Contestations du rapport du PRB 2026 - Sunday Allowance : une révision à Rs 1 milliard
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
La décision est tombée, vendredi en Conseil des ministres : l’allocation du dimanche pour les fonctionnaires travaillant en shift ou sur roster sera rétablie, mais à un taux révisé. Les réactions syndicales sont cependant plutôt mitigées.
Le Cabinet a entériné, vendredi, la recommandation du Standing High-Powered Committee, présidé par le secrétaire au Cabinet et Head of the Civil Service. Désormais, les fonctionnaires travaillant les dimanches auront droit à un jour payé additionnel. En arrêtant cette décision, le gouvernement s’est appuyé sur plusieurs observations formulées par ce comité. Selon le PRB, le dimanche a toujours été considéré comme un jour normal de travail pour ceux qui travaillent en shift/roster. Cette position est, selon le Cabinet, soutenue par les articles 30(1) et 30(2) du Workers’ Rights Act, qui établissent une distinction entre les dimanches et les jours fériés en matière de rémunération.
Le gouvernement, dans son communiqué, rappelle également que les agents travaillant en shift ou sur roster bénéficient traditionnellement d’échelles salariales plus élevées que ceux effectuant des horaires normaux, précisément pour compenser l’obligation éventuelle de travailler le dimanche. Cette réalité est intégrée dans le rapport du PRB 2026. À cela s’ajoutent, pour les agents concernés, d’autres compensations, notamment la Night Duty Allowance pour ceux appelés à travailler de nuit.
Le Cabinet estime, par ailleurs, que la décision prise par l’ancien gouvernement en 2024 — qui accordait un jour de salaire normal plus deux jours additionnels pour le travail dominical — « manquait de base légale pour sa mise en œuvre ». Au total, 40 577 fonctionnaires répartis sur 337 grades sont concernés par la mesure actuelle. Le coût annuel du rétablissement de l’allocation du dimanche, dans sa version révisée, est évalué à environ Rs 1 milliard.
En revanche, le régime applicable aux jours fériés demeure inchangé : les agents en shift ou sur roster continueront de percevoir un jour de salaire normal assorti de deux jours additionnels, lorsqu’ils travaillent un jour férié.
Sur le terrain syndical, les réactions oscillent entre soulagement prudent et critiques de fond. Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, salue un retour partiel en arrière : « Après beaucoup de représentations, on voit que le gouvernement restaure la Sunday Allowance. Il faut respecter les droits acquis et ne pas faire de la politique avec cela. Il faudrait d’ailleurs les consolider au lieu de les enlever. Quand ils ont enlevé la Sunday Allowance, cela a eu un impact sur l’absentéisme. Ce qui affectait le service. À l’avenir, il faudrait discuter avec les syndicats avant de prendre une décision aussi importante que d’enlever la Sunday Allowance. »
Cependant, pour Radakrishna Sadien, négociateur syndical de la State and Other Employees Federation, le compte n’y est toutefois pas : « Ils ne l’ont pas remis comme en 2024. Ce n’est pas tout à fait pareil, car c’était deux jours de paie additionnels, et maintenant ça devient un seul jour additionnel pour le travail du dimanche. »
Au-delà de la seule question du dimanche, certains acteurs remettent en cause la cohérence globale du rapport du PRB 2026. Suttyhudeo Tengur évoque une « crise de crédibilité » du rapport et plaide pour « la nécessité d’un commissaire indépendant aux salaires ».
Selon lui, « la récente décision du Cabinet de réintégrer l’allocation du dimanche, à la suite d’un tollé public et de prises de position critiques émanant même de députés de la majorité, confirme ce que les fonctionnaires – et en particulier les éducateurs du primaire – dénoncent depuis le départ : le rapport du PRB 2026 s’est effondré sous le poids de ses propres incohérences ». Il ajoute que la mise en œuvre partielle et la réintégration sélective d’allocations « sous pression politique » donnent « l’image d’un rapport démantelé article par article, et non appliqué ».
Du côté de la police, le sergent Ajeet Fokeer, vice-président de la Police Fighters Union, se montre plus mesuré : « On insistait sur deux jours additionnels, mais le fait qu’on obtienne un jour additionnel, c’est satisfaisant. » Il pointe toutefois des zones d’ombre dans l’application concrète : « Selon le PRB, quand un fonctionnaire travaille moins d’une heure, il n’est pas payé additionnellement. S’il travaille entre une et quatre heures, il a un half-pay ; de quatre à huit heures, un full pay ; et au-delà de huit heures, deux jours additionnels. Si on comprend bien, on doit travailler huit heures pour un full day. Or, selon les Standing Orders de la police, le shift commence à 23 h 15 le samedi et se termine à 7 h 15. Il manque donc 45 minutes pour atteindre huit heures. Dans la pratique, un policier peut terminer bien plus tard, alors que ce temps additionnel n’est pas calculé. Cela aurait été bien de trouver un moyen de payer ce temps au prorata. »
Il estime également que la référence au Workers’ Rights Act est discutable : « Cette loi précise qu’elle ne s’applique pas aux fonctionnaires, sauf quelques paragraphes très spécifiques. Il aurait fallu se référer au Public Holidays Act, qui dit que chaque dimanche est un jour férié. » Il conclut néanmoins : « Je félicite le gouvernement d’avoir pris une décision avant la date butoir de signature de l’Option Form. »