Congrès-anniversaire du PTr - Navin Ramgoolam : «Je serai encore là pour un bon moment»

Par Patrick Hilbert
Publié le: 2 mars 2026 à 12:30

À l’occasion du 90ᵉ anniversaire du Parti travailliste, Navin Ramgoolam a dressé un bilan critique de la dernière décennie, soulignant les défis économiques et institutionnels du pays, tout en appelant à la patience et à la responsabilité collective pour la reconstruction nationale.

La relève au sein du Parti travailliste ne se profile pas pour demain. Son leader, Navin Ramgoolam, l’a affirmé sans détour lors du congrès marquant le 90ᵉ anniversaire du parti, dimanche à l’Auditorium Octave Wiehé : « Je serai encore là pour un bon moment », a-t-il déclaré en évoquant le leadership futur.

Au cours de son allocution, le Premier ministre est revenu sur l’histoire du mouvement travailliste à Maurice, l’état du pays après dix années sous l’ancien régime, ainsi que sur les défis économiques et institutionnels auxquels la nation est aujourd’hui confrontée. Le fil conducteur de son intervention a été un appel à la patience face à la reconstruction nationale, résumé par sa formule : « Je prendrai le temps qu’il faudra ».

Dès l’ouverture, Navin Ramgoolam a salué la mobilisation des militants et sympathisants, soulignant le caractère symbolique de l’événement. « Ce n’est pas tous les jours que l’on peut célébrer 90 ans d’histoire », a-t-il rappelé, invitant ensuite l’auditoire à replacer la naissance du Parti travailliste en 1936 dans son contexte historique.

Il a décrit une époque marquée, selon lui, par « un joug de pauvreté extrême » et une population « qui souffrait en silence ». Dans ce cadre, il a rappelé le rôle fondateur du Dr Maurice Curé, soulignant que « lorsqu’on a cette flamme dans le cœur, on ne peut rester tranquille », et qu’il (Maurice Curé) avait « jeté les bases du Parti travailliste dans l’arène politique » avec le soutien des travailleurs et des artisans.

Navin Ramgoolam a également abordé les critiques historiques dont ont été l’objet les figures fondatrices, évoquant les « calomnies » visant Maurice Curé et le rôle de Guy Rozemont lors de son intégration au parti. Il a souligné que, malgré ces attaques, le Parti travailliste s’est imposé depuis 1936 comme « la voix des sans-voix » et « un rempart pour la justice ».

ADN historique et unité nationale

Le Premier ministre a souligné l’empreinte durable du Parti travailliste dans l’histoire nationale, affirmant que « son ADN est ancré dans la terre mauricienne » et que « la liste de ses contributions est longue ». Il a mis en avant l’unité nationale comme la principale force du parti, rappelant que cette orientation a guidé son action politique sur plusieurs décennies.

Navin Ramgoolam a également rendu hommage à l’ancien dirigeant sir Satcam Boolell, affirmant que sans lui « le Parti travailliste aurait disparu », tout en précisant qu’en 1991, celui-ci lui avait confié les rênes du parti. Il a toutefois mis en garde contre une lecture uniquement nostalgique : « Nous ne pouvons pas vivre dans la nostalgie de l’histoire. Nous devons connaître notre passé, mais aussi regarder vers l’avenir ».

État des finances publiques

Dans une partie substantielle de son discours, Navin Ramgoolam a dressé un constat critique de la période précédant son retour au pouvoir. Il a évoqué « 10 ans durant lesquels le pays a été confisqué » et a suggéré l’existence de dispositifs d’écoute et de dépenses publiques importantes liées à l’acquisition d’équipements, dont l’ampleur serait révélée ultérieurement.

Sur le plan économique, il a affirmé que la situation financière héritée nécessite des ajustements : « Nous payons aujourd’hui ce qui a été fait auparavant », ajoutant que des emprunts avaient été contractés « sans anticiper leur remboursement ». Il a également déclaré qu’à un moment donné, il devenait difficile de trouver un ministre des Finances, tout en estimant que certaines priorités passées n’étaient pas alignées avec les besoins actuels.

Défis économiques et contexte international

Le chef du gouvernement a souligné la gravité des enjeux actuels, affirmant que « ceux d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’avant » et qu’ils demeurent « très sérieux ». Il a évoqué le coût de la vie et la nécessité de stabiliser la roupie, indiquant que le gouvernement tente « de maintenir la monnaie aussi stable que possible ».

Dans un contexte international tendu, il a fait référence aux tensions au Moyen-Orient : « Ce qui se passe en Iran pourrait entraîner une hausse du prix du pétrole et nous devrons y faire face ». Il a ainsi appelé à la patience collective, soulignant que « notre mandat n’est pas d’un an » et ajoutant : « Je n’ai pas de baguette magique » pour transformer le pays rapidement.

Il manque Rs 10 Md dans la caisse

Sur le plan institutionnel, Navin Ramgoolam a annoncé l’introduction d’une réforme qu’il a qualifiée de « loi révolutionnaire » concernant la police, prévue pour le mois de mars. Selon lui, des nominations politiques passées ont affecté le fonctionnement de certaines institutions : « Des personnes ont été placées partout par le MSM et, dans la police, certaines ne veulent pas coopérer ».

Il a assuré que les résultats de cette réforme seraient visibles, tout en évoquant d’autres décisions budgétaires en attente. Navin Ramgoolam a indiqué que si le deal entre le Royaume-Uni et Maurice sur les Chagos ne va pas de l’avant avant l’exercice du Budget 2026/27, Rs 10 Md manqueront dans la caisse. Cependant, le gouvernement travaille sur des options, a-t-il dit.

Questions sociales et responsabilité gouvernementale

Le Premier ministre a également abordé les enjeux sociaux, notamment la pension, dont l’âge minimum a été repoussé à 65 ans, qu’il a présentée comme un acquis historique du Parti travailliste : « Sans le Parti travailliste, la pension n’existerait pas ». Toutefois, il a reconnu que l’état des finances publiques impose des ajustements et un travail de réévaluation, précisant qu’un commissaire planche sur la question. Il a aussi insisté sur la nécessité d’agir « de manière responsable », notamment face aux contraintes budgétaires héritées et aux priorités sociales.

Jeunesse, diaspora et préparation de l’avenir

S’inscrivant dans une projection vers l’avenir, Navin Ramgoolam a appelé les jeunes Mauriciens à acquérir de l’expérience à l’étranger tout en restant attachés à leur pays. « Je dis aux jeunes : partez apprendre à l’extérieur, mais rappelez-vous de votre patrie », a-t-il déclaré, en évoquant également le nombre de lauréats et le retour des compétences.

Il a affirmé que le Parti travailliste continuera à s’appuyer sur de nouvelles générations de cadres et de militants, tout en modernisant ses structures internes, notamment avec l’intention de réaménager le quartier général du parti et de revoir sa constitution.

Un appel à la patience face à la reconstruction nationale

Le leader des Rouges  a reconnu la complexité du redressement du pays, tout en se disant confiant dans la capacité du gouvernement à remettre l’économie et les institutions sur pied. « Je suis confiant que nous réussirons à redresser le pays, mais cela prendra du temps », a-t-il déclaré.

C’est dans cette optique qu’il a formulé l’une de ses phrases centrales : « Je prendrai le temps qu’il faudra ». Il a parallèlement mis en garde contre l’existence de « pyromanes » dans les sphères politique et médiatique, évoquant aussi les critiques personnelles dont lui et d’autres ministres font l’objet.

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Navin Ramgoolam lors de son discours dimanche.
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