Congé de maternité de 12 mois : pas de consensus
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Douze mois de congé de maternité, six semaines pour les pères : le gouvernement souhaite concrétiser sa promesse électorale. Certains y voient une avancée sociale, alors que d’autres craignent les répercussions sur les entreprises. Décryptage !
Jane Ragoo, secrétaire générale de la CTSP : « C’est une avancée positive pour la société »
Jane Ragoo rappelle que la question du congé de maternité est une revendication de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), dont elle est la secrétaire générale, et accueille donc favorablement l’extension proposée. « Nous avons toujours recommandé six mois de congé de maternité afin de mieux répondre aux besoins de l’enfant, notamment en matière de garde et de développement. Le gouvernement en propose douze, car c’était une promesse électorale. » Pour elle, « c’est une avancée positive pour la société ». Elle salue aussi le congé menstruel d’un jour, qui répond, selon elle, aux réalités vécues par les travailleuses.
François de Grivel, industriel : « Vers une charge financière importante pour les entreprises »
« C’est une mesure sociale visant à encourager les naissances, mais elle représente une charge financière importante pour les entreprises. Une approche plus modérée et un peu moins généreuse aurait peut-être été préférable, car une période de douze mois reste longue et un peu lourde à supporter », avance François de Grivel, industriel.
Il considère qu’il s’agit d’une mesure délicate pour les entreprises « en termes financiers et au niveau de la productivité ». Si François de Grivel reconnaît la dimension sociale de la mesure, il conclut en ajoutant qu’elle n’est « pas tout à fait adaptée aux réalités économiques de notre pays ».
Thierry Goder, CEO chez Alentaris Co. Ltd : ·« Il faut une meilleure organisation en amont »
Thierry Goder, CEO chez Alentaris Co. Ltd, considère que l’extension du congé de paternité est une très bonne initiative, notamment parce qu’elle permet une meilleure implication du père et un soutien élargi autour de la mère. « C’est une avancée sur le plan humain et familial. L’arrivée d’un enfant concerne toute la famille, et peut parfois nécessiter un soutien supplémentaire lorsque la mère n’a personne pour l’aider. »
Il met également en avant le bénéfice pour l’enfant, qui peut rester auprès de sa mère durant les premiers mois. Cependant, il est d’avis qu’il faut une meilleure organisation en amont, tant pour la famille que pour l’employeur.
« La date prévue permet déjà une préparation. Il arrive aussi que dans certaines entreprises, deux voire trois employées partent en congé de maternité plus ou moins sur la même période. Il faudra donc s’organiser. C’est peut-être l’occasion idéale pour les mamans qui ne travaillent pas d’assurer l’intérim pendant six mois, pendant que l’autre maman s’occupe de son enfant », suggère Thierry Goder.
Lillka Cuttaree, Gender Specialist : « Il y a un risque réel de maternity penalty »
Le Budget comporte plusieurs éléments positifs en matière de justice sociale, estime Lillka Cuttaree, Gender Specialist. Toutefois, concernant le congé de maternité, elle estime qu’il serait préférable de dépasser le concept traditionnel du congé de maternité pour évoluer vers celui d’un véritable congé parental. « La responsabilité d’un enfant ne repose pas uniquement sur la mère, et nos politiques publiques doivent progressivement refléter cette réalité », estime-t-elle.
Selon Lillka Cuttaree, même si cette mesure peut sembler être une avancée sociale importante – permettant aux mères de passer davantage de temps avec leur enfant – ses implications pratiques doivent être examinées avec attention. « Sauf si un mécanisme de soutien gouvernemental est prévu, la charge reposera essentiellement sur les employeurs, avec un impact potentiellement significatif pour certaines entreprises, notamment les PME », soutient-elle.
Elle met également en garde contre le risque réel de « maternity penalty ». « Face à des absences prolongées, certains employeurs pourraient être moins enclins à recruter des femmes ou à les intégrer dans des parcours menant à des postes de leadership. Ce serait un effet contraire à l’objectif d’égalité que nous cherchons à atteindre », estime-t-elle.
Lillka Cuttaree plaide pour une réflexion plus holistique autour de la parentalité et de l’accompagnement des familles : davantage de crèches d’entreprise, des horaires de garde plus adaptés aux réalités professionnelles, une meilleure articulation entre vie familiale et vie professionnelle, ou encore des projets intergénérationnels associant maisons de retraite et structures d’accueil pour enfants.