Politique

Conflit au sommet de l’État - Pravind Jugnauth : «Rappeler le Parlement est une option»

Pravind Jugnauth

Le Premier ministre Pravind Jugnauth s’est exprimé une heure durant sur l’affaire Ameenah Gurib-Fakim au Bâtiment du Trésor, jeudi. Il n’a pas mâché ses mots pour dire tout le bien qu’il pense de la présidente en ce moment.

« Attitude déplorable »

« C’est une attitude déplorable et indigne. C’est un comportement qui ne fait pas honneur à la République. » C’est en ces termes que Pravind Jugnauth a parlé de la présidente. Il a souligné qu’elle lui avait personnellement dit qu’elle démissionnerait. Si vendredi dernier le Premier ministre (PM) n’a pas voulu fournir la date de départ de la présidente, il a révélé ce jeudi que les deux parties étaient tombées d’accord sur le 15 mars. Le fait qu’Ameenah Gurib-Fakim revienne sur sa parole est, selon lui, « honteux. C’est un manque total de respect envers l’État et la population ».

Rappel du Parlement : une option

Que fera le gouvernement ? « J’ai pris la décision qu’il fallait et je peux assurer à la population que j’assumerai mes responsabilités », a dit Pravind Jugnauth. Constitutionnellement, pour lancer la procédure de destitution de la présidente, le PM doit présenter une motion au Parlement pour mettre sur pied un tribunal spécial qui jugera la présidente. Cette motion devra obtenir l’aval des deux tiers du Parlement.

Pravind Jugnauth n’a pas dévoilé le modus operandi qu’il appliquera. À une question, il a répondu qu’une option serait une séance spéciale de l’Assemblée, avant la rentrée du 27 mars, pour présenter cette motion. Avant de dévoiler ses munitions, le Premier ministre souhaite consulter le Conseil des ministres, ce vendredi matin. « En temps et lieu vous saurez. »

Ivan Collendavelloo est « solidaire »

S’il y a des spéculations sur les intentions réelles d’Ivan Collendavelloo, Pravind Jugnauth assure que ce dernier est « solidaire » : « Il y a un consensus au sein du gouvernement et il partage mon opinion. » D’ailleurs, c’est ensemble qu’ils se sont rendus la semaine passée chez la présidente pour réclamer son départ.

Pas d’amendement de la Constitution

Une autre option qui n’a pas été retenue : amender la Constitution pour destituer Ameenah Gurib-Fakim sans passer par un tribunal spécial. « Nous n’en avons pas discuté. Après le Conseil des ministres, je saurai ce que je ferai. »

Éléments incriminants

« En temps et lieu je détaillerai les reproches faits à la présidente. Vous verrez les éléments sur lesquels je me base pour lui reprocher son comportement. » Pravind Jugnauth rendra publics certains éléments en sa possession et ils seraient brûlants. « J’ignorais certaines choses. C’est pour cette raison que ce qui arrive est extrêmement grave. »

« Elle aurait pu me téléphoner »

Le fait qu’Ameenah Gurib-Fakim lui ait assuré qu’elle démissionnerait pour ensuite dire mercredi dans un communiqué qu’elle ne partirait pas reste en travers de la gorge de Pravind Jugnauth. « Depuis vendredi, la présidente est restée silencieuse. Ce n’est que jeudi dans un communiqué qu’elle ‘rejects any prospect of resignation’. La moindre des choses aurait été de m’appeler, si elle n’avait pas envie de me voir, pour dire qu’elle avait changé d’avis. Je ne comprends pas cette attitude. »

Cohabitation difficile

« La cohabitation est très difficile. Je ne peux vous dire jusqu’à quand cette situation perdurera. J’ai appris que de grands avocats la conseillent. Pour ce qui est de l’opposition, ce n’est pas mon tracas. Le peuple jugera la posture des partis de l’opposition. Chacun devra assumer ses responsabilités, moi, je sais ce que j’ai à faire », a indiqué le PM.

« J’invite Xavier-Luc Duval »

Mercredi, Xavier-Luc Duval avait déclaré que « trois gros requins » auraient bénéficié d’avantages du businessman angolais Alvaro Sobrinho. Interrogé à ce sujet, Pravind Jugnauth a répliqué : « J’invite Xavier-Luc Duval, s’il me fait confiance, à donner des informations sur ces requins. Même si c’est une espèce protégée, sa kalite rekin mo attrape. » Le PM dit ne pas pouvoir réagir « sur des rumeurs et des palabres » en l’absence d’informations. « J’agirai sur des informations concrètes. »

« Vous me dites que je mens ? »

Alors que Pravind Jugnauth soutient que la présidente s’était engagée à démissionner avant de revenir sur sa parole, certains proches d’Ameenah Gurib-Fakim laissent entendre que les choses seraient plus nuancées. Interrogé, le chef du gouvernement a répondu : « Vous me dites que je mens ? Je ne viens pas devant la population pour dire des mensonges. On peut me critiquer sur beaucoup de choses, mais j’ai une conscience et des principes. Je ne vais pas, à ce niveau, débiter des mensonges. Il y a peut-être une explication à ce revirement. »

Pas de base militaire à Agalega

Répondant à une question sur la construction d’une base militaire indienne à Agalega, le PM « donne la garantie » que ce ne sera pas le cas. « Je prends mes responsabilités. Il n’y aura aucune base militaire à Agalega. » La piste d’atterrissage et la jetée qui seront aménagées avec l’aide indienne permettront « à tout  Mauricien de se rendre à Agalega ».

Xavier-Luc Duval : « Pas question de réunion entre le PM et moi »

Invité par Pravind Jugnauth à le rencontrer s’il a des informations concrètes sur l’affaire Alvaro Sobrinho, Xavier-Luc Duval, leader de l’opposition, réplique : « Pas question d’une réunion entre le PM et moi. Ne prenons pas cette invitation au sérieux. »