Conflit au Moyen-Orient - Pétrole à 106 dollars le baril : Maurice surveille l’arrivée de sa prochaine cargaison de carburant
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Alors que les marchés pétroliers mondiaux connaissent leur plus forte hausse en plusieurs mois, un pétrolier parti de Fujairah le 9 mars est en route vers Maurice. Si les prix à la pompe sont maintenus pour l’instant, la prochaine révision dépendra du coût réel de la cargaison à son arrivée.
Dans la nuit du 8 au 9 mars, les tensions au Moyen-Orient ont provoqué une flambée brutale des cours du pétrole. Le blocage du détroit d’Ormuz et des attaques visant certaines infrastructures pétrolières ont fait approcher les prix de 120 dollars le baril avant une stabilisation partielle. Vers 9 h 55 ce dimanche matin, le baril de Brent de la mer du Nord s’échangeait encore à 106,58 dollars, en hausse d’environ 15 % sur une seule journée. Le West Texas Intermediate (WTI) progressait pour sa part de 13,2 %, à 102,92 dollars.
C’est dans ce contexte de forte volatilité que le pétrolier NP Sea Adventure a quitté le port de Fujairah le 9 mars avec à son bord une cargaison de carburant destinée à Maurice. Son arrivée est suivie de près par les autorités mauriciennes, et pourrait dicter la prochaine décision sur les prix à la pompe.
Le 2 mars, le Petroleum Pricing Committee (PPC) avait décidé de ne pas modifier les tarifs. Le litre d’essence reste fixé à Rs 58,45, celui du diesel à Rs 58,95. Une décision de statu quo qui ne doit pas être interprétée comme un signal rassurant, a tenu à préciser le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen. « Nous ne disons pas qu’il n’y a pas de risque de hausse de prix. Les prévisions pour les jours à venir vont changer. Il y a également le facteur du taux de change », a-t-il averti. Le ministère du Commerce indique suivre quotidiennement l’évolution des cours internationaux. Une nouvelle réunion du PPC pourrait être convoquée après l’arrivée de la cargaison du NP Sea Adventure, une fois les données réelles d’importation connues.
Dans la formation du prix du carburant à Maurice, c’est moins le cours brut du pétrole qui importe que le prix CIF — coût, assurance et fret inclus — de la cargaison importée. Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs et membre du conseil d’administration de la State Trading Corporation (STC), est explicite sur ce point : « Eu égard à la prochaine cargaison qui doit arriver à Maurice, c’est le fret qui influencera surtout le prix. »
La STC suit en permanence la position des navires selon un calendrier précis d’approvisionnement. Suttyhudeo Tengur appelle néanmoins à la prudence dans les discussions publiques, estimant qu’il est préférable d’éviter la diffusion d’informations susceptibles de susciter des inquiétudes au sein de la population.
Face à l’instabilité des marchés, Maurice explore en parallèle plusieurs pistes pour sécuriser et diversifier ses approvisionnements. Des discussions sont engagées avec Reliance Industries Limited, groupe énergétique indien dont une structure est basée à Londres. Des négociations pourraient également s’ouvrir avec Mocoh South Africa, société établie à Genève, envisagée comme solution alternative.
Plus structurelle, la piste indienne progresse sur le plan diplomatique. À l’issue du Raisina Dialogue 2026, organisé à New Delhi du 5 au 7 mars, le ministre des Affaires étrangères Ritesh Ramful a indiqué qu’un contrat d’approvisionnement avec Indian Oil Corporation pourrait être soumis prochainement au gouvernement mauricien. Un signal fort, alors que l’Inde elle-même pourrait se retrouver sous pression en raison de sa propre dépendance aux importations en provenance du Moyen-Orient.
Certains économistes évoquent également la raffinerie du groupe de l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, au Nigeria, qui a lancé un appel d’offres pour ses produits pétroliers depuis 2025. Une option africaine qui permettrait à Maurice de réduire sa dépendance aux routes maritimes du Golfe.
Au-delà des stratégies d’approvisionnement, un économiste interrogé rappelle une leçon souvent oubliée : lors de la pandémie de Covid-19, la demande mondiale en pétrole avait chuté non pas grâce à une révolution technologique, mais par un simple changement de comportement — réduction des déplacements, essor du télétravail, généralisation des réunions virtuelles. Des pratiques qui, pour certaines, perdurent encore aujourd’hui. « Parfois, la transition énergétique la plus rapide n’est pas technologique. Elle est comportementale », résume-t-il.
Embarcation prévue
Arrivée prévue