Consommation : priorité à l’essentiel pour les ménages
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
La consommation à Maurice en 2026 devrait suivre un rythme modéré, marqué par la prudence des ménages. C’est ce que prévoient les représentants des associations des consommateurs et des grandes surfaces. Les Mauriciens concentreront leurs budgets sur l’alimentation, le logement et les services essentiels.
Après une fin d’année 2025 marquée par des dépenses soutenues liées aux fêtes, la consommation des ménages mauriciens devrait ralentir au début de l’année 2026, en particulier au sein de la classe moyenne et des foyers les plus modestes. C’est l’analyse de Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM), qui anticipe un mois de janvier relativement calme sur le plan des achats. « Les Mauriciens vont consommer de manière raisonnable en début d’année et durant les deux mois qui suivent », explique-t-il. Selon lui, cette retenue s’explique à la fois par l’effort financier consenti durant les fêtes et par la nature même du mois de janvier, souvent perçu comme « le plus long de l’année » pour les ménages.
Un constat partagé par Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC). Selon lui, l’année 2026 devrait être marquée par une rationalisation des dépenses, conséquence de l’érosion du pouvoir d’achat. « Les foyers privilégient les dépenses essentielles au détriment de la consommation discrétionnaire », souligne-t-il. L’augmentation des charges incompressibles, telles que l’alimentation, le transport, le logement et les services, absorbe une part croissante des revenus. À cela, dit-il, s’ajoutent l’endettement des ménages et un climat d’incertitude économique, qui encouragent une consommation plus sélective, orientée vers la nécessité plutôt que le confort.
Cette prudence est également ressentie au niveau des grandes surfaces. Vicky Hanoomanjee, CEO de SaveMax, confirme que les hausses significatives de la consommation sont peu probables au cours de l’année. « Les ménages adoptent une attitude plus prudente, privilégiant la stabilisation, voire la rationalisation de leurs dépenses », explique-t-il.
Selon lui, cette retenue s’explique par plusieurs facteurs : la hausse cumulée du coût de la vie ces dernières années, le poids des crédits immobiliers et les incertitudes économiques, tant régionales qu’internationales. « À cela s’ajoute une sensibilité accrue aux prix, qui influence fortement les décisions d’achat », poursuit-il.
Toutefois, cette tendance pourrait s’inverser progressivement dès le mois de février, portée par un calendrier festif dense et des événements particuliers. « Il y aura pas mal de fêtes dès février, et avec ces événements, la consommation va repartir », estime Jayen Chellum. Après une période de retenue, la demande intérieure devrait donc repartir à la hausse au fil des mois.
La reprise pourrait également être soutenue par des éléments favorables sur le plan du pouvoir d’achat. « La compensation salariale de Rs 635, annoncée récemment, devrait permettre aux consommateurs de mieux absorber la hausse du coût de la vie et de maintenir un certain niveau de dépenses », ajoute-t-il.
Pour sa part, Vicky Hanoomanjee insiste sur le fait que prudence ne rime pas avec effondrement de la consommation. « Les dépenses essentielles, telles que l’alimentation, la santé, l’éducation et l’énergie, demeurent prioritaires, tandis que les loisirs coûteux ou les produits premium non essentiels font l’objet d’arbitrages plus stricts. On observe également la montée en puissance du consommateur rationnel, plus attentif aux promotions, aux marques de distributeur et au rapport qualité-prix », souligne-t-il.
Sur le front de l’inflation, le secrétaire général de l’ACIM se montre relativement optimiste. Il ne prévoit pas de pénurie de produits en 2026 et anticipe même une baisse des coûts logistiques, susceptible d’alléger la facture pour les consommateurs. « L’inflation devrait se stabiliser entre 3,6 % et 3,8 % », avance-t-il. Cependant, il met en garde contre certains comportements pouvant maintenir une pression sur les prix. « Le niveau des profits réalisés par certains commerçants peut influencer l’inflation : certains gonflent les frais, ce qui contribue à la hausse des prix », avertit-il. Par ailleurs, dit-il, des facteurs de risque externes, comme les tensions géopolitiques ou les effets du changement climatique, peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement et affecter la production, tant au niveau régional qu’international.
Pour Suttyhudeo Tengur, une consommation plus modérée peut exercer un effet désinflationniste partiel en réduisant la pression sur la demande intérieure. « Toutefois, à Maurice, l’inflation est largement importée, dépendant des prix internationaux, du fret et du taux de change. Même avec une demande locale plus faible, les hausses des coûts externes se répercutent sur les prix », explique-t-il. Il rappelle également que certaines dépenses, comme l’alimentation ou l’énergie, sont peu compressibles. « La baisse de la consommation peut ralentir l’inflation, mais ne suffit pas à la contenir durablement. Pour 2026, le taux d’inflation pourrait se situer entre 3,5 % et 4 %. Les pressions internes, notamment les coûts de production et les ajustements salariaux, contribuent également à maintenir une inflation modérée mais persistante. Le ressenti des ménages pourrait toutefois rester supérieur au taux officiel », prévient-il.
De son côté, Vicky Hanoomanjee estime qu’une inflation comprise entre 4 % et 5 % apparaît comme une estimation réaliste. « Ce niveau, inférieur aux pics récents, resterait néanmoins au-dessus des moyennes historiques, reflétant une phase de stabilisation graduelle de l’économie », explique-t-il.
Selon Jayen Chellum, certains produits devraient voir leurs prix évoluer dès le début de l’année. « Les légumes pourraient connaître une hausse temporaire, conséquence des fortes pluies et des intempéries affectant les récoltes. À l’inverse, les produits pharmaceutiques pourraient bénéficier d’une légère baisse », affirme-t-il. Il avance que les services dans les cliniques privées ont récemment augmenté et espère qu’aucune nouvelle hausse n’interviendra en 2026.
De son côté, Vicky Hanoomanjee estime que les produits alimentaires importés, tels que le riz, les huiles, les produits laitiers et les céréales, devraient coûter plus cher cette année. Un avis partagé par Suttyhudeo Tengur, qui précise que les hausses les plus marquées toucheront les produits alimentaires importés, mais également les carburants, le transport et le logement, y compris les loyers, l’entretien et les matériaux. « Certains services privés, notamment la santé, l’éducation et les assurances, pourraient également augmenter plus vite que la moyenne », ajoute-t-il.