de 13 ans, l’adolescente tombe éperdument amoureuse de lui, jusqu’à faire l’école buissonnière. Ayant échoué ses examens de la Form III, elle quitte les bancs de l’école. Sa mère ne voit pas d’un bon œil sa relation avec Vishal et peine à la raisonner. Des disputes pleuvent et Shilpa est mise à la porte. Elle s’installe dans la maison des parents de Vishal, malgré des hauts et des bas.

L’impasse

À 18 ans, elle donne naissance à son premier enfant. Ce dernier n’a que trois mois lorsque Vishal est incarcéré à la prison de Beau-Bassin. Sa compagne se retrouve avec un bébé sur les bras et un autre dans le ventre. Elle ne sait à quel saint se vouer pour surmonter cette impasse. Elle frappe à la porte de sa mère qui enterre la hache de guerre. Pour subvenir aux besoins de ses enfants, Shilpa trouve du boulot dans un restaurant. Chaque quinzaine, elle se rend à la prison pour voir l’amour de sa vie. Vishal reste derrière les barreaux pendant cinq ans. Lieu où il continue à se droguer. Le troc : cinq cigarettes contre une dose d’héroïne. Pour se l’injecter, il fabrique une seringue utilisant une hampe d’un drapeau, un corps de plume, une aiguille volée lors d’une de ses prises de sang et du caoutchouc récupéré dans un briquet. Cette œuvre d’art est, par la suite, louée aux autres détenus, contre deux cigarettes.

Même si la seringue est lavée à chaque injection, toutefois son échange avec les autres résulte à une contamination au VIH. Après trois mois en taule, Vishal apprend qu’il est infecté. Confiné entre les quatre murs d’une cellule, Vishal peine à avaler cette dure réalité. S’il n’est pas cloué au lit, il fait des coupes de cheveux aux condamnés. Son salaire : quelques cigarettes. Il prend son mal en patience pour purger sa peine. Après 1825 jours, Vishal recouvre enfin la liberté. Il a des remords et prend conscience de ce choix de vie qui l’a conduit tout droit à la prison. Il décide de changer la donne. Il intègre le programme de la méthadone. Depuis, chaque matin, il se rend au poste de police de Quatre-Bornes.

Abstinence et misère noire

Enfin, le calme à nouveau après neuf ans d’abstinence. Mais pas du tout le même silence qu’auparavant, il est comment dire : assourdissant. Cette fois-ci, la misère bat son plein. Même si Vishal déniche de petits boulots en tant que peintre et plombier, il peine à trouver un travail fixe. Son casier judiciaire n’est pas vierge. En même temps, sa santé se détériore. Shilpa honore sa décision d’être avec Vishal, pour le meilleur et pour le pire. Mais elle ne peut pas travailler, car elle doit s’occuper de ses enfants qui sont en 5e et 6e dans un établissement scolaire à Candos. Même si Vishal bénéficie d’une aide sociale, il se retrouve souvent sans un sou en poche.

L’éducation de ses fils âgés de dix et onze ans est sa priorité. Hormis des jours sombres où il ne peut quitter son lit, ce père de famille, malgré d’atroces douleurs, se réveille à 5h30 chaque matin pour chercher du boulot. S’il n’en trouve pas, il grimpe dans les arbres et cueille des fruits pour les vendre. « Je dois trouver au moins quelques roupies pour pouvoir acheter de quoi à manger pour mes enfants, avant qu’ils ne se rendent à l’école. »

Vers 10 heures, Vishal reprend la route, cette fois-ci pour trouver le déjeuner et le dîner. Des petits services rendus çà et là lui permettent souvent de gagner un peu d’argent pour acheter des vivres.Au cas contraire, il passe des journées entières à sillonner les rues de la localité pour aider des personnes, moyennant un paiement.

Ses enfants ne font pas les difficiles en matière de nourriture. Un pain avec des œufs est aussi précieux que de l’or pour eux. Lorsqu’ils rentrent de l’école, Shilpa leur donne un petit goûter comprenant thé et pain. Assis sur une table et les pieds dans du macadam, les deux gamins sortent leurs livres et font leurs devoirs avant la tombée de la nuit. Ni eau potable, ni électricité ne sont disponibles dans cette bicoque en tôle d’une pièce. Cette dernière sert à la fois de salon, de chambre, de cuisine et de toilettes. Pour y habiter, Vishal doit verser un loyer de Rs 2500. C’est une grange qu’il a transformée en maison à Gopal Lane, au pied de la montagne du Corps-de-Garde.

Sur des palettes en bois, deux matelas servent de lits à la famille. Le sol est fait de macadam. À son extrémité, derrière un rideau, trône une cuvette de toilettes. Pour la douche, Shilpa remplie des fûts en plastique d’eau généreusement offerte par le propriétaire d’une écurie de cheval, à proximité.

Le visage crispé, Vishal confie vouloir un travail fixe pour subvenir aux besoins de sa famille. Shilpa est en stress continu. Leur plus grand souhait est d’offrir un meilleur avenir à leurs enfants. Pour ce faire, père et mère lancent un appel à toute personne qui pourra les aider à trouver du boulot mais également un logement décent. Cette famille a également besoin de vivres, de légumes, du  matériel scolaire, d’uniformes (chemises à petits carreaux bleus et shorts bleus marines) et de couvertures, entre autres.

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