Conflit au Moyen-Orient : Maurice face à une triple menace énergie-alimentation-tourisme, selon un rapport des Nations Unies
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Le danger est non seulement réel mais aussi immédiat. Si les mesures appropriées ne sont pas prises, Maurice risque de se retrouver dans une spirale économique très dangereuse.
Le conflit armé au Moyen-Orient, impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, accroît les risques de perturbations sur les marchés énergétiques mondiaux, les routes maritimes commerciales et la demande de voyages internationaux. Pour une petite économie ouverte comme Maurice, ces chocs se transmettent via plusieurs canaux : prix de l’énergie, importations alimentaires, coûts de transport et tourisme. Tel est le constat du rapport publié la semaine dernière par le UNDP Economic Lab à Maurice et aux Seychelles, intitulé « Economic Implications of the Armed Conflict in the Middle East for Mauritius: Transmission Channels, Sectoral Exposure and Macroeconomic Scenarios ».
Le document, préparé dans le cadre d’une initiative panafricaine du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), évalue les effets potentiels sous trois scénarios géopolitiques : perturbation modérée, escalade sévère et conflit prolongé. Comme le précise le rapport dans son résumé exécutif : « L’analyse met en évidence plusieurs constatations importantes concernant l’exposition de l’économie mauricienne aux chocs externes ».
Maurice présente une ouverture commerciale élevée : les exportations de biens et services représentent 43,3 % du PIB, les importations 54 %, soit un ratio d’ouverture commerciale de 97,3 %. Le rapport souligne que « les importations jouent un rôle particulièrement important en fournissant des intrants intermédiaires et des biens essentiels requis pour la production et la consommation domestiques ». La dépendance aux importations est particulièrement marquée pour l’énergie et l’alimentation.
Selon les tableaux d’offre et d’utilisation, le pétrole brut et le gaz naturel sont importés à 100 %, les produits pétroliers raffinés à 97 %. L’énergie représente 23 % des importations totales en 2024, avec une valeur d’importation des produits pétroliers de Rs 72 388 millions. Dans l’alimentation, les produits laitiers sont importés à 58 %, la viande, le poisson et les produits transformés à 48 %. D’autres biens montrent une forte pénétration des importations : machines spécialisées (97 %), équipements de radio et communication (96 %), machines électriques (93 %) et équipements de transport (83 %).
Le tourisme constitue un autre vecteur de vulnérabilité : les recettes touristiques pèsent 7,6 % du PIB et le secteur emploie environ 15 % de la population active. Le rapport note que « le tourisme joue un rôle central dans la génération de devises étrangères et le soutien de l’activité économique ». Il ajoute que « une baisse des arrivées touristiques, même modérée, peut avoir des effets plus larges sur la production, l’emploi et les entrées de devises en raison de liens forts avec d’autres secteurs ».
Ces indicateurs structurels, détaillés dans la section 3 du rapport, confirment que « Maurice est hautement exposé aux chocs externes en raison d’une forte dépendance aux importations ». L’énergie et les produits alimentaires importés amplifient la sensibilité aux fluctuations des prix mondiaux, tandis que le tourisme rend l’économie vulnérable aux variations de la demande internationale.
Le PNUD identifie trois canaux principaux de propagation des chocs :
1. Prix de l’énergie : Toute hausse du prix du pétrole se répercute directement sur les coûts d’importation, les transports et la production d’électricité. Le rapport indique que « les chocs de prix de l’énergie ont tendance à se propager dans l’économie via des coûts de transport et de logistique plus élevés, une augmentation des dépenses de production d’électricité et des hausses des coûts de production ». L’énergie représente 11,9 % des intrants intermédiaires totaux.
2. Inflation alimentaire : Les hausses des prix mondiaux des denrées, amplifiées par l’énergie (engrais, transport), affectent les ménages. Les produits alimentaires pèsent 26,2 % de l’indice des prix à la consommation (IPC). Le rapport précise que « les hausses de prix des aliments et des transports sont susceptibles d’affecter plus fortement les ménages à faible revenu, car ces postes représentent une part plus importante de leur consommation, entraînant une réduction du pouvoir d’achat réel ».
3. Coûts de transport et logistique: Les tensions au Moyen-Orient peuvent augmenter les primes d’assurance maritime, rallonger les routes et élever le fret. Si les frais de fret représentent 7 % de la valeur des importations, une hausse de 30 % des coûts mondiaux de transport pourrait renchérir les importations de 2,1 %. Le rapport ajoute que « les augmentations de coûts dans l’énergie et les transports se propagent probablement à travers les secteurs du commerce, de la manufacture et des services, augmentant l’impact économique global ».
Ces canaux ne restent pas isolés : ils se propagent via les liens de production. Les secteurs à forts liens en amont et en aval (énergie, transport, commerce) amplifient les effets, comme le démontre l’analyse des réseaux de production.