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Conséquence de la crise mondiale - Le retour des cours en ligne : une fausse bonne idée ?

Par Sharone Samy
Publié le: 5 avril 2026 à 11:30
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melanie ritesh
La psychosociologue Mélanie Vigier de Latour-Bérenger insiste pour que les cours en ligne restent un dernier recours. Le pédagogue Ritesh Poliah appelle à la prudence face à un éventuel retour de l’enseignement à distance.

Fermer les écoles et basculer vers l’enseignement à distance. L’idée refait surface à Maurice dans un contexte d’incertitudes économiques mondiales provoquées par la guerre au Moyen-Orient. Mais ceux qui ont observé de près les effets du confinement sur les enfants tirent la sonnette d’alarme.

«Cette solution doit être le dernier recours, jusqu’au secondaire », tranche Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue et membre de l’équipe de direction de Konekte. Les périodes de confinement de 2020 et 2021 ont laissé des traces profondes : états dépressifs, isolement social, stress, anxiété, exposition accrue à la violence. À Maurice, elles ont aussi coïncidé avec une augmentation des comportements suicidaires chez les mineurs.

Sur le plan pédagogique, elle est catégorique : l’enseignement à distance ne garantit ni équité ni efficacité. « Clairement pas, selon les recherches. » Les enfants vulnérables sont les premiers touchés : difficultés de concentration, décrochage scolaire, baisse des performances, retards de développement. Pour les plus petits, le problème est encore plus fondamental : « En maternelle, les apprentissages passent aussi par le jeu, ce que l’enseignement en ligne ne permet pas. » 

Pour les enfants en situation de handicap, c’est une autre réalité, mais tout aussi exigeante : ils ont besoin de cadre, de structure, d’un accompagnement quotidien. Les risques de régression et de troubles du comportement, déjà observés durant la pandémie, sont documentés.

La surexposition aux écrans inquiète également. « Les enfants qui passent trop de temps devant les écrans seraient moins heureux, plus anxieux et plus déprimés », souligne-t-elle, avec des impacts mesurés sur le langage, l’attention, le sommeil et le comportement.

Et il y a ce que l’école représente au-delà de la classe. Certains enfants y mangent leur seul repas de la journée. D’autres, sans supervision à domicile, se retrouveraient davantage exposés à des risques. « Cette difficulté d’accès à Internet va aussi accentuer les inégalités entre les enfants », prévient-elle. Fermer les écoles, c’est fermer tout ça en même temps.

Processus humain

Le pédagogue Ritesh Poliah pointe, lui aussi, les limites concrètes d’un tel basculement. Les pays qui ont réussi à mettre en place un E-learning efficace l’ont fait au terme d’investissements longs et structurés : en adaptant les contenus pédagogiques, en formant enseignants et élèves aux outils numériques. « Des études à long terme sont réalisées afin d’adapter les outils à la demande », explique-t-il. Ce travail de fond, Maurice ne l’a pas encore accompli.

Il évoque le projet de Mobile Learning, plus avancé que le E-learning classique et déjà opérationnel à La Réunion, mais qui bute sur des obstacles pratiques dans le contexte mauricien. « Comment rendre cela pratique sur un téléphone portable ? » s’interroge-t-il. 

Et même pour les familles bénéficiant du SRM et disposant d’une connexion, la question du débit reste entière. Autant de questions sans réponse satisfaisante à ce stade. « Il faut bien réfléchir avant toute application, car un enfant apprend différemment par rapport à un adulte. L’époque de la Covid-19 en est un véritable exemple », insiste-t-il.

« L’éducation est fonda-mentalement un processus humain », résume Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. Les enfants apprennent par les interactions, par les liens sociaux, fondamentaux pour leur développement. Couper ça, même temporairement, a un coût. Un coût qui, comme le montre l’expérience de la pandémie, se paie longtemps après la réouverture des classes.

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