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Consultations prébudgétaires : les associations de consommateurs plaident pour des mesures ciblées

Par Fabrice Laretif, Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 1 May 2026 à 11:00
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prébudgétaires
Les associations des consommateurs proposent de limiter l’érosion du pouvoir d’achat.

Réunies le 30 avril, plusieurs associations de consommateurs ont fait part de leurs propositions budgétaires au Junior Minister aux Finances. Celles-ci sont centrées sur la baisse des coûts, une fiscalité révisée et un meilleur ciblage des aides.

Les associations de consommateurs ont profité de leurs rencontres du 30 avril avec les autorités pour faire entendre leurs priorités en vue du budget 2026-2027. Dans un contexte marqué par une hausse continue des prix et une pression accrue sur les ménages, leurs propositions convergent vers un objectif central : celui de contenir l’érosion du pouvoir d’achat tout en améliorant l’efficacité des politiques publiques.

Pour Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), ces consultations marquent un changement de ton. Il évoque la réceptivité du Junior Minister aux Finances, ainsi que la volonté d’instaurer des échanges trimestriels. Une régularité jugée nécessaire pour assurer un suivi des mesures et une meilleure communication autour des dispositifs existants, souvent méconnus du public.

Parmi les mesures phares avancées par l’ACIM figure la suppression de la TVA sur certains produits alimentaires, notamment les conserves. L’objectif est de faire en sorte que toute réduction fiscale se répercute effectivement sur les prix payés par les consommateurs. Dans la même logique, l’association attire l’attention sur la hausse du fret et des coûts d’assurance, exacerbée par les tensions au Moyen-Orient. Elle propose la mise en place d’un mécanisme de remboursement partiel du fret afin d’alléger la facture finale.

Sécurité alimentaire

L’ACIM insiste également sur la nécessité de renforcer la sécurité alimentaire à travers la création d’une agence regroupant les différents ministères concernés. Une telle structure permettrait, selon elle, de rationaliser les contrôles et d’améliorer la coordination.

Un autre sujet de préoccupation est l’effet en chaîne des hausses tarifaires. L’augmentation attendue des prix de l’électricité, combinée à celle des carburants, continue de peser sur les coûts de transport et, par ricochet, sur les prix des biens. L’association appelle à une révision des subsides pour en atténuer les effets. Elle propose aussi la création d’un fonds de pension destiné aux employés des ONG, financé à partir des fonds de responsabilité sociale des entreprises (CSR).

Les frais bancaires constituent un autre point de tension. L’ACIM plaide pour une harmonisation afin de les rendre plus accessibles aux clients, dans un contexte dans lequel les services financiers sont devenus essentiels au quotidien.

De son côté, Claude Canabady, secrétaire de la Consumers’ Eye Association (CEA), met l’accent sur la fiscalité. Il rappelle que l’introduction d’un système de taxation progressive en 2024 a constitué une avancée, mais estime qu’il convient d’aller plus loin. Selon lui, les revenus les plus élevés pourraient être davantage mis à contribution pour soutenir les catégories les plus vulnérables.

Ciblage des aides

La CEA propose également de revoir le ciblage des aides publiques. Actuellement, les subsides bénéficient à l’ensemble de la population. L’association préconise un système de bons spécifiquement destinés aux ménages à faibles revenus. Elle suggère en parallèle une taxation accrue des produits de luxe.

L’absence de mise en œuvre de certaines annonces budgétaires est aussi pointée du doigt. Le projet d’ombudsperson pour la santé, évoqué dans le précédent budget, n’a toujours pas été concrétisé. Pour la CEA, il est essentiel d’éviter les annonces sans suite et de privilégier l’application effective des mesures.

Pour sa part, l’Association de la protection des consommateurs et de l’environnement (APEC), dont le président ne s’est pas rendu aux consultations, appelle à un recentrage global sur le pouvoir d’achat, dans un contexte économique marqué par une inflation persistante, une croissance modérée et une dette publique élevée. Elle souligne que les chiffres officiels de l’inflation ne traduisent pas pleinement la réalité vécue par les ménages, notamment en matière d’alimentation, de transport et d’énergie.

Au-delà des propositions spécifiques, un message commun se dégage : la nécessité d’une politique budgétaire plus ciblée, mieux coordonnée et ancrée dans les réalités quotidiennes des consommateurs.

Convocation tardive L’APEC absente

Le président de l’APEC, Suttyhudeo Tengur, ne s’est pas présenté aux consultations prébudgétaires, le jeudi 30 avril. En cause : une convocation reçue tardivement. Il explique avoir reçu l’invitation par courrier électronique vers 20 heures mercredi. « À ce moment-là, j’avais déjà quitté le bureau. Ce n’est que vers 11 heures le lendemain que j’ai pu prendre connaissance du courriel. Mais à cette heure-là, il m’était difficile de me rendre à Port-Louis », indique-t-il. Il estime que ce type de convocation doit être communiqué plusieurs jours à l’avance afin de permettre aux parties concernées de s’organiser. 

Dhaneshwar Damry, Junior minister aux Finances : « Le Budget va relancer l’économie » 

À l’issue de la deuxième journée de consultations prébudgétaires, le junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, a noté que tous les participants sont conscients de la gravité de la guerre au Moyen-Orient et de ses répercussions sur l’économie locale. « Les associations des consommateurs ont formulé des propositions pour le pouvoir d’achat. J’ai rappelé qu’il y a non seulement les plus vulnérables, mais aussi la classe moyenne qu’on oublie souvent. En dépit de la situation, le gouvernement tente de trouver des solutions pour répondre aux demandes. En même temps, notre espace fiscal est limité en raison de l’héritage de la dette laissé par l’ancien régime. Nous ne verrons pas uniquement le court terme. Le Budget va relancer l’économie », a-t-il fait ressortir.  

Les principales propositions de l’APEC

  • Réduction progressive de la dette publique jusqu’à 70 % du PIB 
  • Déficit budgétaire maintenu sous la barre des 4 % du PIB 
  • Mise en place d’un excédent primaire à moyen terme 
  • Renforcement de la collecte fiscale et modernisation de l’administration 
  • Exploration de nouvelles sources de revenus (économie numérique, fiscalité environnementale) 
  • Ciblage strict des aides et des subventions pour éviter les dérives budgétaires 
  • Priorisation des investissements productifs (infrastructures, numérique, énergies renouvelables) 
  • Création d’une unité centrale de suivi des projets avec des objectifs mesurables 
  • Accélération de la numérisation des services publics et simplification administrative 
  • Soutien accru aux PME via des financements et des incitations fiscales 
  • Promotion des exportations et substitution aux importations 
  • Transition énergétique pour réduire la dépendance aux énergies fossiles.
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